Etre fidèle à ses racines n’est pas être nostalgique !

Jean-Paul II quitte les Polonais

Bilan de 11 jours de voyage

Cracovie, 10 juin 1997 (APIC) «La fidélité aux racines n’est pas une répétition mécanique des modèles du passé. Elle est toujours créative, prête à aller au plus profond, ouverte aux nouveaux défis, sensible aux signes des temps»: c’est la consigne laissée par Jean-Paul II en quittant la Pologne après un périple de onze jours, son plus long voyage depuis dix ans.

Six millions de Polonais se sont déplacés pour voir le pape pendant ce périple qui l’a conduit dans douze villes, dont Czestochowa et Cracovie, avance la télévision polonaise, qui annonce une audience moyenne de 10 millions de téléspectateurs pour les reportages en direct consacrés à ce voyage. La Pologne compte 38,5 millions d’habitants, à 95,5 % catholiques, dont plus de la moitié sont pratiquants.

La dernière journée du voyage, mardi, à Krosno, a été marquée par la canonisation de Jan de Dukla, un moine franciscain mort en 1484. Ce grand spirituel fut très connu pour sa prédication et son action patriotique, dans une région aujourd’hui aux confins de l’Ukraine et de la Slovaquie, considérée comme l’une des plus pauvres de Pologne.

Devant un demi-million de personnes enthousiastes – les organisateurs ont eu bien du mal à ramener le calme au début de la messe -, le pape a exhorté cette population plutôt rurale à conserver intacte sa «dignité chrétienne»: «Ne permettez pas qu’elle vous soit retirée ou même que l’on tente de le faire !»

Une culture de la campagne

«Créez une culture de la campagne dans laquelle, à côté des nouvelles dimensions des temps actuels, reste présent un espace pour les choses anciennes, sanctifiées par la tradition et confirmées par la vérité des siècles»: Cette résonance entre passé et futur aura été la note constante de ce septième périple de Jean-Paul II dans sa terre natale. Dans chacun de ses 25 discours, il aura cherché à convaincre les Polonais – et à travers eux, les Européens – tentés d’oublier leur racines, qu’ils ne peuvent survivre sans elles.

Mais avec une même vigueur, le pape aura demandé à ceux qui se crispent sur leurs racines, dans l’Eglise ou dans la vie politique, de s’ouvrir à une société désormais pluraliste.

Un des messages clefs du voyage a été à cet égard celui que Jean-Paul II a laissé à un épiscopat réputé conservateur, l’invitant à s’engager résolument sur la voie du Concile Vatican II: «Dans le système précédent, l’Eglise avait créé un espace où l’homme et la nation pouvaient défendre leurs droits propres.

Aujourd’hui, l’homme doit trouver dans l’Eglise un espace pour se défendre en quelque sorte contre lui même: contre le mauvais usage de sa liberté, contre la dilapidation d’une grande opportunité historique pour la nation. Alors que la situation précédente apportait à l’Eglise une reconnaissance générale, on ne peut plus, dans de nombreux cas de la situation actuelle, compter sur une telle reconnaissance. Il faut plutôt compter avec la critique et parfois pire. Il importe, dans ce cas, de procéder à un discernement: d’une part, accepter ce qui est juste dans la critique, d’autre part, ne pas oublier que le Christ sera toujours un signe de contradiction.»

Le pèlerinage de Cracovie

Au delà de cet appel à lire les signes des temps et à prendre en compte les évolutions d’une société qui ne saurait être monolithique, le voyage de Jean-Paul II en Pologne – qui «ne sera pas le dernier» selon Mgr Pieronek, le secrétaire de la Conférence épiscopale polonaise (le pape est attendu à Gdansk l’an prochain) – a été le pèlerinage sur les lieux qui ont marqué sa jeunesse, à Cracovie en particulier.

C’était frappant dimanche à Cracovie, quand il a rencontré dans l’église Ste-Anne, un superbe édifice baroque aux tons saumon, six cent professeurs de l’université Jagellone en toges. Jean-Paul II, lui même ancien professeur de cette université, les a tous salués un à un, tout à son aise, comme s’il était là chez lui. Après un encouragement à la «conscience critique de l’intellectuel», il y a évoqué dans une improvisation un souvenir personnel: «C’était en 1939, j’étais encore étudiant. J’avais eu un entretien avec plusieurs de mes professeurs qui partaient pour un rendez-vous avec les autorités allemandes. Ils ne sont jamais revenus».

De fait, les 144 professeurs furent tous arrêtés et envoyés en camps de concentration. Une centaine seulement en revinrent.

Bien d’autres moments intenses auront marqué ce voyage. La connivence, bien sûr, qui lui a fait multiplier les improvisations, mais surtout les retrouvailles avec des vieux amis, comme son ancien compagnon de séminaire clandestin, ses anciens camarades de classe, Hanita, l’»amie» du groupe théâtral, ou encore ce couple qu’il maria il y a quarante ans et qui, jour pour jour, le 9 juin, a pu célébré cette anniversaire lors d’une messe privée avec le pape dans la crypte de la cathédrale de Cracovie. L’émotion fut surtout grande quand, le même jour, Jean-Paul II s’est rendu sur la tombe de ses parents et de son frère aîné.

Les leitmotive du pontificat

On a retrouvé dans les discours prononcés à l’occasion de ce voyage les thèmes favoris du pontificat de Jean-Paul II, exprimés dans un style et avec un charisme que l’on avait pas vu depuis longtemps. L’appel à la conversion tout d’abord, à la nouvelle évangélisation dont «la Pologne a besoin». A Cracovie, le pape a demandé aux Polonais de revoir leur «praxis polonaise» (chrétienne), avec une question redoutable: divise-t-elle ou unit-elle la société ?

Dans ce registre, il a insisté à Czestochowa sur «l’amour pour l’Eglise», suppliant les Polonais de lui rester fidèles devant la menace de la sécularisation.

Sont venus ensuite les thèmes de la défense de la vie et de la famille. «Une nation qui tue ses enfants n’a pas d’avenir !», a lancé Jean-Paul II à Kalisz. A Cracovie, le pape a appelé les médecins à défendre la vie. A Zakopane, il a rappelé le droit des parents à maîtriser l’éducation de leurs enfants, pour résister au «déclin moral de la société».

Jean-Paul II a aussi voulu «réconcilier» les polonais, quelques soient leurs convictions, et dès son arrivée à Wroclaw. Le message du pape n’a pas pu être récupéré, de l’avis des observateurs polonais, car Jean Paul II s’est nettement placé au dessus des partis, pointant le doigt sur les problèmes sociaux, en dénonçant, en particulier à Legnica, «la nouvelle exploitation de l’homme par le travail sans règle et sans limite».

En Pologne, Jean-Paul II aura délivré trois messages à dimension internationale. L’Europe tout d’abord, à Gniezno, devant sept présidents de la République (dont l’Allemand Roman Herzog et le Tchèque Vaclav Havel). Devant eux, il a dénoncé les «murs invisibles» qui continuent de se dresser entre l’Est et l’Ouest, demandant au passage que l’Europe s’ouvre aux nations d’Europe centrale. La faim dans le monde ensuite, appelant à Wroclaw à un «examen de conscience mondial». L’oecuménisme enfin, à Wroclaw, avec un cri d’une rare vigueur: «La tolérance ne suffit pas! Ni même l’attention réciproque! Jésus Christ […] attend de nous un signe lisible d’unité».

Pologne: le Vatican et le concordat

Dans le cadre du voyage du pape en Pologne, le Vatican a par ailleurs réagi mardi à la note publiée par l’Agence PAI (l’ancienne agence d’Etat, à distinguer de l’Agence PAP), en la qualifiant de «tempête – significative – dans un verre d’eau». PAI faisait le point sur la discussion sur le concordat en préparation depuis cinq ans entre l’Eglise et l’Etat, avec le commentaire suivant: «il viole le principe de la séparation entre l’Eglise et l’Etat».

Dans un communiqué, le Vatican explique que le concordat visait au contraire à garantir la collaboration et «l’autonomie» des deux entités pour «le bien des citoyens», et somme l’agence PAI de préciser les raisons qui l’on conduit à publier un tel texte.

Le Vatican a ensuite cherché à minimiser la portée de ce communiqué, PAI lui ayant fait savoir que son texte avait été rédigé pas un fonctionnaire et qu’il ne devait pas porter à conséquence. En effet, le président de la République, Aleksander Kwanieski, avait laissé entendre, à la veille de l’arrivée du pape, que le règlement de cette question ne demanderait plus que quelques semaines. En attendant, la rapidité et la force de la réaction du Vatican démontre sa sensibilité et celle de l’Eglise polonaise au sujet du Concordat que cette dernière attend avec impatience. (apic/cip/imed)

9 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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