Reconstruire l’unité des chrétiens

Istanbul: Benoît XVI évoque le génocide arménien, sans le nommer explicitement

Istanbul, 1er décembre 2006 (Apic) Sans le nommer explicitement, Benoît XVI a évoqué le génocide arménien au troisième jour de sa visite en Turquie, le 30 novembre 2006. Le pape intervenait devant le patriarche arménien apostolique d’Istanbul, Mesrob II. En présence du responsable de la plus importante communauté orthodoxe de Turquie, le souverain pontife a aussi souhaité «accélérer l’oeuvre de reconstruction de l’unité des chrétiens».

«Je rends grâce à Dieu pour la foi et le témoignage chrétien du peuple arménien, transmis d’une génération à l’autre, dans des conditions souvent vraiment tragiques comme celles expérimentées durant le siècle passé», a affirmé le pape devant le patriarche Mesrob II, faisant une allusion évidente au génocide arménien perpétré par les Turcs sous l’Empire ottoman, de 1915 à 1917, des massacres que la Turquie refuse encore aujourd’hui de reconnaître.

Devant le leader orthodoxe, le pape a aussi regretté «les divisions tragiques qui, au long des années, ont émergé entre les disciples du Christ». Il a estimé qu’elles «contredisent ouvertement la volonté du Seigneur», sont «un scandale pour le monde» et causent du tort à la cause de la prédication de l’Evangile. «C’est pourquoi, a soutenu Benoît XVI, nous devons continuer à faire tout ce qui est possible pour panser les blessures de la séparation et accélérer l’oeuvre de reconstruction de l’unité des chrétiens». Le souverain pontife a pris la parole au cours d’une prière organisée dans la cathédrale arménienne apostolique d’Istanbul.

Les Arméniens apostoliques (appelée aussi grégoriens ou orthodoxes), représentent la plus grande communauté chrétienne présente aujourd’hui en Turquie, avec quelque 50’000 fidèles, contre deux millions à la fin du 19e siècle. L’Eglise arménienne apostolique compte environ 3,5 millions de fidèles en Arménie, et autant dans ses communautés dispersées en Russie, en Géorgie, au Proche-Orient, en Amérique et en Europe.

Après sa rencontre avec les Arméniens apostoliques, le pape est rentré à la représentation pontificale d’Istanbul où il a rencontré le métropolite syro-orthodoxe puis le grand rabbin de Turquie. Benoît XVI a ensuite dîné avec les membres de la Conférence épiscopale catholique turque et salué les jeunes catholiques à une fenêtre de la représentation pontificale avant d’y passer la dernière nuit de son voyage. JB/AMI

Encadré

Prière personnelle dans la mosquée bleue d’Istanbul

Le pape a effectué une «prière personnelle et intime» l’après-midi du 30 novembre dans la Mosquée bleue d’Istanbul, indique le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, 2006, a indiqué le soir même le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège. Le Père Federico Lombardi a aussi d’ores et déjà tiré un bilan «extrêmement positif du voyage» du pape en Turquie, à la veille de son retour à Rome.

Dans la plus fameuse des mosquées d’Istanbul, debout à côté du mufti de la ville, le pape a pris «un moment de réflexion et de méditation silencieuse et personnelle en rapport avec Dieu», a ainsi expliqué le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège aux journalistes dans la soirée du 30 novembre. Ses propos visaient à préciser que Benoît XVI n’avait pas prié «avec» le religieux musulman, mais plutôt «à ses cotés».

Le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège a également évoqué le «bilan extrêmement positif» du voyage. Revenant sur la journée écoulée, il a aussi estimé que le pape était arrivé à «établir un rapport très cordial dans ses différentes rencontres, autant avec les patriarches orthodoxes qu’avec musulmans, et tout cela le même jour».

Interrogé pour savoir si les polémiques qui ont suivies les propos de Benoît XVI à Ratisbonne sur l’Islam, en septembre dernier, avaient été «dépassées», le Père Lombardi a estimé que la démarche du pape à la Mosquée bleue avait été «au-delà». «Il me semble que Ratisbonne, en quelque sorte, a donné un fruit positif, forçant à reprendre et à relancer sérieusement et profondément le rapport avec les musulmans», a encore affirmé le porte-parole du Saint-Siège. A ses yeux, «des pas significatifs ont été faits dans le direction du respect réciproque mais aussi de la sincérité réciproque». (apic/imedia/ami/be)

1 décembre 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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