Inquiets du sort de la minorité chrétienne
Italie: 54 sénateurs exigent l’intervention du gouvernement en faveur des chrétiens irakiens
Rome, 14 juin 2007 (Apic) 54 sénateurs italiens ont exigé l’intervention du gouvernement en faveur des chrétiens irakiens, victimes de persécution et menacés d’être relégués dans un ghetto. Le sénateur Alfredo Mantovano, appuyé par une cinquantaine de collègues de l’opposition, s’est adressé jeudi 14 juin au Ministre italien des Affaires étrangères pour lui faire part de ses inquiétudes après l’assassinat à Mossoul du Père Raghid Ganni et de trois sous-diacres, le dimanche 3 juin dernier.
Dans son interpellation, Alfredo Mantovano qualifie le Père Raghid – qui avait étudié la théologie oecuménique à l’Université pontificale Saint-Thomas d’Aquin, l’»Angelicum», à Rome – de «martyr de l’Irak libre, témoin d’une foi inébranlable», que ni les bombes ni les menaces n’avaient réussi à faire vaciller. «Il est mort en croyant jusqu’à la fin à une possibilité de paix pour son pays».
Non à la ghettoïsation des chrétiens irakiens
Le texte relève la crainte que ces nouvelles victimes du terrorisme ne deviennent un instrument de propagande pour accélérer la création d’une région autonome destinée aux chrétiens, qui seraient confinés dans la plaine de Ninive, près de Mossoul, où se trouvent plusieurs bourgades chrétiennes.
Les signataires craignent qu’il ne s’agisse là en fait d’un projet de chasser les chrétiens de l’Irak, ou en tous cas de les regrouper dans une enclave qui deviendrait un ghetto, suivant le désormais fameux «plan de la plaine de Ninive». Ils demandent au gouvernement italien d’intervenir au plan international pour conjurer une telle hypothèse de ghettoïsation des chrétiens irakiens.
Dans une interview à l’agence catholique italienne AsiaNews, le Père rédemptoriste irakien Bashar M. Warda, relève pour sa part que les violences croissantes et le climat de persécution ont forcé des milliers de familles chrétiennes à l’exode. Dans de nombreuses zones du pays, relève le nouveau recteur du grand séminaire chaldéen St-Pierre, récemment transféré pour des raisons de sécurité de Bagdad dans la localité d’Ankawa, près d’Irbil, au nord du Kurdistan, l’activité de l’Eglise est sérieusement compromise. Elle est même parfois réduite pratiquement à zéro. Des paroisses ont été contraintes de fermer leurs portes, des prêtres ont été enlevés ou envoyés à l’étranger pour raison de sécurité.
Il souligne que jusqu’à maintenant, les parties concernées, que ce soit le gouvernement irakien ou l’occupant américain, n’ont pas formulé une vision commune en mesure d’offrir la possibilité de mener une vie digne pour les citoyens irakiens sans exceptions. Il se dit frustré de devoir constater, pour le moment, que chacun cherche à obtenir pour lui-même ou pour son propre clan le plus de privilèges possibles aux plans économique, politique et social. «Ils ne pensent pas sérieusement que le salut et la dignité de l’autre sont l’une des responsabilités que nous sommes appelés à assumer», déclare-t-il à AsiaNews.
Le Père Warda qualifie d’»objectivement manquées» les «bonnes promesses» du gouvernement irakien concernant les lois, la sécurité et les services publiques. Il relève que la corruption administrative et financière dans le pays a atteint un tel niveau qu’elle met gravement en danger le bien-être des Irakiens. Il n’hésite pas, devant l’ampleur du phénomène, à parler à ce sujet de «terrorisme destructeur» qui fait de nombreux morts, tout comme les opérations militaires. «La corruption détruit l’avenir de la population irakienne», dit-il, en demandant à l’Eglise d’élever la voix pour mettre un terme à une telle pratique. JB
Encadré
Plus de 1000 familles chrétiennes ont été menacées par les islamistes à Bagdad
Selon le Père Bashar Warda, plus de 1000 familles chrétiennes de Bagdad ont subi des menaces de la part de milices islamiques. Il s’agit d’une véritable campagne destinée à vider Dora (sud est de Bagdad) et les quartiers voisins de leur population chrétienne. Les chrétiens ont été placés devant plusieurs choix: se convertir à l’islam, payer la taxe jizya (due par les non musulmans vivant en territoire musulman), donner une fille à marier à des combattants musulmans ou bien partir en laissant tous leurs biens.
Certaines de ces familles ont préféré fuir et rejoindre le Kurdistan, plus calme, où elles se retrouvent sans ressource. D’autres ont rejoint le flot de réfugiés irakiens en Jordanie et en Syrie, qui sont déjà plus de deux millions. Le recteur du grand séminaire St-Pierre espère que les chrétiens du monde entier vont continuer à prier pour la libération du prêtre chaldéen Hani Abdel Ahad qui a été kidnappé le 6 juin dernier. Il s’agit du septième prêtre chaldéen à avoir été enlevé depuis un an en Irak. (apic/asian/com/be)



