Jean-Paul II se rend pour la septième fois dans sa patrie
Dans une Pologne qui a «encore changé»
Rome, 27 mai 1997 (APIC) Retour dans la région de sa jeunesse, rendez-vous essentiellement pastoraux, la septième visite de Jean-Paul II en Pologne, du 31 mai au 10 juin – son voyage le plus long depuis dix ans – s’inscrit dans un contexte politique agité. Il aura lieu au lendemain du référendum qui a vu une majorité de Polonais approuver une nouvelle Constitution fortement critiquée et combattue par l’Eglise, et à trois mois des élections législatives.
Les visites de Jean-Paul II dans sa patrie n’ont jamais été des promenades de santé. En 1979, il se heurte à la chape de plomb du pouvoir communiste. En 1983, il trouve un pays en état de siège. En 1987, il arrive au moment de l’agonie du régime en place. En 1991, deux déplacements, il retrouve un pays au pied du mur d’un nouveau système économique drastique. En 1995, il fait le déplacement à la veille d’élections qui confirmeront le retour d’une majorité parlementaire formés d’ex-communistes élue en 1993.
La Pologne a «encore changé»
Evoquant ces circonstances mardi à Rome devant les journalistes, le secrétaire de l’épiscopat polonais, Mgr Tadeusz Pieronek, n’a pu s’empêcher de le constater: «Cette fois, la Pologne a encore changé». Sur un plan économique, Jean-Paul II va trouver un pays «sur la bonne voie», celle de l’économie de marché, estime Mgr Pieronek. Un pays où le chômage a baissé, mais où le fossé entre les très riches et les très pauvres ne cesse de se creuser, regrette-t-il, avec en particulier un accès inégal aux soins médicaux et à l’assistance sociale.
Le souci de l’épiscopat, qui n’a pas encore proposé de «solutions» face à cette nouvelle pauvreté, reconnaît Mgr Pieronek, est davantage porté sur la «nouvelle culture» qui s’est abattue sur la Pologne. Une culture «faite de violence, de diffusion de la pornographie», précise le prélat, qui a remplacé l’athéisation forcée par ce qu’il appelle «la démoralisation forcée» de la Pologne. Et le prélat de regretter amèrement «l’absence d’une élite culturelle» capable de produire des programmes culturels sans être guidée par «le seul appât du gain» qui domine aujourd’hui.
Un contexte «très hostile»
Un autre «grand péril», pour les évêques polonais, c’est une politique aujourd’hui aux mains d’un Parlement dont la majorité est à deux tiers formée par l’alliance des ex-communistes et du parti des paysans. La mouvance issue de «Solidarnosc» n’a plus aucun pouvoir réel.
«Certains politiques catholiques ne nous ont pas rendu un bon service en instrumentalisant le vote des catholiques», reconnaît Mgr Pieronek, qui n’entend pas pour autant dramatiser le scénario. A ses yeux, la Pologne reste un pays catholique comparée aux pays occidentaux. Même si l’Eglise doit se mouvoir dans un contexte «très hostile»…
Pour le secrétaire de la Conférence épiscopale, l’adoption par référendum de la nouvelle Constitution calquée sur «le modèle laïc» et le blocage depuis quatre ans du Concordat – pourtant signé – entre l’Eglise et l’Etat n’augurent rien de bon.
La Pologne catholique
Les jeunes, même s’ils restent 70 % à fréquenter le cours de religion dans les lycées, ont tendance à ne plus fréquenter les églises. Ils veulent faire «l’expérience d’une liberté sans entrave», constate Mgr Pieronek. D’où aussi un «léger tassement» des vocations sacerdotales (mais avec 7’310 séminaristes, la Pologne totalise un quart des séminaristes européens) et une baisse «plus nette» des vocations religieuses féminines.
Mgr Pieronek relève aussi «l’attitude sélective» des catholiques face aux enseignements de l’Eglise, mais qui va de pair, et c’est «positif», avec une «nouvelle conscience» de leur identité dans la société. Selon les derniers sondages, le taux de pratique religieuse dépasse les 50 %, puisque 38 % des polonais affirment se rendre à l’Eglise «tous les dimanches» et 26 % «presque tous les dimanche». Statistiquement 95,51 % des Polonais se disent toujours catholiques, alors que la moyenne européenne est de 40,6 %.
Apprendre le pluralisme
Le message que Jean-Paul II délivrera dans cette Pologne qui n’est plus désabusée dans son ensemble, car «l’économie se porte bien», souligne Mgr Pieronek, devrait donc embrasser le thème de la place et la responsabilité morale et politique des catholiques dans une société devenue pluraliste. Le pape, contrairement aux idées reçues, n’a jamais rêvé d’une Pologne entièrement catholique, bastion de la rechristianisation de l’Europe. Le pluralisme culturel et religieux est la régle que l’Eglise connaît sur tous les continents, et la Pologne ne saurait être l’exception. «Nous devons changer», confesse Mgr Pieronek au nom de ses confrères. «Nous avons été formés à une époque où l ’Eglise était persécutée, une époque de résistance, et nous en portons encore les blessures. Nous devons apprendre à vivre et à enseigner dans un contexte désormais pluraliste. La mentalité des évêques doit changer. Nous devons nous adapter».
Jean-Paul II ne manquera pas d’encourager cette évolution à l’intérieur de l’Eglise. La question reste de savoir si son voyage aura un impact sur le plan politique, au lendemain du référendum perdu par les partis proches de l’Eglise, et à trois mois des prochaines élections législatives. Réponse de Mgr Pieronek: «Le pape ne vient pas pour ça et je n’ai jamais vu qu’il se mêlait de politique. Même si sa présence dans un pays a toujours un aspect politique, car elle touche l’instrument le plus délicat de la politique: la conscience humaine. De ce point de vue, le voyage du pape en Pologne a un sens politique, car il sait jouer avec les meilleurs atouts de la politique, à savoir la conscience». A ce titre, on insiste au Vatican sur le fait que le référendum sur la nouvelle Constitution polonaise de ce dimanche 25 mai «a connu un taux d’abstention de 60 %».
Le marathon polonais
Onze jours de déplacement dont un de repos, 37 cérémonies, ce 78e voyage de Jean-Paul II hors d’Italie et 7e visite en Pologne (pays le plus visité avec la France et les Etats-Unis) tient du marathon. C’est aussi l’un des plus longs voyages en durée du pontificat.
Le pape entame son périple les 31 et 1er juin à Wroclaw-Strachowie, au sud-ouest du pays (à 50 km de la république tchèque), où il doit présider la clôture du 46e Congrès Eucharistique International. Il se rend le 2 juin à Legnica (50 km à l’est de Wroclaw) pour une messe et pour le couronnement de la Vierge de Krzeszow. Le même jour, il poursuit vers Gorzow Wielkopolski (185 km au nord-ouest de Legnica) pour une liturgie de la parole en l’honneur des premiers martyrs polonais.
Le 3 juin, le pape est à Gniezno (50 km de Poznan, toujours à l’ouest du pays) pour commémorer le millénaire de la mort de saint Adalbert, en présence de sept chefs d’Etat (polonais, tchèque, slovaque, hongrois, ukrainien, lituanien, allemand), un millénaire qu’il a déjà fêté à Prague en avril dernier. Le 4 juin, le pape se rend à Kalisz (125 km au sud-est de Poznan), pour célébrer une messe au sanctuaire Saint-Joseph de Kalisz. L’après-midi, il sera à Czestochowa (150 km au sud-est de Kalisz) pour un pèlerinage au sanctuaire de Jasna Gora.
Le jeudi 5 juin, le pape est à Zakopane (200 kilomètres de Czestochowa), au sud de la Pologne, à quelques kilomètres de la frontière slovaque. C’est une station de montagne des Carpathes que le pape consacrera entièrement à la détente – aucun engagement public n’est prévu.
Le 6 juin, toujours à Zakopane, solennité du Sacré Coeur de Jésus, Jean-Paul II béatifiera Bernardine-Marie Jablonska et Marie Karlowska, toutes deux fondatrices de congrégations. Un second temps de repos est prévu dans l’après-midi.
Avant de quitter Zakopane, le samedi 7 juin, Jean-Paul II consacre une nouvelle église dans cette ville. L’après midi, il rejoint le sanctuaire marial de Ludzmierz (27 km de Zakopane) pour réciter le chapelet en public comme chaque premier samedi du mois. Dans la soirée, il va à Cracovie (80 km), où il commencera par se recueillir sur la tombe de la bienheureuse Soeur Faustine Kowalska.
Le lendemain, 8 juin, Jean-Paul II canonise une ancienne reine de Pologne, Edwige (1374-1399), qui se distingua par son discernement lors de la crise de la papauté en Avignon et obtint du pape Boniface IX l’autorisation de fonder la faculté de théologie de l’Université Jagellone à Cracovie, dont le pape fête le 600e anniversaire de fondation dans la soirée.
Le lundi 9 au matin, le pape célèbre une messe privée dans la crypte de la cathédrale de Wawel à Cracovie, où il célébra sa première messe il y a cinquante ans. Il se rend ensuite sur la tombe de ses parents, au cimetière de Rakowice (Cracovie). Après une visite à la nouvelle Polyclinique de cardiochirurgie de Cracovie dans l’après-midi, il quitte Cracovie pour Dukla, où il se recueille sur la tombe du bienheureux Jan de Dukla (1414-1484).
Le 10 juin, à Krosno, dernier jour de la visite, le pape procède à la canonisation de Jan de Dukla, moine franciscain, grand prédicateur qui ne cessa pas son apostolat très efficace, bien qu’il fut devenu aveugle. Le retour à Rome est prévu dans la soirée du mardi 10 juin. (apic/icip/imed/pr)



