Italie: La «Civiltà Cattolica» s’en prend à la politique américaine de lutte contre le terrorisme
Le côté pervers des décisions de Washington
Rome, 6 février 2004 (Apic) La «Civiltà Cattolica», une revue semi- officielle du Vatican, s’en prend vivement à la politique américaine de lutte contre le terrorisme. La revue s’inquiète des retombées perverses des décisions de Washington.
«Est-il possible de vaincre le terrorisme?», s’interroge la revue jésuite italienne «La Civiltà Cattolica», en date du 7 février 2004. Reprenant les derniers discours de Jean Paul II et y ajoutant ses propres commentaires, la revue semi-officielle, car relue par la Secrétairerie d’Etat du Vatican, critique la position américaine en matière de lutte contre le terrorisme international et la guerre en Irak.
Pour les jésuites de «La Civiltà Cattolica», «l’attaque contre l’Irak, définie par le président G. W. Bush comme «le théâtre central de la guerre contre le terrorisme», semblait «très peu justifiée parce qu’il n’y avait aucune preuve sûre, ni que le régime de Saddam Hussein appuyait le terrorisme international, ni qu’il était en possession d’armes de destruction de masse». Cette attaque, «conduite de manière unilatérale par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, a divisé le monde occidental et a provoqué une crise au sein de l’ONU, parce que les Etats-Unis n’ont pas tenu compte de leurs résolutions».
Cette réaction souveraine occidentale pourrait avoir un autre côté pervers, ajoute la revue, donnant ainsi l’impression que l’Occident a assumé une position anti-islamique et a l’intention de refaire, dans une certaine mesure et avec des méthodes nouvelles, ce qu’il avait fait au XIXe et au XXe siècle: «Une nouvelle colonisation des pays islamiques avec l’objectif de prendre le contrôle de leur pétrole, avec l’excuse de vouloir apporter la démocratie dans les pays à majorité islamique».
Fausse route
Pour «La Civiltà Cattolica», cette impression pourrait faire croître l’aversion des peuples islamiques envers l’Occident.
Les auteurs de la revue se demandent si «la guerre contre le terrorisme peut se faire en envahissant un pays entier ou si, au contraire, l’unique manière de combattre le terrorisme ne serait pas, d’une part de recourir aux fines méthodes du renseignement et, d’autre part, d’éviter toute action politico-militaire qui soit dirigée contre un état islamique». La revue note que «la prétention de vouloir exporter la démocratie occidentale dans les pays islamiques» est perçue, par ces derniers, comme «particulièrement offensive».
«La guerre contre le terrorisme, conclut l’éditorial, sera très longue et il est prévisible – en raison de la capacité offensive des groupes terroristes – qu’il y aura d’autres attentats graves mais la victoire est possible, si nous ne commettons pas d’erreurs graves qui, dans le passé, plutôt que de détruire le terrorisme l’ont renforcé». (apic/imedia/pr)



