Une menace d’endoctrinement social, estime le cardinal Ruini
Italie: Enseignement du Coran à l’école italienne?
Rome, 21 mars 2006 (Apic) L’enseignement du Coran à l’école italienne est une menace d’endoctrinement social, a estimé le cardinal Camillo Ruini, président de la Conférence épiscopale italienne (CEI) et vicaire de Rome, lors de l’ouverture du Conseil permanent de la CEI à Rome, le 20 mars 2006. La rencontre se terminera le 22 mars.
Pour le cardinal Ruini, un tel enseignement de la religion musulmane pourrait être possible dans les écoles. Mais, tempère-t-il aussitôt, seulement s’il ne constituait pas un risque «d’endoctrinement social». Dans la perspective des élections législatives du 9 et 10 avril prochains dans la péninsule, le cardinal Ruini est revenu sur la controverse déclenchée par le cardinal Raffaele Renato Martino, président du Conseil pontifical Justice et Paix, qui a estimé le 7 mars que l’enseignement du Coran dans les écoles italiennes serait «source de respect» envers l’Islam et un moyen de défendre l’enseignement du catéchisme.
«Attendre la réciprocité pour les minorités chrétiennes dans les pays musulmans veut dire se mettre sur le même plan que ces pays» avait déclaré le cardinal Martino.
Le cardinal Ruini, estimant que son collègue s’était exprimé «à titre personnel», a relevé que «les compétences de l’Eglise catholique concernent les relations avec l’Etat italien sur la question de l’enseignement du catéchisme et non par rapport aux autres religions». Cependant, le vicaire de Benoît XVI pour le diocèse de Rome a apporté des «précisions nécessaires».
«Le droit à la liberté religieuse est valable pour tous et, dans cette optique, le principe de l’enseignement de l’Islam à l’école n’apparaît pas impossible», a précisé le cardinal. Pourtant, il y a «des conditions fondamentales» à ce droit, «valables pour tous les enseignements dans les écoles italiennes». Il ne doit pas y avoir «d’opposition entre leur contenu et la Constitution, par exemple en ce qui concerne les droits civils, à commencer par la liberté religieuse, mais aussi la parité entre hommes et femmes et le mariage».
Elections en toile de fond
Concrètement, a poursuivi le cardinal Ruini, «il manque pour le moment un organe représentatif de l’Islam qui soit habilité à fixer avec l’Etat italien un accord sur cette question». Il faudrait aussi «assurer que l’enseignement de la religion islamique ne donne pas lieu, de fait, à un dangereux endoctrinement social».
Enfin, le président de la Conférence épiscopale italienne a rappelé que l’enseignement de la religion catholique à l’école, selon l’article 9 du Concordat révisé de 1984, avait aussi pour fondement le fait que «les principes du catholicisme font partie du patrimoine historique du peuple italien». Le cardinal a défendu ainsi l’heure hebdomadaire de catéchisme, qui ne doit pas être remplacée par un enseignement de l’histoire des religions sous le prétexte «d’un plus grand pluralisme en présence de religions issues de l’immigration».
Le cardinal s’est aussi défendu de voir le catholicisme «décliner en Italie», où 91 % des élèves fréquentent «librement» le catéchisme à l’école.
Par ailleurs, au fil de son long discours, le cardinal est revenu sur le refus par l’Eglise italienne des projets de PACS prévus par la coalition de gauche. «Des signes inquiétants sont venus de différents conseils régionaux, où ont été présentées et parfois approuvées des propositions au sujet des unions de fait», ce qui pourrait avoir des conséquences directes sur la législation nationale.
Il s’est aussi arrêté sur la question de l’immigration et du chômage. Le nombre de demandes de régularisation dépassant les quotas annuels, c’est une remise en cause d’un «accueil solidaire et d’une réelle intégration tout en posant des questions sur les conditions effectives du marché du travail».
Le cardinal Ruini assume la présidence de la CEI depuis 15 ans. Souffrant de problèmes cardiaques, le cardinal, qui a fêté ses 75 ans, âge de la retraite administrative selon le droit canon, le 19 février, a demandé d’être relevé de ses fonctions. Ainsi, Benoît XVI avait décidé, fin janvier 2006, de lancer une consultation des évêques italiens sur le choix d’un successeur.
A l’approche des élections législatives, Benoît XVI a cependant voulu maintenir dans ses fonctions un cardinal très présent sur la scène politique de son pays. Il a ainsi manifesté son approbation pour les positions de son vicaire, pourtant contestées en Italie. En effet, personnage clef de la vie ecclésiale et politique de la péninsule, le cardinal Ruini est souvent critiqué pour son «ingérence» dans les affaires publiques.
Le cardinal Camillo Ruini devrait rester président de la CEI jusqu’au 4e Congrès ecclésial national de Vérone, qui aura lieu du 16 au 20 octobre 2006 et auquel Benoît XVI pourrait participer. (apic/imedia/hy/pr)



