Des responsables d’Eglise protestent contre cette provocation

Japon: Visite du Premier ministre Junichiro Koizumi au sanctuaire shinto de Yasukuni

Tokyo, 18 octobre 2005 (Apic) Des responsables d’Eglise japonais ont protesté mardi contre une nouvelle visite du Premier ministre Junichiro Koizumi au sanctuaire shinto de Yasukuni, à Tokyo. Cet acte a suscité la colère de la Chine et de la Corée du Sud car ce temple, construit en 1869 pour rendre hommage aux Japonais morts au combat, contient les restes de 14 criminels de guerre.

Signifiant «le temple du pays apaisé», ce lieu de culte shinto abrite les âmes des milliers de soldats japonais, morts entre 1868 et 1945, et qui y sont déifiés. «Le Premier ministre Koizumi ne respecte pas notre désir de voir le Japon prôner de manière décisive le pacifisme, la souveraineté du peuple, et les droits fondamentaux de la personne, qui sont inscrits dans la constitution fondée sur le repentir de notre pays pour ses péchés passés dans la guerre d’agression contre des pays asiatiques», a déclaré le pasteur Seiji Suga, du Conseil chrétien national du Japon.

Une atteinte au principe de la séparation entre la religion et l’Etat

Le pasteur Suga s’exprimait lundi en tant que président de la Commission du Conseil chrétien de Chine sur les sanctuaires, après la cinquième visite de Junichiro Koizumi au temple de Yasukuni depuis son accession au poste de Premier ministre en avril 2001. Cette visite avait été effectuée malgré la décision prise récemment par la Haute Cour d’Osaka, stipulant que c’était une atteinte au principe de la séparation entre la religion et l’Etat inscrit dans la Constitution japonaise.

La Commission sur les sanctuaires et ses sympathisants ont annoncé une manifestation d’une heure le 18 octobre devant la résidence officielle du Premier ministre à Tokyo, après la remise d’une pétition. Le Premier ministre Koizumi, qui a expliqué qu’il visitait le sanctuaire afin de prier pour la paix et honorer les morts pour la patrie, et non pas pour glorifier le militarisme, portait le 17 octobre des vêtements occidentaux et non le costume traditionnel comme en 2004.

Selon un rapport de l’agence de nouvelles chinoises Xinhua, contrôlée par l’Etat, l’ambassadeur de Chine au Japon, Wang Yi, a qualifié cette visite de «grave provocation pour le peuple chinois». Et le gouvernement sud-coréen a convoqué l’ambassadeur du Japon à Séoul pour protester contre la visite.

Le Japon a occupé de grandes parties de la Chine de 1931 à 1945 et a annexé la Corée de 1910 à 1945. Les militaires japonais y ont commis des atrocités de grande ampleur que le gouvernement peine à reconnaître.

Haut lieu du militarisme nippon

Le sanctuaire de Yasukuni comprend les noms de 2,5 millions de soldats morts pour le Japon durant la deuxième guerre mondiale. Mais il honore aussi 14 hommes considérés comme des criminels de guerre de classe A par un tribunal militaire international, ce qui en fait un site très controversé. La déclaration du Conseil chrétien souligne que le sanctuaire est «le haut lieu spirituel du militarisme» du Japon avant et durant la deuxième guerre.

Alors que nombreux sont les Japonais qui ne voient aucun mal à honorer les morts pour la patrie, les opposants à la visite du Premier ministre rappellent également que durant la guerre le sanctuaire était un centre de l’idéologie guerrière dérivée du shintoïsme. C’était l’époque où l’empereur du Japon était adoré comme un dieu vivant.

Membre de l’Eglise réformée du Japon, Shigenori Nishikawa se demande pourquoi le Premier ministre ne comprend ni le jugement de la Cour, à Osaka, basé sur la décision claire que les visites au sanctuaire sont inconstitutionnelles ni l’histoire de l’invasion et de l’agression japonaises contre les peuples dans le reste de la région Asie-Pacifique?» (apic/eni/be)

18 octobre 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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