Intervention internationale exigée pour faire cesser les massacres

Jakarta: Six militants chrétiens fuyant les Moluques ont pénétré dans l’ambassade suisse

Jakarta, 27 septembre 2000 (APIC) Six militants chrétiens indonésiens fuyant les massacres dans l’archipel des Moluques ont pénétré mercredi dans l’ambassade suisse à Jakarta, capitale de l’Indonésie. Les jeunes manifestants réclament une intervention internationale, sur le modèle de l’opération onusienne à Timor-Est, pour faire cesser les massacres qui visent leur communauté à laquelle les militants islamiques ont déclaré la «guerre sainte».

Les six occupants – dont une femme – dénoncent un conflit qui prend véritablement des allures «d’épuration ethnique». Ils déclarent avoir choisi l’ambassade de Suisse parce que la Commission des droits de l’homme de l’ONU a son siège à Genève.

Des milliers militants islamistes venus d’autres îles indonésiennes veulent chasser les chrétiens de la petite île aux épices d’Amboine, ancienne colonie hollandaise évangélisée au début du XVIIème siècle. Les manifestants chrétiens veulent que le monde prenne conscience du conflit sanglant qui oppose chrétiens et musulmans à Amboine et qui aurait déjà fait près de 10’000 morts et plus de 350’000 réfugiés depuis janvier de l’année dernière. Plus de la moitié des églises et institutions chrétiennes ont été détruites ainsi que près de 200 mosquées.

Aux cris de «guerre sainte»

Aux cris de «guerre sainte», des musulmans ont attaqué de nouveaux villages chrétiens situés sur la baie d’Amboine, face au chef-lieu du même nom, annonce mercredi l’agence d’information missionnaire MISNA à Rome. Le bilan des victimes serait de 8 ou 9 morts et de 17 blessés. Les guérilleros islamiques ont lancé leur assaut le même jour en partant d’un petit village appelé Wayame pour se diriger vers le sud, à Wailete, où ils ont incendié toutes les habitations chrétiennes. Ils ont poursuivi leur chemin jusqu’à Sahuru, où ils ont tiré sur une infirmière, qui est décédée de ses blessures. Un homme a été abattu et brûlé dans son automobile, son frère a pris la fuite et est porté disparu.

Des chrétiens du village de Hative Besar, plus au sud, ont tenté de contrer l’attaque, mais ce village est désormais en flammes. Près de 2’000 résidents ont fui pour se réfugier à Benteng, près de la ville d’Amboine, de l’autre côté de la baie. Mercredi, les musulmans ont attaqué pour la deuxième fois le village de Suli, sur la côte orientale. Le bruit des explosions de bombes se font à nouveau entendre dans certains quartiers d’Amboine, notamment ceux de Karang Pajang et de Galala.

Les forces armées indonésiennes accusées de passivité, voire de complicité

L’île d’Amboine, et plus généralement l’archipel des Moluques, sont depuis longtemps le théâtre du conflit qui oppose chrétiens et musulmans. On assiste depuis plusieurs mois à une véritable escalade de la violence avec la venue de miliciens indonésiens en provenance de Jakarta et d’autres régions. Les forces armées indonésiennes, incapables de maintenir l’ordre à Amboine, sont accusées de passivité, voire de prendre partie pour les assaillants. En août dernier, la Commission nationale des droits de l’homme, une institution officielle respectée en Indonésie, a lancé un appel à Jakarta en faveur d’une intervention de l’ONU et l’envoi d’une force internationale de maintien de la paix pour faire cesser les massacres aux Moluques. La Commission, qui dépend directement du président indonésien Wahid, estime qu’une telle intervention est nécessaire parce que le gouvernement n’a pas été capable de faire cesser le bain de sang. (apic/misna/bbc/be)

27 septembre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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