Jean Paul II en Terre Sainte

Les Palestiniens dénoncent la «judaïsation rampante» et l’annexion de Jérusalem-Est

«Jérusalem, la capitale éternelle, salue le pape»

Jérusalem, 21 mars 2000 (APIC) L’arrivée du pape mardi à Jérusalem a relancé la «bataille de Jérusalem», permettant d’attirer l’attention médiatique sur la «judaïsation rampante» de la partie arabe de la ville annexée par Israël. Malgré les forces de sécurité israéliennes, les Palestiniens ont réussi lundi à faire voler pendant plusieurs heures un grand ballon décoré des drapeaux du Vatican et de la Palestine au-dessus de la «Maison de l’Orient», quartier général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Jérusalem-Est.

Les responsables palestiniens avaient réuni à l’»Orient House» des leaders religieux de diverses confessions pour réclamer Jérusalem-Est comme capitale de leur futur Etat. Malgré l’intervention de la police israélienne, qui avait bouclé la maison, les Palestiniens n’ont accepté de le redescendre qu’à la fin de la cérémonie. Des drapeaux palestiniens ont été hissés dans la cour de la représentation de l’OLP ainsi qu’une grande banderole proclamant «Jérusalem, la capitale éternelle, salue le pape.»

Les Israéliens accusent les Palestiniens de «politiser» la visite du pape

Responsable israélien chargé de superviser la visite du pape, le ministre Haïm Ramon a déclaré que la police a donné l’ordre de faire disparaître le ballon car même si les Palestiniens expriment leurs vœux politiques légitimes, «ce n’est ni le lieu ni le moment de le faire pendant la visite du pape. La place pour en discuter est à Washington.»

Le responsable israélien a relevé que la rencontre à l’»Orient House» entre Palestiniens et leaders religieux va changer le caractère de la visite du pape «de paix et de réconciliation en conflit et dispute.» Haïm Ramon, a réagi en dénonçant un comportement «infantile» de la part des Palestiniens. Il les a mis en garde contre toute tentative «d’exploiter» le séjour de Jean Paul II en Terre sainte alors que le pèlerinage du pape est «une visite religieuse et spirituelle qui ne doit pas être exploitée à des fins politiques».

Israël veut profiter de la visite du pape pour confirmer l’annexion de Jérusalem-Est

Israël, de son côté, va calculer également tous les faits et gestes du pape et cherchera a y trouver des légitimations pour sa prétention sur la totalité de la Jérusalem «unifiée» (avec l’annexion de Jérusalem-Est en 1967, condamnée par la communauté internationale) proclamée comme «sa capitale éternelle». Haïm Ramon a bien montré, en insistant sur le fait que la sécurité du pape était entièrement sous la responsabilité israélienne, même à la mosquée Al-Aqsa, troisième lieu saint de l’islam, qu’Israël entendait bien faire de la visite du pape la démonstration de sa «souveraineté» sur la totalité de la ville, en particulier dans la partie annexée de Jérusalem.

Le leader palestinien de Jérusalem Faysal Husseini, en charge du dossier de Jérusalem pour l’OLP, a accusé Israël de tenter d’empêcher les Palestiniens de célébrer la venue du pape. «Les occupants, qui sont à l’origine de notre souffrance, veulent nous empêcher de célébrer la visite du pape dans notre ville, notre capitale», a déclaré M. Husseini, qui dirige la Maison d’Orient. Le responsable de la «Maison d’Orient» ont annoncé qu’ils allaient adresser une pétition au pape afin que le Vatican aide à lever le «siège» de Jérusalem.

La députée palestinienne chrétienne Hanane Ashrawi, reconnaissant le caractère spirituel de la visite du pape, a toutefois relevé que Jean Paul II «ne vient pas uniquement pour voir les pierres. Il vient voir les réalités humaines en Palestine et à Jérusalem en particulier».

Porte-parole du président palestinien Yasser Arafat, Nabil Abu Rudaineh souligne que les Palestiniens «considèrent la visite du pape dans notre pays et aux lieux saints chrétiens et musulmans à Jérusalem, comme une reconnaissance de facto [par le Vatican] de l’existence d’un Etat palestinien. «L’accord que l’OLP a signé le mois dernier avec le Vatican soutient le droit des Palestiniens sur Jérusalem-Est». Le pape visitera la vieille ville dimanche prochain. Faysal Husseini a précisé que la visite des lieux saints chrétien et musulmans dans la partie arabe de la ville «est une partie de son message pour la reconnaissance des droits des Palestiniens.»

Extrémistes juifs arrêtés

Pendant ce temps, les 30’000 agents de la sécurité israélienne – policiers et gardes frontières – épaulés par 4’000 soldats engagés dans l’»Opération vieil ami» sont sur les dents et ont arrêté lundi trois activistes israéliens d’extrême-droite. Proches du mouvement raciste «Kach», une organisation juive interdite depuis plusieurs années, ils sont soupçonnés de vouloir saboter la visite du pape. Ils sont accusés «d’incitation à la violence» et d’actes de vandalisme. Divers groupes extrémistes juifs ont à plusieurs reprises exprimé en public leur haine du Souverain pontife, l’un d’entre eux n’hésitant pas à dire qu’il ne serait pas malheureux si l’on attentait à la vie de Jean Paul II.

Dimanche, des militants s’en sont pris à la place d’atterrissage où doit se poser l’hélicoptère du pape sur le Mont Scopus, s’attaquant au symbole de la croix chrétienne comparée à une croix gammée. Des slogans: «Pope out» – «le pape dehors!» ont été peints sur le sol et des banderoles souhaitant la venue du pape maculées par de la peinture. Baruch Marzel, dirigeant du Kach, a annoncé que tout sera fait pour saboter la visite du pape. Lundi soir, un extrémiste juif, Itamar Ben Gvir, a été assigné à résidence à son domicile durant toute la visite du pape, un revolver et des tracts avec des slogans hostiles à la visite du pape ayant été découverts chez lui. La police israélienne l’a interpellé avec deux autres militants extrémistes alors qu’il collait des affiches haineuses au centre de Jérusalem.

Parmi la population juive d’Israël, toute occupée à fêter Pourim, la joyeuse fête religieuse commémorant le sauvetage du peuple juif par la reine Esther – qui ressemble au carnaval, avec masques et défilés – la visite du pape est diversement appréciée, les attitudes allant du respect sans enthousiasme aux manifestations d’hostilité latente ou ouverte. Jean Paul II, premier pape à fouler la Terre Sainte depuis Paul VI en 1964, est par contre attendu avec enthousiasme dans les territoires arabes. (apic/jpost/ag/be)

21 mars 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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