Le pape Pie XII a été critiqué pour sa soi-disant sympathie germanophile (Photo: True Restoration/Flickr/<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/legalcode" target="_blank">CC BY-SA 2.0</a>)
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Le pape Pie XII a été critiqué pour sa soi-disant sympathie germanophile (Photo: True Restoration/Flickr/CC BY-SA 2.0)

Johan Ickx : "Mgr Pacelli était un grand ami des Anglais pendant la Première guerre"

20.10.2017 par Propos recueillis à Rome par Aymeric Pourbaix, I.MEDIA

Si les archives secrètes du Vatican concernant le pape Pie XII pourraient être ouvertes d’ici un an, certaines sont d’ores et déjà accessibles. Elles concernent la période précédant la Seconde guerre mondiale, ‘Pie XII avant Pie XII’ en quelque sorte.

Mgr Eugenio Pacelli était alors secrétaire de la Congrégation pour les affaires ecclésiastiques extraordinaires, autrement dit ‘ministre des Affaires étrangères’ du Saint-Siège. Au début de la Première guerre mondiale, le prélat a eu une action décisive sur la diplomatie pontificale. C’est ce que révèle Johan Ickx, directeur des Archives historiques de la Secrétairerie d’Etat, dans un livre présenté en Belgique le 19 octobre 2017 (1). Entretien exclusif pour I.MEDIA.

Au début de la Première guerre mondiale, quelle a été l’action diplomatique de ce ‘groupe des cinq’ que vous décrivez dans votre livre ?

Ce club est composé d’un Belge, Mgr Simon Deploige, d’un Français, Louis Canet, d’un Japonais, l’amiral Etienne Yamamoto, d’un Roumain, Mgr Vladimir Ghika, et d’un Anglais. Il a exercé une action discrète mais efficace, sur le plan diplomatique, de décembre 1914 à juillet 1915, avec l’aide d’un cardinal anglais, pour obtenir un changement de la diplomatie du Vatican au tout début de Grande guerre, car celle-ci est alors perçue comme trop favorable aux Allemands.

Et de fait, le discours du pape Benoît XV, sur les Alliés et sur l’invasion allemande, évoluera dans les mois qui suivront et permettront de sortir le Saint-Siège de son isolement. Isolement dans lequel il était enfermé depuis la Révolution française et la perte des Etats pontificaux.

Pourquoi ce changement de discours du Saint-Siège était-il perçu comme nécessaire ?

Mes recherches indiquent que les rapports de la nonciature apostolique à Bruxelles – sous occupation allemande – sur la situation en Belgique ne sont parvenus que très tardivement à Rome. Ainsi, le témoignage du recteur de l’Université de Louvain sur le sac de la ville par les Allemands, en août 1914, n’est arrivé au Saint-Siège qu’un an plus tard, en septembre 1915.

Découvrant cette défaillance de la nonciature en Belgique, Mgr Eugenio Pacelli, alors ‘ministre des Affaires étrangères’ du Vatican, prend conscience qu’il y a là un manque de vision équilibrée sur les événements. Cela constitue pour lui une menace pour la neutralité du Saint-Siège pendant la guerre. Et il souhaite sortir par le haut de cette impasse.

Quels sont les liens entre Mgr Pacelli et le ‘Club des cinq’ ?

Il est certain que Mgr Pacelli se montre peu loquace, probablement en raison de sa préoccupation pour les catholiques allemands. Mais de façon plus éloquente, il y a la correspondance de Mgr Simon Deploige, professeur de philosophie à Louvain, et coordinateur principal du Club des cinq, que j’évoque dans mon livre.

Le prélat écrit ainsi à un ministre belge, catholique, membre du gouvernement à l’époque réfugié au Havre, et mentionne l’action de Mgr Pacelli en faveur des Alliés. Ce lien de Mgr Pacelli avec le Club est également attesté par une note du membre anglais, qui se trouve dans les archives du Saint-Siège. Mes recherches démontrent aussi que trois diplomates considérés comme pro-Allemands ont été par la suite éloignés du Vatican…

A propos de Mgr Pacelli, futur Pie XII, le cardinal Pietro Parolin, actuel secrétaire d’Etat du Saint-Siège, parle d’un livre “prophétique” dans la préface de votre ouvrage. Pourquoi ?

L’enjeu est celui de la ‘légende noire’ de Pie XII, présenté comme un pape favorable aux Allemands, et donc soupçonné de complaisance vis-à-vis des nazis. Or les documents montrent qu’au contraire, Mgr Pacelli était un grand ami des Anglais pendant la Première guerre mondiale. Au point que ceux-ci ont déploré son départ de Rome lorsqu’il a été nommé nonce à Munich en 1917 ! La question que je pose à cette interprétation dominante de l’histoire – qui est tenace encore aujourd’hui – est de m’expliquer comment le même Pacelli, devenu pape, a pu changer aussi radicalement d’avis en 20 ans. Et d’anglophile, devenir germanophile. Cela semble hautement improbable ! (cath.ch/imedia/ap/be)

(1) La Guerre et le Vatican, Johan Ickx, Ed. Lannoo, octobre 2017.


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