Les Eglises doivent continuer à lutter contre le racisme, demande l’ancien
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secrétaire général du SACC ENI-95-0241çF
Genève, le 16 septembre (ENIçStephen Brown) – L’un des chefs de file de
l’opposition à l’apartheid en Afrique du Sud a exhorté aujourd’hui les
Eglises à renouveler leurs efforts «pour lutter contre le racisme avec
encore plus d’énergie et de force que vous ne l’avez fait pour
l’apartheid».
Le pasteur Frank Chikane, président de Apostolic Faith Mission en Afrique
du Sud, et ancien secrétaire général du Conseil des Eglises d’Afrique du
Sud (SACC) s’exprimait devant les participants aux Comité central du
Conseil oecuménique des Eglises (COE), réunis à Genève du 14 au 22
septembre.
Le COE, qui compte 324 Eglises membres dans le monde, a joué un rôle de
premier plan dans la lutte contre l’apartheid. Il a déclenché une vive
controverse dans les années 70, même parmi ses membres, lors du lancement
du Programme de lutte contre le racisme (PLR) et du Fonds spécial qui a
fourni une assistance humanitaire aux mouvements de libération en Afrique
australe.
«Je voudrais vous rappeler que si l’apartheid était bien visible, le
racisme dans le monde n’est pas toujours manifeste ni visible», a lancé F.
Chikane.
A moins que les Eglises ne commencent à internationaliser leurs stratégies
et leurs programmes de lutte contre le racisme, «nous n’avons aucune chance
d’aboutir», a-t-il averti.
«Sur le plan international, nous avons assisté à une nouvelle vague de
manifestations de racisme comme cela ne s’était encore jamais vu.»
Parmi ces manifestations, a continué F. Chikane, il faut souligner la
globalisation de l’économie; le fossé croissant entre les pauvres et les
riches, et le problème de l’immigration naturelle massive et de la
marginalisation internationale des pauvres, après la fin de la guerre
froide.
F. Chikane a rappelé que l’économie est devenue un phénomène mondial. «Les
multinationales traversent les frontières en bénéficiant de l’immunité, la
technologie et l’informatique les traversent aussi, reliant le monde des
puissants qui continuent à le diriger à leur seul avantage.»
«Nous avons appris durant la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud que
le mal est international. Que la différence existant entre l’apartheid et
le racisme qui s’exercent ailleurs est que le nôtre avait été stupidement
légalisé et institutionnalisé.»
Le Comité central du COE examine un documen de référence pour «réorienter
sa lutte contre le racisme, en suggérant qúil serait temps de passer à une
quatrième phase».
Selon ce document présenté au Comité central, «Il faut saluer cette prise
de conscience et cette volonté d’agir accrues, sans se dissimuler pourtant
que le racisme institutionnalisé et l’idéologie raciste, sous leurs formes
les plus pernicieuses, continent à faire rage dans nos sociétés et à
affecter profondément les Eglises. Celles-ci sont en outre confrontées, et
de manière dramatique, à de nouvelles formes de racisme.»
Le pasteur Chikane, qui a été emprisonné et a connu la torture sous le
régime de l’apartheid en Afrique du Sud, et qui a été accusé de trahison en
raison de son soutien au Front démocratique uni anti-apartheid, a rappelé
aux membres du Comité central que «même si le système de l’apartheid est
aboli, les structures sont encore en place».
«Certes, la forme non déguisée de racisme a été supprimée par la victoire
du peuple contre le système de l’apartheid, mais l’esprit du racisme est
encore bien vivant! «
«Le racisme en Afrique du Sud ne s’exprime plus sous la forme
institutionnalisée brutale que revêtait l’ancien. Mais il a trouvé refuge
dans les sphères économiques o# il est toujours plus difficile pour les
Eglises d’agir. Les bénéficiaires du système d’apartheid ont peut être
perdu leur pouvoir politique … mais ils n’ont pas perdu le pouvoir
économique», a-t-il rappelé. (641 mots)




