Critiques de plusieurs éthiciens chrétiens
Japon: Euthanasie passive – Association de médecine favorable
Tokyo, 6 novembre 2007 (Apic) Des éthiciens chrétiens du Japon ont critiqué les nouvelles directives émises par l’Association japonaise de médecine. Celles- ci permettent aux médecins de «débrancher» les patients en phase terminale.
Les nouvelles directives en matière d’euthanasie passive de l’Association japonaise de médecine visent à «éviter les actions en justice». Ce qui est contesté par un prêtre anglican et professeur émérite d’éthique chrétienne de la vie à l’Université Saint-Paul de Tokyo, Masakatsu Seki. «Dans cette logique, si les médecins suivent la procédure pour mettre fin au prolongement de la vie selon ces directives, leurs actes seront justifiés, ils ne seront pas poursuivis en justice pour avoir causé la mort. Or il s’agit d’euthanasie», a-t-il déclaré au correspondant de l’agence ENI.
Masakatsu Seki, auteur de nombreux ouvrages sur l’éthique de la vie, est l’ancien principal de la Faculté centrale de théologie de Tokyo et enseigne actuellement l’éthique chrétienne à l’Ecole de soins infirmiers Saint-Luc, dans la capitale japonaise.
L’Association japonaise de médecine a publié le 15 octobre un communiqué approuvant, dans certaines circonstances, la pratique permettant de mettre fin au prolongement de la vie.
Bien que le droit japonais ne soit pas clair en ce qui concerne l’euthanasie, certains juges considèrent qu’elle est acceptable lorsqu’elle est demandée par un patient en phase terminale qui ne réagit plus aux traitements.
Selon certains observateurs, le document publié par l’Association médicale permet aux médecins de mettre fin au prolongement de la vie si le patient est soutenu par sa famille et a exprimé son souhait par écrit. Si le souhait du patient n’est pas connu et que la famille n’arrive pas à prendre de décision, une équipe médicale peut prendre la décision ; les interprétations divergent sur ce point.
Primauté de l’avis de la famille sur celui du patient, s’il ne peut réagir
En mars 2006, des rapports ont indiqué qu’un hôpital d’Imizu débranchait les appareils respiratoires de patients en phase terminale âgés de 50 à 90 ans. L’administration de l’hôpital aurait déclaré que dans chaque cas, les familles avaient donné leur assentiment mais que le consentement du patient n’avait pas toujours été obtenu. En 1998, un médecin de Yokohama avait même donné la mort par injection létale à un homme dans le coma et avait été condamné en 2005 à trois ans de prison.
De plus, le journal The Japan Times a indiqué le 31 juillet 2006 que l’hôpital chrétien Yodogawa d’Osaka avait, avec le consentement des parents, mis fin aux efforts visant à prolonger la vie de huit nourrissons entre 1999 et 2005. Les médecins avaient fait cette proposition après avoir déterminé que les nouveau-nés allaient mourir après une ou deux heures.
Les nouvelles directives, qui ont été pour la plupart acceptées par l’Association japonaise de médecine, seront finalisées en novembre. Elles indiquent que «lorsque la volonté d’un patient n’est pas claire, la famille peut la présumer et les médecins peuvent mettre fin au prolongement de la vie sur ordre de la famille.»
Toru Aruga, professeur de médecine à l’Université Showa de Tokyo et président de la Commission spéciale sur la médecine terminale de l’Association a déclaré dans le quotidien japonais Asahi Shimbun le 16 octobre : «Certaines circonstances ont fait l’objet d’une intervention judiciaire lorsque les traitements pour prolonger la vie ont été arrêtés. Mais je pense que nous ne pouvons pas être responsables juridiquement si nous suivons les directives.» Le pasteur Katsuhiro Kohara, lui, professeur d’éthique religieuse comparative et de pensée chrétienne à l’Université Doshisha de Kyoto pense que les directives donnent davantage la priorité à la volonté de la famille qu’à celle du patient. Il a ajouté : «En bref, l’idée selon laquelle l’éthique familiale a la priorité sur l’éthique individuelle a encore une importante base spirituelle au Japon.» (apic/eni/vb)



