Jérusalem: «La visite de Jean Paul II en Terre Sainte n’a pas de signification politique»
Mise au point du patriarche latin de Jérusalem
Jérusalem, le 17 mars 2000 (APIC) Pour l’archevêque Michel Sabbah, patriarche latin de Jérusalem, la prochaine visite de Jean Paul II en Terre Sainte ne signifie nullement une tentative d’intervention du Vatican dans le conflit israélo-palestinien, contrairement à ce que certains laissent entendre.
Le patriarche latin de Jérusalem a en effet déclaré lors d’une conférence de presse, à une semaine de la visite de Jean Paul II, que le pèlerinage du pape n’avait rien à voir avec la politique. Cette visite, a-t-il dit, a pour objectif de marquer l’engagement du pape à la cause de la paix entre toutes les religions.
L’archevêque Sabbah répondait à un journaliste qui demandait si la récente signature d’un accord entre le Saint-Siège et l’Organisation pour la libération de la Palestine (OLP) manifestait le désir du pape de s’ingérer dans les affaires locales.
Le gouvernement israélien avait laissé entendre que l’accord intervenu entre le Vatican et l’OLP remettait en question la souveraineté juive sur Jérusalem que les Palestiniens considèrent aussi comme leur capitale politique et religieuse.
Or, a souligné l’archevêque Sabbah, «le Saint Père va rencontrer tous les croyants chrétiens, musulmans et juifs ainsi que tous les chefs d’Etat. Le message qu’il va transmettre dans toutes ses allocutions et homélies sera un message d’amour, de réconciliation, de paix. Aussi cette question d’interférence ou non dans le processus de paix ne concerne pas le pèlerinage du pape».
Le statut de Jérusalem
Mgr Michel Sabbah a déclaré en outre que la visite du pape Jean Paul II à Jérusalem n’allait pas renforcer les revendications palestiniennes ou israéliennes sur Jérusalem. «Le pape visitera Jérusalem, mais aller visiter Jérusalem et y prier ne signifiera jamais une reconnaissance ni un rejet de droits politiques. Il n’existe aucune relation entre la prière et les droits ou conflits politiques. Jérusalem restera telle qu’elle est, avant la visite du pape et après sa visite. Le statut de Jérusalem est une question qui regarde la communauté internationale – avant et après la visite du pape.»
Le pape visitera les Lieux saints en Israël et les territoires palestiniens du 21 au 26 mars, après une brève visite en Jordanie. La controverse est déjà vive car le pape devrait se rendre sur les rives orientale et occidentale du Jourdain – les deux sites sont l’objet d’une polémique entre Israël et la Jordanie, chacun des deux pays affirmant que Jésus a été baptisé sur leur rive.
L’archevêque Sabbah a déjà été critiqué par les autorités jordaniennes car il aurait dit que le site authentique était du coté israélien. Mais, lors de la conférence de presse, il a refusé de s’exprimer à ce sujet.
Michael McGarry, un prêtre catholique qui exerce son ministère près de Bethléem, a récemment déclaré que les chrétiens portaient la responsabilité spirituelle de ne pas avoir su empêcher la Shoah, tout en ajoutant que le Vatican avait déjà fait beaucoup d’efforts pour traiter de ce problème. «En tant que catholiques romains, sous la direction du pape, nous avons dit que certaines choses que nous avions faites dans le passé avaient engendré un climat ayant permis la Shoah, et nous ne l’avons pas arrêtée. Peu d’entre nous sont sortis des rangs pour sauver nos frères et soeurs juifs. Il n’y pas eu assez de prises de responsabilité, et peut-être y a-t-il eu des attitudes coupables. Nous n’avons pas protesté. Ce que nous avons fait n’était pas suffisant. Et nous continuons notre examen de conscience».
Le rabbin David Rosen, directeur général de l’Office israélien de la Ligue anti- diffammation, approuve ceux qui estiment que le pape a contribué positivement à la réconciliation entre catholiques et juifs. Jean-Paul II, originaire de Pologne, a perdu des amis d’enfance juifs durant la Shoah, et il a écrit et parlé plus que tout autre pape sur la relation entre les catholiques et les juifs, a déclaré le rabbin.
Mais le rabbin Rosen a précisé que cette situation est récente. Pendant presque 2000 ans, a-t-il dit, l’Eglise catholique a enseigné aux chrétiens à avoir du mépris pour les juifs. «L’Eglise nous a enseigné que le Temple juif a été détruit et que les juifs ont été chassés de leur terre dans le cadre d’un plan cosmique, et non seulement parce que les Romains n’aimaient pas les juifs rebelles, mais parce que c’était la punition de Dieu contre les juifs». (apic/eni/mk)



