Italie: Le «banquier du pape» ne spécule pas, il gère

La finance est un instrument, jamais une fin en soi

Rome, 9 février 2000 (APIC) 40’000 comptes bancaires sont confiés au «banquier du pape» par les diocèses, congrégations et ordres religieux du monde entier. Il en faut cependant plus pour troubler le sommeil d’Angelo Caloia, président de l’Institut pour les Oeuvres de Religion (IOR). Si son rôle est de faire fructifier l’argent qui lui est confié, il refuse la spéculation. «Il faut mettre les gens en garde contre les excès de la bourse», confie-t-il à l’hebdomadaire catholique italien «Famiglia Cristiana». Le «banquier du pape» ne spécule pas, il gère, dit-il. Selon lui, la finance est un instrument… jamais une fin en soi.

Le «banquier du pape»: c’est sous ce titre que le président de l’Instituto per le Opere de Religione (Institut pour les Oeuvres de Religion) explique dans l’hebdomadaire italien «Famiglia Cristiana» daté du 13 février 2000 dans quel esprit il gère les 40’000 comptes bancaires qui lui sont confiés.

Nommé par Jean Paul II en 1989, Angelo Caloia, laïc italien, banquier et économiste, a été chargé de reprendre la présidence de l’IOR à une époque où l’Institut avait subi les conséquences des scandales liés à la faillite du Banco Ambrosiano en 1982. L’archevêque américain Paul Marcinkus, président de l’IOR à l’époque, avait en effet investi des fonds du Vatican dans cette banque privée italienne, dont des fraudes avaient ensuite provoqué l’effondrement.

Le rôle d’Angelo Caloia est toujours de faire fructifier l’argent déposé à l’IOR, mais «avec la plus grande prudence, explique-t-il à «Famiglia Cristiana», une prudence que l’on pourra parfois nous reprocher, mais nous refusons la spéculation».

Un service

Au total, ce sont plusieurs milliers de milliards de lires que le président de l’IOR doit gérer, principalement en dollars, en euros, en yens et en francs suisses. «Nous cherchons à les mettre en valeur pour ensuite les transférer à qui en a besoin, dans les différents avant-postes religieux du monde, explique-t-il. Nous nous sentons au service de l’Eglise universelle, de la même manière que tout banquier devrait se sentir au service de quelque chose».

Evoquant la situation économique et financière mondiale, Angelo Caloia juge «extrêmement dangereux» le décalage de plus en plus accentué «entre une économie de papier, reposant précisément sur la finance, et la base productive réelle». Car «la finance, si elle essentielle, doit rester un support, un instrument pour le développement économique», et ne jamais devenir en «une fin en soi». «Il faut mettre les gens en garde contre les excès de la bourse», insiste le banquier de l’IOR, qui ne cache pas sa crainte face à un climat «où l’on oublie que le véritable progrès naît de la recherche, de l’engagement et des sacrifices des entrepreneurs».

Pour mettre un frein à une certaine «ivresse» face à la bourse, c’est sur la communauté politique que compte Angelo Caloia, qui se dit en effet «partisan, sans aucune hésitation, de la responsabilité et de la primauté de la politique» dans le domaine financier.

Annuler la dette ne suffit pas !

Interrogé enfin sur les problèmes des pays pauvres, le président de l’IOR déplore que la quasi totalité des prêts qui leur sont faits sont «intéressés». «Les Etats ont agi en se basant sur des desseins d’hégémonie géopolitique, affirme-t-il. Les multinationales ont poursuivi des stratégies néocolonialistes, et le système bancaire privé a agi avec un désir de profit et en se sachant épaulé par des réseaux protecteurs comme le Fonds monétaire international». Caloia dénonce aussi «des complicités avec des classes dirigeantes locales indirectes et ambiguës». Pour lui, la simple annulation des dettes des pays pauvres n’est pas suffisante, leur situation les rendant par la force des choses incapables de les rembourser. Le président de l’IOR souhaiterait voir plutôt, dans leur intérêt, une étude permettant de déterminer ce qui peut être fait pour véritablement les aider. (apic/cip/imed/pr)

9 février 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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