La paix nécessite des droits et des devoirs égaux pour tous

Jérusalem: Message de Noël du patriarche latin de Jérusalem Michel Sabbah

Jérusalem, 19 décembre 2007 (Apic) Jérusalem: Message de Noël du patriarche latin de Jérusalem Michel Sabbah et l’insistance des autorités israéliennes à vouloir considérer qu’Israël est un Etat juif «discrimine les non juifs», a laissé entendre mercredi 19 décembre Mgr Michel Sabbah, patriarche latin de Jérusalem.

«Si nous avons un Etat d’une seule religion, les autres religions sont naturellement sujettes à des discriminations», a déclaré Mgr Sabbah lors d’une conférence de presse avant la fête de Noël. Dans son adresse en arabe et en anglais, le patriarche latin a estimé qu’Israël devait abandonner son caractère d’Etat juif en faveur d’un Etat neutre, tant pour les chrétiens, les musulmans et les juifs. «Ce pays ne peut être exclusif pour quiconque», a-t-il déclaré.

Dans la terre, sainte pour les trois religions et pour les deux peuples, des Etats religieux ne peuvent pas s’établir, car un Etat religieux exclurait ou mettrait en conditions d’infériorité les autres croyants des autres religions, a déclaré Mgr Sabbah, en mettant en cause la volonté d’Israël de se définir exclusivement comme un Etat juif. «Tout Etat qui exclut l’autre ou le discrimine ne convient pas à la terre faite par Dieu sainte pour toute l’humanité», a-t-il insisté.

«Nous célébrons Noël cette année encore alors que nous sommes toujours en quête d’une paix qui semble impossible», a lancé le patriarche, disant cependant croire que la paix est possible. «Palestiniens et Israéliens sont capables de vivre ensemble en paix, chacun dans son territoire, chacun jouissant de sa sécurité, de sa dignité et de ses droits. Mais pour arriver à la paix, il faut croire aussi qu’Israéliens et Palestiniens sont égaux en tout, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs et qu’il faut enfin prendre les voies de Dieu, qui ne sont pas les voies de la violence que ce soit de l’Etat ou de l’extrémisme», déclare le patriarche latin de Jérusalem dans son message de Noël.

Evoquant le conflit au Proche-Orient, Mgr Sabbah relève que «les chefs religieux et politiques doivent commencer par comprendre la vocation universelle de cette terre, dans laquelle Dieu nous a rassemblés au cours de l’histoire. Ils doivent savoir que la sainteté de cette terre consiste non dans l’exclusion de l’une ou l’autre des religions, mais dans la capacité de chaque religion, avec toutes les différences, d’accueillir, de respecter et d’aimer tous ceux qui habitent cette terre».

La justice, clef de la paix

Le patriarche a rappelé que tout le Moyen-Orient est en trouble à cause du conflit en Terre Sainte, en mentionnant le Liban, l’Irak et «comme ici, il semble que les forces du mal soient déchaînées et décidées à poursuivre leur marche dans les voies de la mort, de l’exclusion, et de la domination».

A propos de la récente rencontre pour la paix d’Annapolis, le patriarche note qu’un nouvel effort de paix a été commencé ces dernières semaines. «Pour qu’il réussisse, il faut qu’il y ait une volonté décidée de faire la paix. Jusqu’à maintenant, il n’y a pas eu de paix, simplement par manque de volonté de la faire». Et le patriarche d’insister que celui qui est en mesure de décider est Israël. «Si Israël se décide pour la paix, il y aura la paix», a-t-il ajouté.

Mgr Sabbah déplore enfin les difficultés que les autorités israéliennes font pour délivrer les visas d’entrée dans le pays pour les prêtres, les religieux et les religieuses. Le porte-parole du Ministère des Affaires étrangères Arye Mekel a souligné qu’Israël garantissait la liberté religieuse pour les fidèles de toutes les croyances.

«Nous rejetons les affirmations que les autres religions ne jouissent pas de droits égaux en Israël», a-t-il rétorqué. Dans les faits, les Eglises chrétiennes en Israël, à Jérusalem, et dans les Territoires palestiniens occupés font état de nombreuses discriminations: confiscation de terres (les villages arabes en Israël ne disposent plus en moyenne aujourd’hui que du cinquième de leurs terres, le reste ayant été pris par le gouvernement israélien pour des kibboutz, des implantations juives, des infrastructures, des terrains militaires), de subventions étatiques très minimes pour les localités non juives d’Israël, restrictions en matière de visas pour les prêtre provenant des pays arabes, etc.

Le Saint-Siège a souligné lundi 17 décembre les grandes difficultés de l’Eglise à traiter avec Israël. Ayant obtenu l’établissement de relations diplomatiques avec le Saint-Siège, l’Etat hébreu traîne les pieds depuis plus de 13 ans pour finaliser des accords juridico-financiers garantissant les droits fondamentaux de l’Eglise en Terre Sainte. (apic/com/haar/be)

19 décembre 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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