Derrière les critères de pudeur, l’odeur de l’argent
Jérusalem: Egged introduit des lignes de bus avec sièges séparés pour hommes et femmes
Jérusalem, 7 octobre 2003 (Apic) Pour plaire aux «haredis», les ultra- orthodoxes juifs, la compagnie de bus israélienne Egged a introduit à Beit Shemesh, à l’ouest de Jérusalem, une ligne de bus avec sièges séparés pour hommes et femmes. Mais les «haredis», appuyés par leurs rabbins, ne sont pas contents du tout. Ils soutiennent les compagnies de bus concurrentes sous prétexte qu’Egged ne peut garantir les «critères de pudeur» exigés.
Des compagnies privées mettent des bus à disposition sur la ligne «mehadrin», la route «strictement kasher» qui dessert de Jérusalem les quartiers ultra-orthodoxes de Beit Shemesh. Là, les femmes ne peuvent entrer dans le bus que par la porte arrière.
Ces dernières semaines, rapporte la presse israélienne, la bataille a fait rage à propos de cette ligne privée, entre Egged, la plus grande compagnie de bus d’Israël, et les habitants «haredis» de Ramat Beit Shemesh, qui bénéficient de la ligne «mehadrin». La plupart d’entre eux appartiennent aux deux groupes extrémistes «Eda Haharedit» et «Toldot Aharon». Ils sont descendus dans la rue lors de manifestations violentes en septembre dernier.
Selon le quotidien «Ha’aretz», la raison de ces manifestations ne serait apparemment pas uniquement une bataille de principes sur la protection de la pudeur, comme le suggèrent les affiches placardées sur les murs de Jérusalem, mais des intérêts plus bassement économiques. Les troubles ont débuté le mois dernier, avec l’inauguration de la ligne Egged No 418, avec sièges séparés, sur la même route que la compagnie de bus privée. La lutte contre la compagnie publique est coordonnée par un Comité pour la «pureté de la communauté».
Un Comité pour la «pureté de la communauté»: les femmes à l’arrière du bus
En raison de cette nouvelle concurrence, les rabbins du quartier – notamment Natan Kofschitz, autorité rabbinique reconnue au sein du mouvement «Eda Haredit» – ont appuyé les membres de l’association «Noam Hahessed», propriétaires du bus privé, qui ont incité les résidents à protester. Avec le prétexte que la compagnie Egged ne serait pas en mesure de garantir les stricts critères de pudeur de ces groupes ultra-orthodoxes. N’employant pas de contrôleurs, les bus d’Egged ne seraient pas «strictement kasher» car les femmes ne pourraient pas monter par l’arrière, ce qui élimine la totale séparation des sexes requise par les ultra- orthodoxes. Pour faire baisser la tension, Egged a décidé pour le moment de ne pas faire circuler ses bus sur les sections de la ligne No 418 où opèrent les compagnies privées.
Le concept des «bus de la pudeur» est né aux Etats-Unis, dans les centres où se concentrent les ultra-orthodoxes, comme la section de Williamsburg, dans le quartier new-yorkais de Brooklyn. Là, une barrière sépare hommes et femmes dans les bus, rapporte le quotidien israélien. En Israël, les premières revendications de séparation des sexes dans les transports publics sont venues de la communauté côtière de Gur, à Ashdod. Des membres de cette communauté hassidique ont organisé des transports privés entre Ashdod et la localité de Bnei Brak, un centre «haredi» adjacent à Tel Aviv.
Ces dernières années, Egged a ouvert des lignes de bus «mehadrin», séparant hommes et femmes, pour gagner des parts de marché dans le cadre de sa stratégie de marketing. La compagnie publique a actuellement une dizaine de lignes de ce type qui desservent les centres de populations ultra- orthodoxes (Bnei Brak, Jérusalem, Ashdod, Safed, Rekhasim, Beit Shemesh). Certains craignent qu’avec la pression des extrémistes religieux, une telle ségrégation finisse par prendre le caractère obligatoire d’une loi religieuse. (apic/haar/be)




