Sion : Mgr Jean Marie Lovey livre son credo politique

«Je ne suis ni de droite, ni de gauche. Je voudrais être ›d’en haut’»

Sion, 30 septembre 2014 (Apic) Au lendemain de son ordination, Mgr Jean-Marie Lovey, nouvel évêque de Sion, a livré le 30 septembre 2014 son credo ›politique’ sur les ondes de la Radio suisse romande. «Je ne suis ni de droite, ni de gauche, mais je souhaiterais être ›d’en haut’», a-t-il précisé.

Interrogé sur les rapports entre l’Eglise et la politique, Mgr Lovey répond que dans le sens le plus grand et le plus noble de la politique, tout le monde y est tenu puisqu’il s’agit de veiller au bien de la cité. La politique est un art magnifique qui concerne tout le monde. Mais la politique risque parfois de se réduire à un combat partisan. Dans ce cas, il ne s’agit pas que le prêtre ou l’évêque entrent dans ce domaine. «Je suis ni de gauche ni de droite, je souhaite que moi-même et tous les prêtres soyons ›d’en haut’. Ce n’est pas une boutade», note le nouvel évêque de Sion. «Nous recevons en héritage l’Evangile qui n’est pas un code moral ou un code civil, mais un livre de vie. Nous avons à faire valoir cette parole qui permet aux hommes d’être heureux, d’être des vivants.»

Pour Mgr Lovey, on a trop souvent confiné le rôle de l’Eglise à celui de moralisatrice. Toutes les questions morales sont renvoyées à la sacristie, comme si c’était la mission première de l’Eglise. «Non, encore une fois, l’Evangile est un livre de vie. Une vie heureuse exige certes une certaine ligne, une certaine conduite, et la morale est inscrite dans ce sens là au cœur de l’Evangile, mais ce n’est pas un code.»

Pour l’accueil des réfugiés par les Eglises

Interpellé sur la migration et l’asile en Suisse, et l’accueil de réfugiés au monastère d’Einsiedeln, Mgr Lovey souligne que c’est un très beau geste par lequel l’Eglise montre sa mission d’ouverture à tout homme quelle que soit sa religion ou sa condition. Pour lui, il y a là une urgence. «Dans de nombreuses communautés religieuses en Valais et en Suisse, il y a des espaces et des volumes disponibles. Le pape François a demandé aux religieuses et religieux d’ouvrir des espaces aux réfugiés. Je vais réfléchir aussi à cette question.»

Cette même notion d’accueil et de partage se retrouve dans la position des évêques suisses à propos de la création à l’Université de Fribourg du Centre islam et société, contestée par la droite conservatrice et nationaliste. «Il ne s’agit pas d’un centre de formation des imams. C’est une plateforme de connaissance. Il s’agit d’ouvrir les imams qui guident des communautés en Suisse aux réalités culturelles et religieuses de notre pays. Dans la mesure où on se connaît, tout le monde est gagnant et la confiance s’établit», insiste l’évêque.

Les extrémistes d’Ecône

Le nouvel évêque de Sion a encore abordé deux sujets de politique ecclésiale. Il n’a guère d’espoir de dialogue avec la Fraternité schismatique saint Pie X de Mgr Lefebvre dont le séminaire d’Ecône est à une quinzaine de kilomètres de Sion. «Je ne voudrais pas juger les personnes, mais l’attitude qui consiste à penser, à dire et à transmettre le message «Nous sommes les sauveurs d’une Eglise qui va à la dérive» a quelque chose d’arrogant. Le dialogue a été mené pendant des années et des années par mes prédécesseurs et tant d’autres jusqu’à Rome, qui ont tendu continuellement des perches pour une fin de non recevoir. Il y a quelque chose d’extrême, oui c’est une forme d’extrémisme.»

Mgr Lovey a enfin exprimé sa réserve face à l’ordination sacerdotale d’hommes mariés. «L’Eglise peut réfléchir à un double clergé avec des membres célibataire et d’autres mariés. Mais sur le fond je suis persuadé que cela ne résoudrait rien. Face à la crise des vocations je ne crois pas que le mariage puisse ouvrir la voie du sacerdoce à un certain nombre de personnes. La crise se trouve à un niveau plus profond. En réalité, c’est une crise de la foi», conclut-il.

L’initiative pour un Etat laïque en Valais

«Dans un premier temps, j’avais souhaité que l’initiative pour l’Etat laïque en Valais puisse aboutir afin que le débat s’ouvre le plus largement possible et que les chrétiens et les autres réalisent toute la place et toute l’œuvre de l’Eglise à travers les siècles de l’histoire et aujourd’hui encore, note Mgr Lovey. Maintenant je ne suis pas sûr qu’il faille aller jusque là, car la situation actuelle convient à la grande majorité des personnes. Ce serait un chantier important avec du temps, de l’énergie et des frais énormes pour changer une situation que peu de personnes ne contestent pour l’instant.»

(apic/mp)

30 septembre 2014 | 11:54
par webmaster@kath.ch
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