Plume d’Or pour le jeune Ouzbek Ruslan Shapirov

Istanbul: Un journaliste assigné à résidence récompensé au 11ème World Editors Forum

Laurette Heim, pour l’Apic, de retour d’Istanbul

Istanbul 10 juin 2004 (Apic) La Plume d’Or a été décernée à l’Ouzbek Ruslan Shapirov, actuellement assigné à résidence, lors du 57ème Congrès de l’Association mondiale des journalistes et du 11ème World Editors Forum qui s’est déroulé du 30 mai au 2 juin à Istanbul. Le prix a été remis à Elena Urlaeva, présidente de la Société des droits de l’homme d’Ouzbékistan, en l’absence du lauréat.

Malgré les lettres et les pétitions envoyées par l’Association mondiale des journalistes (AMJ) et le World Editors Forum (WEF), le président de la République Islam Karimov n’a pas autorisé Ruslan Shapirov à venir chercher son prix à Istanbul et l’a empêché d’envoyer son rapport annuel sur l’état de la liberté de la presse sous peine d’allonger sa peine de prison. Ruslan Shapirov, âgé de 25 ans, est récompensé pour son travail journalistique et sa lutte en faveur de la liberté de la presse. Elena Urlaeva, ancienne collaboratrice de l’émission d’information «Akhborot» sur la télévision d’Etat, elle même internée de force dans un hôpital psychiatrique de Tachkent parce qu’elle dénonçait la corruption du gouvernement et les abus des services de police, a reçu le prix qu’elle transmettra au lauréat. Elle a lu une lettre dans laquelle le jeune Ouzbek dit son plaisir de recevoir ce prix et remercie qu’on donne autant de valeur à son travail. Emu et fier, il conclut : «J’ai beaucoup d’amour pour le journalisme et je vais essayer d’être à la hauteur de vos attentes».

Shapirov a écopé de 4 ans de prison sur des accusations de pratiques homosexuelles. L’Union des journalistes indépendants d’Ouzbékistan (UIJU) affirme que cette peine lu a été infligée à cause de ses activités de défense de la liberté de la presse et des droits de l’Homme. Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières, dans un courrier adressé en mai 2003 à Islam Karimov, a fait part de sa crainte d’utilisation (de moyens sordides de faire pression, voire de se débarrasser de voix dissidentes qui gênent les autorités(.

Un président «vestige de l’époque soviétique»

Le président Karimov, vestige de l’époque soviétique selon Gloria Andersen présidente du WEF 2004, a décrété un nouvel amendement afin de conserver son pouvoir jusqu’en 2007. Alors qu’on le dit fort, il est plutôt faible pense-t-elle, puisqu’il a peur de la liberté de la presse et peur d’un journaliste de 25 ans ! Pour asseoir son pouvoir, il pratique la répression et l’emprisonnement. Il y aurait en Ouzbékistan, a-t-elle déclaré, environ 6’500 prisonniers politiques, et la presse est muselée. Pour elle, il ne fait pas de doute que lorsqu’il sera libéré, en principe au (début du mois de juin(, il continuera le combat. C’est pourquoi, elle demande à toutes les ambassades et toutes les autorités de continuer à faire pression sur le président ouzbek pour qu’il effectue des réformes. Enfin, elle a salué l’action de la Banque Européenne qui a suspendu ses contributions tant qu’il n’y aura pas de changements dans le pays.

Selon un communiqué de septembre 2002, Human Rights Watch affirme que le 2 août 2002, le président Bush a signé la loi d’assistance au gouvernement ouzbek (45 millions de dollars approuvé par le Congrès américain le 24 juillet) conditionnée aux efforts qu’entreprendra le pays pour améliorer la situation des droits humains et mettre en place des réformes politiques et institutionnelles. Proche allié des Américains dans la guerre contre le terrorisme, le président ouzbek s’est engagé, dans une déclaration conjointe, à mettre en place une «société civile forte et ouverte», à assurer «le respect des droits humains et des libertés sur la base de principes universellement reconnus et des règles du droit international», à établir «un véritable système multipartite», à assurer la tenue «d’élections libres et justes», à autoriser «le pluralisme politique, la diversité d’opinions et la liberté de les exprimer», et à assurer «l’indépendance des médias» et «l’indépendance des tribunaux».

Aucun progrès significatif en matière de droits humains

Malgré les nombreux rapports envoyés par Human Rights Watch aux législateurs américains démontrant que les autorités ouzbek n’ont fait aucun progrès significatif depuis la signature de la Déclaration, l’administration américaine a décidé, le 26 août 2002, de certifier que l’Ouzbékistan s’est conformé à ses engagements et mérite une aide supplémentaire.

Par ailleurs, le 30 mars 2004, Human Rights Watch a dénoncé l’arrestation et la torture de milliers de dissidents musulmans non- violents qui pratiquent leur religion en dehors du cadre établi par l’Etat. Il s’agit, pour Rachel Denber, la directrice exécutive par intérim de la Division Europe et Asie centrale, (d’une campagne de persécutions religieuses concertée et soigneusement orchestrée au vu de l’ampleur et de la violence des opérations dirigées contre les Musulmans indépendants(. (apic/lh/bb)

11 juin 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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