Le Vatican s’étonne de cette déclaration sans fondement
Israël: Sharon prétend que le pape lui a dit que Jérusalem n’était promise qu’aux juifs
Jérusalem, 23 septembre 2002 (APIC) Le Premier Ministre israélien Ariel Sharon a prétendu dimanche soir que le pape Jean Paul II lui avait dit que Jérusalem n’était promise qu’aux juifs. S’adressant à une foule frénétique de quelque 2’500 chrétiens évangéliques invités par «l’Ambassade chrétienne internationale à Jérusalem», Sharon n’a pas hésité à enrôler le chef de l’Eglise catholique dans sa vision exclusive concernant la ville trois fois sainte. Du côté du Vatican, une source autorisée s’étonne de cette déclaration sans fondement.
Interrogé par l’APIC, une source autorisée au Vatican s’étonnait lundi du fait que l’on attribue au pape Jean Paul II une telle affirmation «qu’il n’a probablement jamais faite». «Le pape n’aurait jamais manqué de prudence d’une telle manière», précise l’officiel qui tient à garder l’anonymat.
Dans son édition de lundi 23 septembre, le quotidien israélien anglophone «The Jerusalem Post» titre: «Sharon aux chrétiens: cette terre a été promise seulement aux juifs, m’a dit le pape». Le leader israélien, qui avait rencontré Jean Paul II au Vatican en avril 1999 avant sa visite historique en Terre Sainte en 2000, affirme que le pape lui a dit que Jérusalem était sainte pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, mais que le Souverain pontife a ajouté: «mais elle a été promise seulement aux juifs».
Sharon ovationné par les chrétiens sionistes
Les quelque 2’500 chrétiens venus d’une soixantaine de pays réunis au Centre international de Congrès de Jérusalem n’ont fait qu’ovationner le Premier ministre Ariel Sharon, qui a affirmé qu’Israël ne ferait jamais de compromis sur le sécurité du peuple juif et l’existence d’Israël. «Parfois je reçois des lettres de certains d’entre vous, qui me reprochent d’être trop modéré. Parce que nous voulons la paix, nous sommes prêts à faire des compromis pénibles, mais nous ne ferons jamais aucun compromis quand il s’agit de la sécurité de nos citoyens ou de la sécurité de l’Etat d’Israël», a déclaré Sharon aux participants de la célébration de la Fête des Tabernacles organisée chaque année par l’»International Christian Embassy in Jerusalem».
Cette «ambassade», fondée en 1980 après la condamnation internationale de l’annexion de Jérusalem-Est en 1980, est une organisation de chrétiens fondamentalistes d’obédience sioniste qui soutiennent en se référant à la Bible la prétention de faire de Jérusalem «la capitale éternelle et indivisible» de l’Etat d’Israël, en contradiction avec le droit international et les résolutions de l’ONU. S’il les trouve utiles du point de vue politique, notamment pour des buts de propagande, le gouvernement israélien se méfie aussi de ces chrétiens qui aident matériellement au retour en Israël des juifs de la diaspora tout en affirmant que selon la prophétie biblique, ces mêmes juifs accepteront un jour Jésus comme leur Messie. JB
Encadré
Statut de Jérusalem: le Saint-Siège s’en tient au droit international
En ce qui concerne la situation territoriale de Jérusalem, le Saint-Siège s’en tient au droit international et son attitude correspond nécessairement à celle de la communauté internationale: la partie de la Ville sainte occupée militairement en 1967 et par la suite annexée et déclarée capitale d’Israël, est un territoire occupé et toutes les mesures israéliennes qui outrepassent le pouvoir d’un belligérant occupant, selon la loi internationale, sont par conséquent «nulles et non avenues».
En particulier, cette position s’appuie sur la résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies N° 478 du 20 août 1980, qui déclare la loi fondamentale israélienne sur Jérusalem «nulle et non avenue», et qui invite les pays ayant leur ambassade dans la Ville sainte à la transférer. Lorsque le Saint-Siège a ouvert sa nonciature près de l’Etat d’Israël, il l’a ouverte à Tel Aviv, dans la vieille Jaffa. C’est à Tel Aviv que se trouve actuellement la très grande majorité des ambassades. JB
Encadré
La «dimension religieuse» de la Ville trois fois sainte de Jérusalem
Il existe cependant un autre aspect de Jérusalem qui, dans la perspective du Saint-Siège, va bien au-delà de la simple question territoriale: il s’agit de la «dimension religieuse» de la Ville sainte, de la valeur particulière qu’elle revêt pour les croyants, juifs, chrétiens et musulmans qui y résident, et pour les croyants, juifs, chrétiens et musulmans du monde entier. Aux yeux du Vatican, il s’agit là d’une valeur que l’on doit considérer comme ayant un caractère mondial et universel : Jérusalem est un «bien de l’humanité tout entière» que personne ne peut s’approprier pour lui tout seul. Le Saint-Siège demande ainsi régulièrement à cette fin un instrument juridique international approprié qui serait un «statut spécial internationalement garanti».
Cet aspect est fortement souligné dans la Lettre apostolique du pape Jean Paul II, Redemptionis anno, du 20 avril 1984. Le pape y rappelle que «le peuple palestinien, qui plonge dans cette terre ses racines historiques et depuis des décennies vit dispersé, a le droit naturel, au titre de la justice, de retrouver une patrie et de pouvoir vivre dans la paix et la tranquillité avec les autres peuples de la région.» Jean Paul II considère encore que «la négligence dans la recherche d’une juste solution dans le problème de Jérusalem, de même que le renvoi résigné de ce même problème, ne font que compromettre le souhaitable règlement pacifique et équitable de la crise du Proche-Orient tout entier». (apic/jpost/imedia/be)




