Elle est encore actuelle, même si elle n’a rien inventé
Italie: Le Père Gutierrez défend la théologie de la libération
Bologne, 26 décembre 2003 (Apic) La théologie de la libération n’est pas encore surannée, parce qu’elle continue à dénoncer les conditions de vie inhumaine de tant de personnes contraintes de vivre en marge de l’histoire, estime le Père Gustavo Gutierrez, religieux dominicain heureux, considéré comme le père de la théologie de la libération. Une théologie qui a profondément marqué l’Eglise, et non seulement celle latino-américaine, au cours des 40 dernières années.
Le Père Gutierrez revendique la valeur humaniste de sa réflexion, qui n’a jamais signifié l’abandon de la spiritualité. Dans une interview accordée à «Settimana» (Semaine), le périodique pastoral des Dehoniens italiens, il précise un concept central de sa réflexion et de sa vie. «Selon moi, le problème est l’Evangile, non pas la théologie. Moi je ne crois pas en cette théologie, je crois en Jésus-Christ. Une théologie n’est pas matière de foi, c’est un instrument servant à mieux comprendre le message biblique et chrétien. Si un jour cette théologie ne devait plus servir, alors elle ne serait plus significative, et elle deviendrait périmée».
Mais, enchaîne-t-il, il serait en revanche très grave pour moi, en tant que chrétien, de dire que l’Evangile n’est plus significatif. «La théologie n’est point décisive, même si personnellement j’aime beaucoup la théologie. Lorsque je me pose des questions de ce genre, je réponds de la manière suivante: jusqu’à l’âge de 40 ans je n’ai jamais parlé de théologie de la libération, et pourtant je crois que j’ai été chrétien. Et si j’ai pu être chrétien avant la théologie de la libération, j’espère pouvoir continuer à l’être même après».
La théologie de la libération n’est rien d’autre qu’un courant de pensée «justement présent au sein de l’Eglise», et le magistère en a tenu compte à Puebla, à Saint-Domingue, dans la Populorum Progressio, dans tant d’enseignements de Jean Paul II, et il affirme que la pauvreté n’est point «le fruit de la volonté de Dieu, mais le fruit de systèmes économiques humains qui produisent des conditions de vie sous-humaines pour tant de personnes».
Libératoire
Pour lui, la théologie de la libération n’a rien inventé, elle a seulement accueilli ces instances, elle les a approfondies, et puis chacun les applique librement à sa vie selon l’inspiration du Saint-Esprit.
Ce qui tient à coeur au Père Gutierrez, en particulier en vue de la «critique que les groupes charismatiques semblent avoir marquer depuis des années vis-à-vis de la théologie de la libération, est que la proclamation de l’Evangile soit libératoire. Précisément parce qu’une telle proclamation libératoire n’est pas suffisamment présente, surtout en Amérique latine. (apic/vd/pr)



