Les Jordaniennes se battent pour leurs droits face aux islamistes

Jordanie: Deux lois favorables aux femmes ont été rejetées par le Parlement

Amman, 26 août 2003 (Apic) Des activistes jordaniennes s’efforcent de faire annuler le rejet de la loi demandant l’abolition de l’article 340 du Code pénal jordanien qui prévoit la clémence pour les crimes commis en état de «furie», donc, pour les «crimes d’honneur».

Les députés islamistes (17 sièges sur les 110 que compte le Parlement) étaient les principaux initiateurs du rejet des deux lois: la première donnant aux femmes le droit de demander le divorce et la seconde imposant des sentences plus sévères à l’encontre d’auteurs de «crimes d’honneur». Le Sénat, nommé par le roi, doit se prononcer définitivement sur le rejet de ces deux lois avant la fin du mois, informe le quotidien libanais «L’Orient le Jour» dans son édition du mardi 24 août 2003.

«Les dix prochains jours seront les plus critiques car le comité juridique du Sénat doit examiner les lois et prendre une décision», a déclaré Amal Sabbagh, secrétaire générale de la Commission nationale jordanienne pour les femmes (JNWC). Dirigée par la princesse Basma, tante du roi Abdallah II, la commission, qui coordonne cette campagne avec trois organisations actives en Jordanie, a adopté le slogan «Des actions, pas des mots».

Le Coran interdit le meurtre

Afin de faire valoir leur point de vue, ses membres ont rencontré ces deux dernières semaines de nombreux dirigeants politiques et religieux, des députés ainsi que des rédacteurs en chef des principaux journaux jordaniens. Leur message est simple: le Coran, livre saint de l’islam, ne conteste pas le divorce et interdit le meurtre.

L’avocate et activiste des droits de l’homme Asma Khader voit dans le rejet de ces lois un coup dur pour les Jordaniennes et les efforts déployés pour promouvoir leur statut dans une société tribale et conservatrice. Elle déplore «qu’à chaque fois que des efforts sont déployés pour concéder plus de droits aux femmes afin d’être égales aux hommes, comme le prévoit la Constitution, ces efforts s’effondrent».

«Les mariages en islam sont des contrats dans lesquels les femmes peuvent opter pour la clause «isma», qui leur garantit le droit au divorce», a déclaré Arwa Aamiry, professeur de psychologie à l’Université de Jordanie. «Mais lorsque je propose à mes étudiantes d’opter pour une telle clause, elles répondent: «Voulez-vous une révolution sociale ? Personne ne nous épouserait si nous demandions la «isma», a-t-elle ajouté.

Pour Rania Husseini, journaliste qui a remporté plusieurs prix pour ses reportages sur les «crimes d’honneur», le refus du Parlement d’adopter une sentence plus sévère à l’encontre des auteurs de tels actes est un pas en arrière. «Depuis que le Parlement a rejeté l’article 340, quatre crimes d’honneurs ont été perpétrés», a-t-elle déclaré. (apic/olj/na)

26 août 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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