Un pape détendu et souriant
Jean Paul II s’adresse aux journalistes en vol vers le Mexique
Rome/Mexico, 22 janvier 1998 (APIC) C’est un pape extrêmement détendu et souriant qui s’est adressé aux journalistes dans l’avion qui doit se poser vers 22 heures (heure suisse) à l’aéroport de Mexico. Vers 12 h 30, après 3 heures et demi de vol, le pape est apparu dans la partie arrière de l’appareil avec sa canne, visiblement heureux, pour la traditionnelle rencontre avec les journalistes.
Une journaliste mexicaine, qui était déjà du voyage il y a 20 ans, a immédiatement offert au pape le traditionnel sombrero mexicain, rappelant qu’en 1979, le préfet que la Maison Pontificale, Mgr Jacques Martin, avait offert un tel chapeau à Jean Paul II pour son premier voyage. Le pape a ri de bon coeur, en mettant le sombrero sur sa tête.
«Noussommes tous plus vieux de vingt ans» a-t-il plaisanté, «et pas seulement moi !». Il n’y aura pas d’autre allusion à sa santé.
Continuant son dialogue avec journalistes, le pape a poursuivi: «Tout a évolué depuis ce premier voyage au Mexique en 1979. Le Synode des évêques pour les Amériques en est une preuve, «qui, pour la première fois, a été ouvert à toute l’Amérique, depuis l’Alaska jusqu’à la Terre de Feu. Oui, le monde a changé. «On ne doit plus penser en catégorie Nord et Sud. Ces considérations paraissent dépassées», a-t-il affirmé. «Lors du Synode, les évêques ont travaillé pour les surmonter, avec des projets communs et en insistant sur la dimension chrétienne».
Le Mexique aussi a changé
«Je me souviens de mon arrivée à l’aéroport de Mexico il y a 20 ans», rappelle encore Jean Paul II. Les évêques étaient en civil car ils n’avaient pas le droit de porter la soutane». Et d’ajouter en riant: «j’ai violé la loi à l’époque». Avec les relations diplomatiques établies depuis entre le Mexique et le Saint-Siège, «ces difficultés sont dépassées maintenant». Jean Paul II ne cache pas son amour pour le peuple mexicain. «Le peuple mexicain n’a pas changé, il est toujours aussi enthousiaste, prêt à chanter ’la morenita’. Je sais qu’il se prépare à chanter encore». Et d’ajouter: «le peuple mexicain ne me laisse pas dormir, il chante tellement».
Question sur la théologie de la libération
En réponse à une question sur la théologie de la libération, le pape a rappelé avoir rencontré l’évêque mexicain du Chiapas, Samuel Ruiz, il y a 20 ans. «Certainement, depuis 20 ans, on ne parle plus de théologie de la libération, a-t-il dit, mais il y encore certaines théologies indigènes qui sont influencées par le marxisme. Il faut dépasser cela pour insister sur la solidarité et le dialogue. Les indigènes sont les premiers possesseurs de ces terre. Ils ont donc des droits. Il faut que dans cet état démocratique ces droits soient promus et favorisés grâce à un dialogue».
Quant à son voyage à St Louis et à sa rencontre avec le président Bill Clinton, le pape a souligné que la situation a également changé aux Etats-Unis. «Il n’y a plus d’opposition entre le bloc de l’Est et le bloc de l’Ouest. C’est comme ça. Je ne sais pas s’il faut en tenir compte», a ajouté Jean Paul II. «Dans ce domaine, le Synode a cherché à donner une réponse, à réfléchir, en tenant compte de cette nouvelle situation des Etats-Unis qui, encore une fois, n’est plus opposée au bloc de l’URSS mais qui fait partie d’un continent unique de toute l’Amérique».
Et Cuba il y a tout juste un an ?
«Je suis heureux des conséquences de ce voyage à Cuba», a répondu le pape en riant. «Je suis plutôt content» disait-il. «Cela a porté de bons fruits, par exemple, de pouvoir fêter Noël ouvertement dans tout le pays. C’est un grand pas en avant». Le pape a confirmé avoir «été invité à faire une escale à Cuba». Toujours souriant, il a continué: Cette visite à Cuba a été le plus important de tous mes voyages de l’année 98».
Le pape est-il enthousiaste pour d’autres voyages ?
«Les plus grands !» a-t-il répondu. «L’Union Soviétique, la Russie maintenant, aussi bien en Russie européenne qu’asiatique» a-t-il ajouté. «Et puis la Chine.» «Avec ces grands voyages, on voit que le monde est petit…» «On verra, on a toujours plus d’années, mais il ne me manque ni l’envie ni la disponibilité».
Jean Paul II a dit enfin avoir une grande dévotion pour Notre Dame de Guadaloupe. Il se réjouit de voir que tous les évêques américains ont choisi ce lieu de pèlerinage pour la remise de l’Exhortation apostolique, un document très dense de 100 pages (6 chapitres). Notre Dame de Guadaloupe «est l’impératrice de l’Amérique», a-t-il conclu. (apic/imed/ caroline bouän/ba)
Casamance: Première visite officielle d’un nonce apostolique depuis 7 ans
Le président Diouf rencontrera-t-il l’abbé Senghor, le rebelle ?
Dakar, 22 janvier 1998 (APIC) Pour la première fois depuis la visite de Jean Paul II au Sénégal, en février 1992, Mgr Jean Paul Gobel, nonce apostolique au Sénégal, est en déplacement officiel en Casamance (région sud du Sénégal). Cette visite coïncide avec le déplacement vendredi à Ziguinchor, capitale de Casamance, du président sénégalais Abdou Diouf. Ce dernier pourrait rencontrer l’abbé Diamacoune Senghor, à la tête de la guerre de «libération» à travers le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) qui depuis 16 ans lutte pour l’indépendance de la région.
Le programme officiel n’annonce pas de rencontre entre le président Diouf et le fondateur du MFDC. Mais, selon une radio sénégalaise, Wal-fadjri (l’Aurore) FM, les deux personnalités se rencontreraient, pour la première fois, à la maison du gouverneur de Ziguinchor. Cette rencontre, si elle a lieu, serait un signal fort pour la paix dans la région, meurtrie par une violence armée qui a complètement ruiné la région.
Le chef de l’Etat du Sénégal inaugurera de toutes façons des réalisations socio-économiques de la région.
Le nonce apostolique, Mgr Gobel, de nationalité française, a été accueilli à son arrivée à Ziguinchor par l’archevêque de la ville, Mgr Maixent Coly, entouré des autres responsables du diocèse. Avant de présider dimanche une grande messe à la cathédrale Saint-Antoine de Padoue, le nonce effectuera une visite pastorale en Basse-Casamance et dans des îles de la région. Ces deux parties sont considérées comme étant les plus affectées par la rébellion casamançaise.
Vendredi on ignorait encore si le chef de la mission diplomatique du Vatican profiterait aussi de son séjour en Casamance pour rencontrer l’abbé Diamacoune Senghor, en résidence surveillée depuis plus de trois ans à Ziguinchor. L’accueil populaire initialement prévu pour le nonce a été finalement annulé pour des raisons non précisées. (apic/ibc/ba)



