De Milan à Jérusalem?
Italie: Le cardinal Carlo Maria Martini fête ses 20 ans à la tête du diocèse de Milan
Milan, 7 février 2000 (APIC) Le cardinal Carlo Maria Martini vient de fêter ses 20 ans à la tête du diocèse de Milan. Homme de notoriété publique, souvent sous les réflecteurs des médias, il s’est confié au quotidien italien «Avvenire», dans son édition du 6 février, sous le titre «Autoportrait inédit du cardinal».
«Le ’vrai’ Martini n’est pas si connu», écrit le quotidien de la Conférence épiscopale italienne, citant comme causes possibles «la réserve piémontaise» naturelle de ce cardinal natif de Turin mais aussi l’erreur des médias. Ce cardinal italien, qui fêtera ses 73 ans le 15 février prochain, est en effet plus connu par ses déclarations et prises de position. La dernière en date, lors du Synode de l’Europe en octobre dernier, a été largement commentée aussi bien par la presse internationale qu’au sein de l’Eglise.
«Aujourd’hui, après 20 ans d’épiscopat, je reste une personne beaucoup plus à l’aise dans une bibliothèque, au contact avec les textes bibliques, qu’avec les grandes foules», dit-il. Le cardinal de Milan a toujours été un bibliste, un homme d’études, plongé dans les livres et n’a eu donc que peu de contacts avec les fidèles. Il raconte, vingt ans après, avoir confié son inquiétude au pape lors de sa nomination à la tête du diocèse de Milan le 29 décembre 1979 ; ce dernier lui aurait répondu» ce sont les gens qui viendront vers vous».
Le cardinal Martini a immédiatement dû affronter la période de terrorisme des années 1980 alors que cette ville du nord d’Italie était aux prises à la violence et à la terreur des brigades rouges. Pour faire face à ces «moments très durs et douloureux», sa prière personnelle de prêtre, puis d’évêque, est ainsi devenue une prière «avec les gens et pour les gens» du diocèse qui lui étaient confiés. Il a appris à connaître ses fidèles et leur «ouverture de coeur, la générosité, la capacité d’accueillir les autres». En tant que pasteur, il a évidemment été confronté aussi aux problèmes des grandes villes comme «l’utilisation de la drogue, la prostitution, la violence, surtout celle contre les mineurs» qui sont tous des problèmes qu’il cite et qui lui «font mal».
Beaucoup d’occasions de se tromper
Un point particulier que dévoile le prélat italien dans cet entretien est son désir de tout faire pour ne «pas commettre d’erreurs, de ne pas en faire trop à la suite, et si possible, de ne pas en commettre de trop grandes». «Quand quelqu’un devient un homme public, observe-t-il, il a beaucoup plus d’occasions de se tromper».
C’est aussi un homme qui a publié de nombreux livres et même des best-seller traduits dans différentes langues, ce qui lui donne une assise éditoriale reconnue. «J’écris très peu», rétorque le cardinal qui se trouve «trop perfectionniste». Il reconnaît cependant que de nombreux ouvrages publient ses propos, comme des exercices spirituels qu’ils prêchent ou ses homélies. Ses lettres pastorales annuelles, par exemple, sont attendues et lues bien au-delà des frontières du diocèse de Milan. «Je n’écris pas mes lettres pastorales, assis à un bureau, dit-il. Elles naissent après une longue période d’écoute, de dialogues fréquents, de réflexion et de prière» et de «nombreux mois de travail». Pour le choix des thèmes, il «cherche à individualiser le problème majeur qui émerge à un certain moment historique» et se confronte aux gens sur ce problème.
Quant à son rapport avec Jean Paul II, le cardinal Martini s’estime «profondément proche du pape, non seulement comme chrétien, comme prêtre, comme évêque, mais aussi comme jésuite». Interrogé sur sa réaction après les déclarations de Mgr Karl Lehmann sur une possible démission du pape, le cardinal italien a fait remarquer «qu’il existe une recherche presque morbide d’oppositions et de conflits» de la part des médias qui transcrivent très souvent faussement les paroles des évêques, ce qui fut le cas pour l’évêque allemand pour lequel «il apparaît clairement que ses paroles ont été falsifiées».
Vivre à Jérusalem
Enfin, au terme de l’entretien, le cardinal Martini fait part de son souhait le plus cher: vivre à Jérusalem. «Je m’étonne de voir combien le lien que j’ai avec Jérusalem est si fort, dit-il. Il a une origine affective profonde, presque comme un archétype de la conscience. Ce lien s’est développé tout au long de ces années, à travers les nombreux séjours dans cette ville, depuis que, recteur de l’Institut Pontifical Biblique, j’avais aussi des responsabilités pour la maison de cet Institut à Jérusalem, à côté de la porte de Jaffa. C’est depuis ce moment-là que je fais ce rêve de vivre un jour dans la cité sainte, me dédiant à la prière et à l’étude. Je m’approche désormais de plus en plus de la réalisation de ce rêve et j’y pense souvent», confie le prélat qui, dans deux ans, atteindra l’âge où il pourra, si le pape l’accepte, demander sa démission et quitter la tête du diocèse de Milan. (apic/imed/pr)




