Le pape tance ses compatriotes
Jean-Paul II demande aux Polonais de rester fidèles à l’Eglise et de dire non à l’avortement
Kalisz/Czestochowa, 4 juin 1997 (APIC) Le pape Jean Paul II a demandé mercredi aux Polonais de rester fidèles à l’Eglise et de dire non à l’avortement. «Une civilisation qui rejette ceux qui sont sans défense mérite d’être appelée barbare, même si elle remporte de grands succès dans le domaine de l’économie, de la technique, de l’art et des sciences», a-t-il déclaré devant une foule de quelque 150’000 fidèles.
Au cinquième jour de sa visite en Pologne, le pape s’est rendu au sanctuaire dédié à saint Joseph de Kalisz et au sanctuaire marial de Czestochowa. A la veille d’une journée de repos, il a en effet appelé les Polonais, quelles que soient leurs convictions religieuses, à s’opposer à l’avortement. Face à l’indifférence religieuse croissante, il les a également suppliés de rester fidèles à l’Eglise, d’»aimer l’Eglise».
Après avoir sillonné le sud-ouest du pays, le pape a entamé la seconde partie de son voyage de onze jours en Pologne en passant par la région sud-est. A mi-parcours de son périple, on retiendra quatre grands appels. Deux ont été lancés à Wroclaw, en faveur de l’unité des chrétiens et pour un «examen de conscience mondial» sur le drame de la faim dans le monde. A Legnica, le pape a dénoncé l’exploitation de l’homme par le travail. Enfin, à Gniezno, il a plaidé pour que les «murs invisibles» qui se dressent encore entre l’Est et l’Ouest soient abattus pour un retour à une unité de l’Europe fondée sur les valeurs chrétiennes.
Mercredi, à Kalisz, Jean-Paul II a défendu «l’infinie valeur de tout être humain», car «le droit à la vie n’est pas une question d’idéologie, ni de droit religieux, c’est un droit de l’homme, le plus fondamental». «Une civilisation qui rejette ceux qui sont sans défense mérite d’être appelée barbare, même si elle remporte de grands succès dans le domaine de l’économie, de la technique, de l’art et des sciences», a-t-il affirmé.
Le pape voit dans ce combat l’une des grandes missions de l’Eglise aujourd’hui. Celle-ci, «malgré les faiblesses et les infidélités de nombreux de ses fils et filles, a porté avec cohérence la grande vérité de l’amour du prochain au cours de l’histoire de l’humanité». Elle a «enseigné par la parole et par les actes que personne ne peut être exclu de la famille humaine». La défense de la vie des enfants à naître est «la conséquence de cette mission de l’Eglise».
A la mémoire des victimes de l’holocauste
Et le pape de lancer un appel à tous ses compatriotes, «indépendamment des convictions religieuses de chacun» pour «conjurer» l’avortement. «Une nation qui tue ses propres enfants n’a pas d’avenir», a-t-il répété, ajoutant dans une improvisation: «Et, croyez moi, ce n’est pas facile à dire pour ma propre nation.» Il a donc appelé à une «mobilisation générale des consciences et à un effort éthique commun», pour mettre en acte «une grande stratégie de défense de la vie».
Et d’insister: «Aujourd’hui, le monde est devenu l’arène de la lutte pour la vie. C’est pourquoi l’édification de la culture de la vie est importante». Jean-Paul II abordait là un thème d’une actualité brûlante, une semaine après la décision de la Cour constitutionnelle de juger non conforme au droit polonais une clause de l’actuelle loi sur l’avortement prévoyant que cet acte peut se justifier pour des raisons économiques ou matérielles.
Salué comme une victoire par l’Eglise, la décision n’a pas été appréciée par le gouvernement dont la majorité est composée d’ex-communistes associés au parti des paysans. Il ne reste au gouvernement que deux solutions: un vote à la majorité des deux tiers au Parlement, ce qui est loin d’être acquis, ou un référendum, ce qu’il envisage.
Au terme de la messe célébrée à Kalisz, le pape a évoqué la mémoire des victimes de l’holocauste. Il a appelé les juifs et les Polonais à l’Unité. Des survivants du camp de Dachau assistaient à la messe avec leur tenue de prisonniers (apic/cip/imed/pr)



