«Je n’ai jamais blanchi d’argent sale, je n’ai jamais volé»
Rome : Dans une lettre au pape, Mgr Scarano clame son innocence et accuse des cardinaux
Rome, 25 juillet 2013 (Apic) Dans une lettre adressée au pape François, Mgr Nunzio Scarano, ancien comptable de l’Administration du patrimoine du Siège apostolique (APSA), arrêté en juin 2013 sur le soupçon de fraude et de corruption, clame son innocence et met en cause les abus de ses anciens supérieurs laïcs «bien couverts et protégés par certains cardinaux». Des agences de presse ont eu connaissance de ce document explosif par des sources judicaires le 25 juillet.
«Saint-Père, je n’ai jamais blanchi d’argent sale, je n’ai jamais volé» : c’est par ces mots que se défend Mgr Nunzio Scarano, actuellement en détention provisoire dans une prison de Rome. Le prélat possédait un compte auprès de l’Institut pour les œuvres de religion (IOR) dont les avoirs ont été récemment gelés par la justice vaticane. Dans sa longue missive, il assure que ses «opérations bancaires auprès de l’IOR ont toujours été faites selon les conseils de la direction». «Je n’ai jamais profité de faveurs», ajoute-t-il dans une lettre aux accents dramatiques, affirmant agir «selon la loi canonique de l’IOR».
Contribution à la fraude fiscale
Selon les enquêteurs italiens, en revanche, Mgr Scarano aurait utilisé des comptes bancaires de l’IOR pour procéder à des virements pour le compte d’amis, notamment pour rapatrier de Suisse 20 millions d’euros issus d’une fraude fiscale pour une famille d’armateurs napolitains.
Comptable pour l’APSA jusqu’à son arrestation, Mgr Scarano affirme en outre que la documentation qu’il a rassemblée est «la preuve de son honnêteté et de toutes les batailles menées contre les abus de ses supérieurs laïcs, bien couverts et protégés par certains cardinaux». Il se définit comme «le seul bon prêtre» de l’APSA auquel on ne permettait cependant de ne faire que «peu de choses», en dépit de son appel à l’aide au cardinal Stanislaw Dziwisz, secrétaire personnel de Jean-Paul II. Il demanda aussi une audience à l’ancien secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le cardinal Angelo Sodano, mais son supérieur à l’APSA, «le rusé Mgr Giorgio Stoppa», l’en empêcha.
Mgr Scarano conclut sa lettre en espérant pouvoir remettre «secrètement» au pape François la documentation qu’il a en sa possession comme preuve de ses allégations, convaincu qu’elle pourra être utile au travail de nettoyage de la triste réalité administrative, économique et financière du Saint-Siège.
Cette lettre de Mgr Scarano intervient alors que l’Institut pour les œuvres de religion affronte actuellement une forte tempête. Début juillet, les directeur et vice-directeur de cette institution avaient démissionné. Quant au prélat de l’IOR Mgr Battista Ricca, récemment nommé par le souverain pontife, il aurait été impliqué aux début des années 2000 dans des affaires de mœurs homosexuelles. Le pape François ignorait cependant ce passé sulfureux avant de le nommer à ce poste prestigieux au sein de l’IOR. (apic/imedia/cp/mp)



