Jérusalem: La Commission «Justice et Paix» fustige l’attitude du gouvernement israélien
Palestiniens transformés en mendiants de leurs droits légitimes
Jérusalem, 15 décembre 2000 (APIC) La Commission «Justice et Paix» à Jérusalem fustige l’attitude du gouvernement israélien et rappelle que «la première des violences en Palestine est l’occupation israélienne. Dans un document de quatre pages, «Justice et Paix» Jérusalem affirme que les Palestiniens sont transformés par les Israéliens «en mendiants de leurs droits légitimes».
La Commission de l’Eglise catholique révèle que contrairement à ce qui est proclamé à l’extérieur, depuis les accords de paix israélo-palestiniens d’Oslo signés à Washington le 13 septembre 1993, «les conditions de vie des Palestiniens n’ont pas cessé de se dégrader».
«Malgré toutes les concessions faites par les Palestiniens, le gouvernement israélien a de manière constante toujours demandé davantage des Palestiniens, transformant ces derniers en mendiants de leurs droits légitimes. (…) Il est clair pour de nombreux analystes que si la visite provocatrice de M. Ariel Sharon, chef du parti Likud (droite israélienne), sur l’esplanade des Mosquées (Haram as-Sharif), le 28 septembre 2000, fut le détonateur des récentes violences, ces dernières sont une expression plus large des frustrations du peuple palestinien.» Pour «Justice et Paix», les frustrations étaient à leur paroxysme, il ne manquait plus qu’une étincelle pour que tout explose, et le feu a été bouté par Sharon.
Des centaines de jeunes et d’enfants entre la vie et la mort, 1500 handicapés à vie
Depuis plus de deux mois de violences, la liste des victimes ne cesse de s’allonger: «Plus de 300 morts, 9800 blessés, plusieurs centaines entre la vie et la mort, environ 1500 personnes resteront handicapées à vie. 45% des victimes sont des jeunes et des enfants de moins de 18 ans», écrit «Justice et Paix». Les différentes ONG à but humanitaire ont dénoncé ces violences dans de nombreux rapports, sans résultats concrets de la part de la communauté internationale. Lors de sa visite récente en Palestine Madame Mary Robinson (Haut Commissaire pour les Droits de l’Homme) a pu se rendre compte de l’étendue des violences infligées au peuple palestinien. «Malgré cela, mutisme et inaction restent de mise de la part des partenaires internationaux au processus de paix», dénonce l’organisation catholique.
Les médias condamnent les victimes
«Plus que mutisme, il y aurait même tendance à condamner les victimes. La manière dont les violences sont rapportées par certains médias, surtout en Israël et aux Etats-Unis d’Amérique, tend à en faire porter l’entière responsabilité au peuple palestinien», constate «Justice et Paix».
Avec la signature des accords d’Oslo à Washington, le 13 septembre 1993, beaucoup avaient espéré voir la fin d’un très long conflit. Au même moment, à Jérusalem, porte de Damas, les gens sortaient pour la première fois leur drapeau palestinien et se réjouissaient sous le regard amusé des soldats israéliens qui, eux aussi, voulaient, ce jour-là, croire que la paix était proche. «Malheureusement, poursuit l’organisation catholique, l’attitude des différents gouvernements israéliens a vite refroidi l’ardeur de ceux qui avaient alors célébré l’approche de la paix.»
«La création d’Israël fut en fait la première injustice faite au peuple palestinien»
Dans son mémorandum, «Justice et Paix» Jérusalem rappelle les causes historiques du conflit et remonte jusqu’en 1948, date de la création de l’Etat d’Israël: «La création d’Israël fut en fait la première injustice faite au peuple palestinien. Les massacres de Deir Yassin, les 530 villages détruits, le départ forcé en exil de 750’000 hommes, femmes et enfants palestiniens, fut le début du drame (la catastrophe, ndr). Depuis lors les Palestiniens qui durent vivre en réfugiés n’ont jamais cessé d’espérer leur retour sur leur terre, dans leurs maisons, près de leurs oliviers.»
Avec l’occupation de la Cisjordanie y compris Jérusalem, et de la bande de Gaza par Israël en 1967, le fossé séparant ces deux peuples s’est encore élargi, note l’organisation catholique, et les souffrances du peuple palestinien ont augmenté. Malgré les différentes résolutions des Nations Unies, plus spécialement 242 et 338 – appelant à l’arrêt des violences contre le peuple palestinien, au retrait de l’armée israélienne d’occupation et au retour des réfugiés – la situation du peuple palestinien n’avait pas changé.
Le combat pour l’indépendance mené par le peuple palestinien, chrétiens et musulmans, et la première Intifada furent pour Israël les signes que l’Etat israélien ne pouvait pas continuer à occuper la Palestine indéfiniment. C’est alors qu’ont commencé les premières négociations, qui débouchèrent sur les accords d’Oslo. Les Israéliens reconnaissaient finalement qu’ils n’obtiendraient pas de paix durable sans accorder aux Palestiniens leur droit légitime à l’autodétermination dans un Etat souverain, et les Palestiniens, en acceptant un accord basé sur les résolutions 242 et 338 des Nations Unies, reconnaissaient implicitement l’existence d’Israël.
«Malheureusement, l’attitude israélienne a eu vite raison de l’espoir des Palestiniens, qui continuèrent malgré tout à participer au processus de paix. Depuis les accords d’Oslo les conditions de vie des Palestiniens n’ont pas cessé de se dégrader. Malgré une liberté un peu plus grande dans certaines régions, surtout dans les grands centres peuplés, Israël continue à contrôler la circulation des Palestiniens, et limite l’accès aux biens et services.»
Une idéologie de conquête et des colons endoctrinés
«Justice et Paix» Jérusalem mentionne les problèmes-clés à résoudre qui sont autant de blocages du processus de paix : les colonies juives en territoire palestinien, le statut de Jérusalem et l’appropriation des ressources comme l’eau.
Nées d’une «idéologie de conquêtes», l’existence des colonies israéliennes de peuplement est l’un des points le plus difficile des négociations de paix. La population totale des colonies, y compris celles du Golan, représente 300’000 personnes. Même après les accords d’Oslo, l’expansion des colonies s’est poursuivie sans arrêt – 37 km2 de terres palestiniennes ont été confisquées chaque année – et leur population a augmenté de 50% (32’750 nouveaux logements ont été construits depuis 1993, 3’000 depuis l’arrivée de Barak au pouvoir en 1999).
«Aux yeux des Palestiniens c’était un déni flagrant de la sincérité de la volonté de paix de la part des Israéliens. Ces colonies largement armées bien que civiles, se sont octroyé par la force les meilleures terres cultivables. Leurs habitants bénéficient d’avantages substantiels de la part de l’Etat israélien. Ce sont peut-être les plus dangereux ennemis de la paix, ayant bénéficié pendant trop longtemps d’un régime de faveur. De plus les colons sont fortement endoctrinés, voire fanatisés. Les exemples d’Hébron et de la bande de Gaza en sont les signes les plus frappants. Dans la ville d’Hébron 400 colons vivent sous haute protection de l’armée au milieu de plus de 150’000 Palestiniens. Lors des interminables couvre-feu, ces colons n’hésitent pas à narguer les habitants palestiniens de la ville, confinés dans leurs maisons, en se promenant librement dans les rues et en attaquant les biens palestiniens».
A Gaza, 33% des terres pour 6’000 colons
Alors que la bande de Gaza compte 1’200.000 habitants palestiniens, 33 % de la surface totale, souvent parmi les meilleures terres, sont occupés par 6’000 colons, protégés par 12’000 soldats israéliens. «Les colonies israéliennes, installées en toute illégalité et au mépris des droits de la population palestinienne, constituent une plaie insupportable. Non seulement les colons accaparent le terrain, mais ils se constituent en véritables milices (grâce à l’armement fourni par l’armée israélienne) opérant des raids sur la population palestinienne, tuant, détruisant maisons et récoltes, confisquant des terres, et tout cela sous le regard bienveillant et protecteur de l’armée.»
Sept fois plus d’eau pour les Israéliens
Pour «Justice et Paix», il y a au niveau de l’utilisation de l’eau et des ressources naturelles une totale injustice: «Les Israéliens utilisent sept fois plus d’eau que les Palestiniens, et empêchent les Palestiniens d’en utiliser davantage. Les dégâts faits à l’environnement par l’Etat israélien sont irréparables et, si une solution n’est pas trouvée rapidement, dans 10 ou 20 ans personne n’aura plus d’eau».
L’organisation catholique basée à Jérusalem affirme que “la première des violences en Palestine est l’occupation israélienne. Les violences actuelles dans les > ne sont que le fruit de cette occupation. La situation sur le terrain est celle d’un combat pour la liberté et l’indépendance d’un peuple, avec d’un côté une armée puissante possédant une force de frappe importante, composée d’armement ultramoderne et d’autre plus conventionnel, et de l’autre côté une population civile désarmée, et une police palestinienne possédant un armement léger et dépassé. Le gouvernement israélien montre qu’il n’a pas la volonté politique de gérer ce soulèvement autrement que par des moyens militaires. L’utilisation de munitions meurtrières, de tanks, d’hélicoptères, de roquettes et autres armements, ainsi que de tireurs d’élite embusqués, contre des manifestants armés de pierres, est inacceptable. «
Lors des récents affrontements à Gaza, la presse a révélé comment toutes les deux minutes des tireurs ouvraient le feu sur des enfants palestiniens, faisant en moins d’une heure une trentaine de blessés, le plus jeune âgé de 7 ans, atteint d’une balle dans les poumons. On dénombre beaucoup de blessés à la tête et dans les parties supérieures du corps, «blessures qui sont faites pour tuer et non pour blesser ou effrayer. ” Autre élément important de l’occupation: «les punitions collectives intolérables infligées aux Palestiniens.» Et «Justice et Paix» de citer par exemple , le déracinement de milliers d’oliviers, avec tout l’attachement que les Palestiniens ont envers ces arbres, symbole de leur identité, de leur patrimoine, de leur vie, «un acte aux conséquences irréparables tant pour les Palestiniens que pour l’environnement». La Palestine est une zone semi-aride, donc avec de faibles précipitations, plus on enlève d’arbres moins il y a de pluie. En même temps que se joue un drame humain c’est aussi tout un écosystème qui est mis en danger.
Le blocus imposé à la population palestinienne par Israël commence lui aussi à se faire ressentir fortement. Les denrées de première nécessité commencent à manquer, «il n’y a plus de lait pour les enfants, qui sont une fois de plus les premières victimes. Bien qu’Israël dise laisser passer les produits de première nécessité, la réalité sur le terrain est tout autre. Dans certains cas, il y a des denrées, mais la population n’a plus d’argent, dans d’autres, il n’y a plus ni argent ni denrées».
Pour l’organisation catholique, il est certes très difficile dans le contexte actuel de proposer des solutions, mais il est clair que de toute manière il faudra revenir à la table de négociation. Aucune solution durable ne pourra être imposée par la force. Pour que des négociations puissent reprendre, constate «Justice et Paix», elles doivent être basée sur l’arrêt immédiat des violences (résolution 1322 des Nations Unies) et retrait des forces israéliennes d’occupation de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza (résolutions 242 et 338 des Nations Unies), ainsi que sur le retrait total des colons de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, et restitution des terres confisquées en toute illégalité (Convention de Genève). Autre condition: la reconnaissance des droits fondamentaux du peuple palestinien à l’autodétermination et à vivre dans un Etat souverain avec Jérusalem-Est comme capitale (résolution 303 des Nations Unies et Déclaration Universelle des Droits de l’Homme), ainsi que la reconnaissance du droit au retour des réfugiés et compensations financières pour les préjudices subis (résolution 194 des Nations Unies).
«La création d’un Etat palestinien est inéluctable»
«Justice et Paix» constate que les Etats-Unis ayant perdu aux yeux de beaucoup toute crédibilité, il est nécessaire d’élargir le cadre des négociations en y incluant plus activement d’autres partenaires, comme, par exemple, l’Union Européenne, la Russie, les Nations Unies, ou la Ligue des pays arabes. En conclusion, l’organisation catholique affirme qu’il n’y aura pas de paix durable ni en Palestine ni en Israël si justice n’est pas faite au peuple palestinien. «La création d’un Etat palestinien est inéluctable à moins d’opérer un vaste nettoyage ethnique, même le gouvernement israélien le sait ; il est donc nécessaire de ne pas retarder ce processus, car plus la situation actuelle se prolonge, plus une solution sera difficile. Il est indispensable de favoriser sa réalisation dans les plus brefs délais». (apic/com/jpx/be)



