Et le grand crack se mit à pleurer

JMJ: Les jeunes Romands passent la porte sainte et poursuivent leur pèlerinage jubilaire

Jacques Berset, de Rome

Rome, 18 août 2000 (APIC) Le moment tant attendu par de nombreux pèlerins du Jubilé est enfin arrivé. Après avoir participé à la messe ­ en polonais ! ­ assis dans la poussière brune d’un Cirque Maxime écrasé de chaleur au milieu de dizaines de milliers d’autres jeunes, et pour nombre d’entre eux s’être confessés, les Romands venus d’Ostia Mare ont passé la porte sainte de la Basilique St-Pierre jeudi en fin d’après-midi.

Malgré la fatigue, la touffeur romaine et la cohue permanente ­ 20’000 personnes à l’heure passent la porte sainte, de mercredi à vendredi, dans un grand brouhaha -, ils ont poursuivi leur pèlerinage jubilaire dans un calme et un recueillement remarquables.

Pas de course aux indulgences, mais une démarche de conversion

Si certains d’entre eux ont entendu parler de l’indulgence du Jubilé, qui signifie, à des conditions bien précises, la rémission devant Dieu de la peine temporelle due aux péchés déjà pardonnés, d’autres cherchent avant tout l’occasion d’un renouvellement intérieur, voire d’une conversion. La sincérité de la démarche est patente dans l’attitude de respect partout présente. Les jeunes ont bien compris que pour l’indulgence, il ne s’agit en aucun cas d’un acte automatique, quasi «magique», qui effacerait comme par miracle tous les péchés, mais bien d’une démarche de conversion qui exige efforts et engagements personnels.

Dans le décor grandiose du Cirque Maxime aux talus herbeux brûlés par le soleil, au pied des majestueuses ruines de couleur brune du palais d’Auguste, sur la colline du Palatin, dans le bruit des sirènes et la sarabande des hélicoptères dans le ciel, il n’est pourtant pas facile de se concentrer sur la prière. D’ailleurs, quelques jeunes filles, enduites de crème solaire, sont habillées comme pour aller à la plage.

«J’étais étranger, et vous m’avez accueilli»

Portant un maillot bleu où l’on peut lire «J’étais étranger, et vous m’avez accueilli», une cohorte de volontaires aspergent la foule transpirante avec des pompes à eau; on évacue des personnes saisies de malaise vers l’infirmerie de campagne. Elle est installée au milieu de l’alignement des tentes confessionnals, où l’on recense plus de 300 confessionnals provisoires, avec à chaque fois l’indication de la langue du confesseur: italien, français, anglais, chinois, voire zoulou. Tout près, en attendant les repas servis sur place, un groupe chante, en mimant, «L’Emmanuel», l’hymne entraînant des JMJ 2000 que l’on entend partout sur les places et dans la métro.

Des volontaires distribuent aux participants la «Prière du pénitent», pour aider les jeunes à se préparer au sacrement de la réconciliation. On peut y lire: «Posant son regard sur lui, il se mit à l’aimer», une phrase entendue auparavant lors de la lecture de l’Evangile de Marc, quand Jésus demande à l’homme riche de vendre tout ce qu’il a et de le suivre.

Devant certains confessionnaux, des groupes linguistiques font la queue, d’autres confesseurs n’ont pas de travail. Dans le groupe, plusieurs osent le pas et vont se confesser au prêtre qu’ils ont choisi. Tout à l’heure bravache et fort en gueule, un «crack» s’éloigne du confessionnal avec les larmes aux yeux; on sent le soulagement et la joie de se sentir pardonné.

Visite au tombeau de saint Pierre

Responsable à mi-temps du Centre romand des vocations à Lausanne et vicaire à Yverdon, où il s’occupe notamment de la pastorale des jeunes, l’abbé Pascal Desthieux explique le sens du passage de la porte sainte et du pèlerinage au tombeau de saint Pierre, martyrisé en cet endroit. Le groupe est invité à prendre dans sa besace du pèlerin son livret «Jeunes en prière», édité par le Conseil pontifical pour les laïcs et le Comité italien des JMJ: tout le déroulement du pèlerinage jubilaire des jeunes est décrit et expliqué.

Le groupe remonte la Via della Conciliazione, la belle avenue menant au Vatican, où les colonnes ont été recouvertes de toile portant textes et peintures, formant 14 stations où s’arrêtent les pèlerins pour prier. Ils méditent sur les Béatitudes et le cheminent de Simon Pierre, le roc sur lequel va être bâtie l’Eglise, mais qui dans un instant de peur panique reniera Jésus mené au supplice. Sur le parcours, au milieu de la foule compacte et bruyante des pèlerins de toutes nationalités, certains jeunes du groupe posent des questions sur la vie de l’apôtre Pierre, de saint Paul, de la façon dont ils ont été martyrisés. Selon le genre de question, on découvre chez plusieurs d’entre eux un manque évident de culture religieuse mais aussi une soif d’apprendre et une grande ouverture d’esprit.

Au moment de passer la porte sainte, un policier et des volontaires indiquent une deuxième porte plus à gauche, ouverte pour faire face au flux des JMJ. Des jeunes demandent tous azimuts si celle-ci est aussi «valable» que l’autre, celle qui a été solennellement ouverte par le pape pour l’Année sainte. Malgré les assurances, plusieurs rebroussent chemin et remontent la foule à contre-courant, au grand dam des forces de l’ordre, pour passer par la «vraie» porte sainte.

Pas le temps de s’’arrêter au tombeau de saint Pierre, la foule presse par derrière. Cela n’empêche pas les jeunes, à la sortie, de se dire impressionnés. «Pilou», le protestant vaudois aux traditions bien éloignées de cette démarche catholique, dira même, hors micro, avoir «ressenti de l’émotion». Vendredi, les jeunes Romands ont participé à la nuit tombée à un chemin de croix à Ostie, avant de se déplacer samedi à Tor Vergata, dans la banlieue de Rome, pour le plus grand rassemblement du Jubilé. On y attend pour la grande veillée du samedi et la messe du dimanche avec Jean Paul II près d’un million et demi de jeunes pour clôturer en apothéose ces XVème JMJ. (apic/be)

18 août 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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