Italie: Visite officielle du pape Jean Paul II à la présidence de la République italienne
«A familles saines, pays sain»
Rome, 20 octobre 1998 (APIC) Le pape Jean-Paul II s’est rendu, mardi 20 octobre, en visite officielle au «Quirinal» – la résidence du Président de la République italienne (du nom de la colline de Rome sur laquelle est bâti l’édifice). Le pape y a rencontré le président Oscar Luigi Scalfaro. Il a été également accueilli par le nouveau président du Conseil, l’ex-communiste Massimo D’Alema (une rencontre attendue), et le premier ministre sortant Romano Prodi.
Au programme des conversations, la collaboration entre l’Eglise et l’Etat en Italie «pour la promotion de l’homme et le bien du pays», comme le spécifient les accords du 18 février 1984, cités par le pape. Jean Paul II souhaite que la «concorde» se confirme et même s’intensifie pour la préparation du Grand Jubilé. Et dans ce cadre, il lance un appel pour une politique familiale authentique et une législation qui protège la vie humaine et le «droit des parents» dans le domaine de l’éducation.
L’habitude veut que le président de la République italienne se rende en visite officielle au Vatican après son élection, visite que le pape lui rend ensuite. Le président Scalfaro s’était rendu au Vatican en visite officielle dès le 22 novembre 1992. Le pape lui rend sa visite avant que le mandat de 7 ans de M. Scalfaro ne vienne à expiration.
L’anniversaire des 20 ans de pontificat de Jean Paul II a donné un caractère particulier à la rencontre. La visite s’est en effet déroulée avec une grande solennité, le pape étant escorté depuis la Place Saint-Pierre par une «Mission extraordinaire du gouvernement italien», tandis qu’une formation militaire et des trompettes présentaient les armes. Dans une voiture découverte, le pape s’est ensuite rendu au Quirinal en grande escorte. Une garde à cheval l’attendait Place de Venise.
Respect de la vie, respect de la famille
Dans son discours, le pape a voulu réaffirmer le lien existant entre la politique familiale, le respect de la vie et le «degré de civilisation» atteint par un peuple. «Une famille saine sait transmettre les valeurs sur lesquelles repose toute coexistence ordonnée, dit-il, à commencer par la valeur fondamentale de la vie, dont le respect plus ou moins grand mesure le degré de civilisation atteint par un peuple». «A familles saines, pays sain : on ne peut se faire illusion en croyant pouvoir obtenir l’un sans se préoccuper de faire ce qui est nécessaire pour les autres».
Le pape a demandé la «protection rapide et éclairée de toute expression de la vie humaine, pour vaincre la plaie de l’avortement et de toute forme de légalisation de l’euthanasie». Le pape compte sur la traduction de ces principes dans la loi. «Dans le vaste contexte du service de la vie, explique-t-il, je souhaite que soient traduits dans des interventions législatives adéquates les principes de liberté et de pluralisme contenus dans la Constitution italienne, également en référence au droits des parents de choisir le modèle éducatif le plus adapté à la croissance culturelle de leurs enfants».
Défense de l’école catholique
Mentionnant les autres législations européennes en faveur de l’école libre, Jean Paul II rappelle que «cela comporte non seulement la garantie d’un droit effectif à l’étude, mais aussi la possibilité de choix du type d’école préférée, sans discriminations et pénalisations, comme c’est d’ailleurs déjà le cas dans la majeure partie des pays d’Europe».
Le chômage, en particulier celui des jeunes, la situation des immigrés, les victimes d’enlèvements, et de violences, sont d’autres préoccupations du pape.
La parité scolaire, la politique familiale, le travail des jeunes, et la protection des biens culturels avaient déjà fait l’objet d’une rencontre à la nonciature apostolique à Rome, mardi 15 septembre, entre le cardinal Secrétaire d’Etat Angelo Sodano et le Président du conseil italien Romano Prodi.
La collaboration des catholiques avec la gauche est possible
La visite de Jean Paul intervient à un moment délicat pour l’Italie. Côté catholique de nombreuses voix se sont effet élevées contre le choix de l’ex-communiste Massimo D’Alema (Parti social-démocrate, PDS) pour former une nouveau gouvernement, sur la base d’une coalition de centre gauche regroupant une demi douzaine de formations parlementaires. Si le Vatican a qualifié cette nomination de «correcte», ce n’est pas le cas de la presse catholique qui montre une certaine mauvaise humeur.
Dimanche 18, «L’Osservatore Romano» titrait sur «un homme de l’appareil de l’ex-PCI» (parti communiste italien), mentionnant le passé politique du nouveau président du Conseil comme secrétaire de la Fédération des jeunesses communistes.: «On est peut-être préoccupé au Vatican par la nouveauté. Mais il faut tenir compte de l’évolution des partis de gauche. Le pays évolue vers la création de deux axes porteurs de notre système politique: l’un social-démocrate, l’autre libéral-démocrate», répond le ministre des affaires étrangères Lamberto Dini.
Giuseppe Lumia, parlementaire issu de l’Action catholique, estime de son coté qu’»il est normal qu’une petite partie des représentants de «L’Osservatore Romano» et de «L’Avvenire» s’opposent au changement. Mais une autre partie, majoritaire, du monde catholique collabore et vit depuis des années avec le centre gauche et a trouvé dans cet espace politique la possibilité d’exprimer ses valeurs propres».
Le pape a longuement serré la main du nouveau président du Conseil, mais n’a pas fait publiquement allusion à la situation politique actuelle en Italie.
Le pape s’est déjà rendu deux fois au Quirinal, en juin 1984 pour rencontrer le président socialiste Sandro Pertini et en janvier 1986 pour rendre visite au démocrate chrétien Francesco Cossiga.
Le Quirinal a cessé d’être une résidence papale, en 1870, après la prise de Rome par les Républicains et le roi Victor Emmanuel II (apic/imed/mp)



