Un régime qui ne vise qu’un groupe ethnique, les Palestiniens
Israël: Une organisation juive américaine critique la loi discriminatoire sur la citoyenneté
Washington/Jérusalem, 5 août 2003 (Apic) Une puissante organisation juive américaine qui lutte contre le racisme et l’antisémitisme, la Ligue Anti- Diffamation ADL, critique la nouvelle loi sur la citoyenneté adoptée la semaine dernière par la Knesset. Cette loi discriminatoire vise à empêcher les Palestiniens d’acquérir la nationalité israélienne ou le statut de résidents par le biais de mariages avec des Arabes israéliens.
L’ADL a publié lundi aux Etats-Unis une prise de position plutôt inhabituelle, car, comme les autres organisations juives américaines, elle s’abstient d’ordinaire de critiquer la politique de l’Etat d’Israël.
Vivement dénoncée par les organisations de défense des droits de l’homme au plan international, la nouvelle loi adoptée par le parlement israélien a été soumise dimanche à la Cour suprême israélienne par Adalah, un centre légal qui surveille le respect des droits de l’homme et défend les droits de la minorité arabe en Israël.
Une telle loi, examinée également de près par l’administration américaine, traduit la crainte croissante de l’Etat d’Israël – qui se définit comme un Etat juif, bien qu’un cinquième de sa population ne soit pas juive – de voir son identité juive peu à peu érodée.
«Israël doit protéger son identité en tant qu’Etat», justifie l’analyste israélien Eitan Gilboa en défendant ce texte, voté jeudi dernier par la Knesset par 53 voix contre 25 et une abstention à l’instigation du gouvernement de droite d’Ariel Sharon. Cette disposition légale, adoptée pour une durée d’un an, a suscité un tollé au sein de l’opposition de gauche israélienne: certains députés ont parlé de racisme, de loi inhumaine et d’apartheid.
Les partis et organisations représentant la minorité arabe d’Israël, qui compte près 1,2 million de personnes (18 % de la population totale), ont également vivement protesté et souligné les conséquences dramatiques pour de nombreuses familles de cette loi «raciste», dans la mesure où elle ne vise qu’un groupe ethnique.
Cette loi revient à s’ingérer dans la vie privée des gens dans la mesure où elle interfère avec «leur droit à tomber amoureux de quelqu’un d’autre», déclare Jaafar Farah directeur du Centre Moussawat, un organisme de défense des droits de la minorité arabe israélienne basé à Haïfa. Le Centre Moussawat estime que plus de 21’000 familles seront affectées par cette mesure, qui ne concerne que les Palestiniens.
Le ministre chargé des relations avec le Parlement, Gideon Ezra, membre du Likoud, a justifié la mesure discriminatoire en indiquant que 30 Israéliens avaient été tués par des Palestiniens devenus israéliens par mariage. Il a aussi estimé à «plus de 100’000» le nombre de Palestiniens devenus Israéliens depuis les accords d’Oslo de 1993. Pour lui, «le phénomène a pris des allures incontrôlables» et menace la nature juive de la société israélienne. Ainsi, la haute muraille bâtie actuellement pour séparer Israël des territoires palestiniens jouera également un rôle important en cas de paix pour éviter une «immigration de masse» des Palestiniens. «Même s’il y a la paix, en raison de la disparité économique entre Israël et ses voisins, il sera important de contrôler le mouvement des gens d’un endroit à l’autre», analyse Eitan Gilboa,
Une démarche sans précédent aux Etats-Unis
Aux Etats-Unis, dans une démarche sans précédent l’influente organisation juive ADL – d’ordinaire très peu critiques à l’égard d’Israël – a publiquement déploré la loi adoptée la semaine dernière par la Knesset. L’ADL a demandé lundi, par la voix de son directeur national aux Etats- Unis, Abraham Foxman, que le parlement israélien amende cette loi lors de son expiration l’an prochain et «explore d’autres méthodes pour assurer ses besoins en matière de sécurité.»
D’après le quotidien israélien «Ha’aretz» du 5 août, malgré les précautions oratoires utilisées par le directeur national de l’ADL, cette déclaration est en quelque sorte une «anomalie» étant donné que les organisations juives américaines s’alignent d’ordinaire sans trop de critiques derrière les positions officielles israéliennes. La déclaration de la Ligue Anti-Diffamation intervient dans le sillage d’une prise de position du Département d’Etat américain annonçant qu’il allait examiner si la nouvelle législation israélienne est conforme au principe de l’administration de prévenir les discriminations. Selon son porte-parole Richard Boucher, les Etats-Unis s’opposent aux lois qui discriminent les individus sur la base de leur origine ethnique, leur sexe ou leur handicap.
L’Union Européenne mécontente
L’Union Européenne a également réagi négativement en estimant qu’une telle loi discriminatoire pourrait faire obstacle à la possibilité d’un plus grand rapprochement entre Israël et l’UE dans le cadre de l’initiative de l’Union Européenne élargie. L’ambassadeur de l’UE en Israël, Giancarlo Chevellard, a relevé que la nouvelle législation «établit un régime discriminatoire au détriment des Palestiniens dans le domaine très sensible des droits de la famille.» L’UE va elle aussi examiner si cette loi est compatible avec le droit international et les principes fondamentaux des droits humains, a souligné l’ambassadeur Chevellard. Qui a relevé que selon l’accord d’association signé entre Israël et l’UE, «le respect par Israël des droits humains constitue un élément essentiel des relations avec l’UE». (apic/haar/be)



