Japon: Dernière communautés de «chrétiens cachés», séparés de l’Eglise catholique
Traditions séculaires
Tokyo, 31 aôut 2003 (Apic) Spécificité japonaise, les «chrétiens cachés» sont les héritiers des survivants des persécutions du XVIIe siècle. Aujourd’hui, ils ne sont plus que quelques milliers à n’avoir pas rejoint les rangs de l’Eglise catholique, dont ils sont issus. Leurs communautés vieillissantes, situés au sud du Japon, perpétuent leurs traditions, où se mélangent christianisme et bouddhisme.
Après les persécutions du XVIIe siècle et leur lot de martyrs, les chrétiens japonais restèrent cachés, terrés dans le plus complet anonymat jusqu’en 1873, date à laquelle la liberté religieuse fut reconnue officiellement grâce aux changements politiques inaugurés par l’empereur Meiji (1867-1912), rappelle l’agence EDA (Eglise d’Asie). On pense qu’à l’époque, ils furent près de 20’000 chrétiens dans tout le Japon à sortir alors de leur anonymat C’est de ce terreau que ressuscita l’Eglise du Japon que nous connaissons aujourd’hui.
Parmi ces «chrétiens cachés» pendant presque trois siècles, certaines petites communautés refusèrent de reconnaître dans les missionnaires les successeurs des prêtres dont ils attendaient le retour. Elles continuèrent de cacher leurs croyances, observant, toujours et jusqu’à aujourd’hui encore, dans le secret, les coutumes et les prières héritées des anciens.
Leur refus de se rallier semble avoir été surtout d’ordre social, selon l’analyse des ethnologues. Certains des ces chrétiens occupaient en effet des postes de fonctionnaires. D’autres, honorablement connus, ne pouvaient révéler au grand jour qui ils étaient vraiment. D’autres encore ne se sont plus reconnus dans le discours des missionnaires.
Chrétiens et bouddhistes à la fois
Tous leurs livres ayant été saisis et brûlés pendant les persécutions, il ne restait au «chrétiens cachés» plus que la tradition orale pour nourrir leur foi. Les prières récitées par coeur, émaillées de mots latins se déformèrent au cours des siècles. Aujourd’hui, le rite du baptême des enfants est toujours observé mais la formule prononcée reste sibylline. Les «chrétiens cachés» continuent d’observer certaines fêtes héritées du catholicisme, mais décalées dans le temps. Au cours des siècles, la plupart de ces communautés ont fini par rejoindre un temple bouddhique.
Les «chrétiens cachés» de la petite île d’Ikitsuki, à l’extrême sud-ouest du Japon, forment une des communautés de 220 âmes. Son «Oyaji» (responsable), un professeur de comptabilité de 64 ans, Yasutaka Toriyama, reconnaît que «les gens d’ici disent que c’est étrange mais nous, nous croyons en même temps au christianisme et au bouddhisme, depuis des centaines d’années». (apic/eda/sh)



