Des gamines laissées à l’arbitraire d’une étrange justice

Israël: Salwa, Sara et Yusef… des mineurs sans droit dans les geôles israéliennes

Bethléem, 8 août 2008 (Apic) Elles sont prisonnières depuis deux mois dans la prison d’Addamoun, en Israël: Salwa Salah et Sara Siureh, deux jeunes filles de 16 ans arrêtées dans leurs maisons à Bethléem le 5 juin dernier. Le récit de ces deux gamines, sans droit, en mains de l’arbitraire, recueilli par l’Agence Misna.

Cette nuit-là, des soldats et des agents de la sécurité israélienne (Israel Security Agency, Isa) ont fait irruption au domicile des deux mineures, les ont interrogées puis emmenées en prison, où elles sont retenues avec d’autres femmes qui, comme elles, n’ont plus aucun contact avec leur famille depuis le jour de leur arrestation.

Salwa et Sara sont cousines et allaient à l’école, mais l’Isa considère qu’elles sont toutes deux impliquées dans des activités contre l’Etat d’Israël, raison pour laquelle elles ont été placées sous le régime de détention administrative, une mesure appliquée pour la première fois à des mineurs.

La détention administrative est une mesure qui peut être prise par le commandement militaire sans informer les détenus, les avocats et les tribunaux sur les causes de l’arrestation; sa durée est de six mois mais elle peut être renouvelée à l’infini. Prévue par le droit international pour prévenir la menace à la sécurité d’un Etat représentée par un individu, l’utilisation par Israël de la détention administrative, selon l’organisation israélienne «B’tselem» pour la défense des droits humains dans les Territoires palestiniens occupés (Tpo), viole de façon manifeste la dignité des personnes.

Au fil des ans, nombre de palestiniens ont passé de longues périodes dans des prisons israéliennes sans être informés des accusations qui pèsent sur eux. Les avocats de Salwa et Sara ont fait appel contre leur détention, mais il a été rejeté.

Une torture

La souffrance mentale d’être retenue sans connaître les termes de la réclusion – poursuit B’tselem – peut être considérée comme une torture, telle que définie par la Convention des Nations Unies contre la torture; une longue période de détention sans accusations ni procès est en revanche une «détention arbitraire» qui viole le Statut international sur les Droits civils et politiques de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Sur 9’600 détenus palestiniens en Israël. selon le Centre «Addameer» pour les prisonniers et les droits humains de Ramallah, au moins 850 sont soumis au régime de détention administrative, dont 15 mineurs.

Deux poids deux mesures

En tout, 338 mineurs de 18 ans sont enfermés dans les prisons israéliennes. Une autre mesure décidée par les autorités militaires, qui réglementent chaque aspect de la vie des Tpo, établit que les palestiniens deviennent adultes à 16 ans, méprisant la Convention internationale sur les Droits de l’enfance – pourtant ratifiée par Israël – et le fait que les citoyens israéliens atteignent la majorité à 18 ans. Une discrimination de plus à l’ardoise israélienne.

D’autre part, pour les mineurs palestiniens, il n’existe aucun code pénal ou norme procédurale spécifique ni aucun centre de détention ou du personnel spécialisés. Yusef de Naplouse a été arrêtée en mars 2004 et détenu en Israël pendant 14 mois; sa mère a raconté son arrestation: «Mon fils était un jeune comme les autres, il avait 15 ans, étudiait et voulait devenir photographe. Une nuit, l’armée israélienne a fait irruption chez nous et l’ont emporté sans aucune raison. Sur la feuille que les israéliens nous ont donné, il y avait écrit que Yusef avait déclaré vouloir se faire exploser en Israël. Mon fils m’a ensuite expliqué qu’il avait été contraint de le dire après 65 jours de lourdes tortures: il ne voulait pas se faire exploser mais il avait été contraint de le dire pour faire stopper les tortures».

Arrêtées trois jours après la fin de l’école et le début des vacances d’été, Salwa et Sara sont en prison pour la première fois dans leur vie: une mobilisation internationale a été engagée contre leur détention afin de demander leur libération immédiate et que le respect des principes de base de l’état de droit soit garanti à tous les détenus palestiniens ainsi qu’un procès transparent qui ne permette pas une justice arbitraire, fabrique de terrorisme pour des générations. (apic/misna/mv/pr)

8 août 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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