Italie: Le président chinois Jiang Zemin ne rencontrera pas le pape

Le Saint-Siège prêt à «lâcher» Taiwan?

Rome, 22 mars 1999 (APIC) Le président chinois Jiang Zemin ne rencontrera pas le pape ni aucun délégué du Vatican, au cours de la visite qu’il effectue à Rome du 20 au 25 mars. De nombreuses spéculations circulaient sur une éventuelle médiation de l’Etat italien en vue de favoriser des relations diplomatiques entre la Chine et le Saint-Siège. Elles ne sont pas pour demain, en raison d’une ombre nommée Taiwan. A moins que le Saint-Siège ne se décide à fermer son secrétariat de nonciature à Taipeh…

Le Vatican se dit pourtant prêt à ouvrir des négociations avec Pékin pour l’ouverture éventuelle de relations diplomatiques, a déclaré lundi le «ministre des Affaires étrangères du Vatican», Mgr Jean-Louis Tauran, dans une interview accordée au «Corriere della Sera». Mgr Tauran se dit conscient que la forme des relations entre le Saint-Siège et Taiwan devra changer afin de permettre une normalisation des relations avec Pékin. Il estime toutefois que l’on «peut trouver des solutions opportunes pour les différents problèmes, acceptables réciproquement, grâce à un dialogue direct et efficace entre les deux parties».

Dans un entretien accordé au même «Corriere della Sera», Jiang Zemin lui-même dicte cependant les conditions pour une possible ouverture: couper les rapports avec Taiwan et reconnaître l’unique Chine; ne pas se servir de la religion pour s’immiscer dans les affaires intérieures de l’Eglise et de la nation chinoise.

Durant les jours qui ont précédé cette visite, le ministre des Affaires étrangères Tang Jiaxuan et des personnalités de l’Association patriotique, comme Antoine Liu Bainian et Michel Fu Tieshan, avaient donné le ton: les rapports avec le Saint-Siège sont difficiles ou impossibles, «étant donné les liens du Vatican avec Taiwan».

Les signaux du Saint-Siège

Depuis une quinzaine d’année, le Saint-Siège lance des signaux précis à Pékin, avec la réduction de la nonciature de Taïpeh au rang de simple secrétariat. En février dernier, le secrétaire d’Etat, le cardinal Sodano avait déclaré qu’il était prêt à transférer la nonciature à Pékin ” même ce soir «. Le ton était à ce point convainquant que l’ambassadeur et le ministre des Affaires étrangères de Taiwan se sont rendus de toute urgence au Vatican.

Reste la seconde critique. Pékin soupçonne encore le Vatican et l’Eglise, souvent avec des stéréotypes surannés, de «s’immiscer dans les affaires intérieures de l’Eglise et de la nation en se servant du manteau de la religion pour troubler le pays».

Depuis 1995, l’Eglise catholique non officielle, précisément à cause de ce soupçon, est l’objet d’une campagne très dure: fidèles obligés de s’inscrire à l’Association patriotique; pressions psychologiques; menaces d’enlever les enfants de l’école publique; coupure d’eau et d’électricité dans les maisons des chrétiens réfractaires; arrestations de prêtres, de laïcs et d’évêques.

Actuellement, selon les données en possession de l’Agence Fides à Rome, il y a au moins 11 prêtres en état d’arrestation et 12 évêques dans l’impossibilité d’exercer leur ministère parce qu’ils sont sous le contrôle continuel de la police qui ne leur permet pas de rencontrer les fidèles ou de célébrer la messe en public. Ces personnes sont coupables seulement d’avoir célébré des messes en dehors des endroits prévus par le gouvernement. Pour cette raison, plusieurs d’entre eux ont été condamnés à 3 ou 5 années de prison ferme pour «avoir conspiré contre l’ordre public».

Deux évêques et 19 ans de prison

Deux évêques, en particulier, disparus il y a trois ans, n’ont jamais été relâchés, ne sont jamais passés en jugement, n’ont jamais été condamnés, mais ils sont simplement détenus par la police (ce qui est un fait contraire aux lois mêmes de la Chine). Il s’agit de l’évêque Jacques Su Zhimin, de Baoding, et de son auxiliaire François An Shuxin, âgés respectivement de 67 et de 50 ans. Le premier, depuis 1956, passe sans cesse de la détention à la liberté, totalisant 19 années de prison. Il est connu pour sa fermeté, mais aussi pour son ouverture. En 1996, il a écrit une lettre à l’Assemblée nationale du Peuple dans laquelle il rappelait aux parlementaires qu’il ne désirait pour l’Eglise que ce que la Constitution chinoise garantissait déjà en théorie, à savoir la liberté religieuse.

Mgr An Shuxin est quant à lui bien connu pour être un évêque qui se préoccupe des pauvres. Pauvre lui-même, ses fidèles l’aiment parce qu’il visite les malades, donne ce qu’il possède, et il est très apprécié par les jeunes.

Le président Jiang Zemin, qui est attendu en Suisse après sa visite italienne, se rappellera que, en 1997, pendant sa visite aux Etats-Unis, le cardinal Gong Pinmei a lancé un appel pour leur libération. D’après la «Kung Foundation», le Département d’Etat américain a fait savoir que l’évêque Su avait été libéré sur intervention du président Jiang lui-même. Mais il s’avéra que la nouvelle était fausse.

Au risque d’être accusés encore une fois de vouloir «nous immiscer» dans les affaires intérieures de l’Eglise en Chine, nous voulons demander au président Jiang Zemin la libération de Mgr Su Zhumin et An Shuxin, ou au moins de connaître où ils sont détenus et pourquoi, écrit Fides.

Plusieurs diplomates font remarquer que la visite du président chinois en Europe se produit en parallèle avec la réunion à Genève de la Commission de l’ONU sur les droits de l’homme, où l’on votera peut-être une motion contre la Chine. (apic/fides/pr)

22 mars 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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