Fribourg : Le cardinal Kurt Koch dénonce l’œcuménisme immobile
Journées d’études sur l’apôtre Paul à l’Institut d’études œcuméniques
Fribourg, 12 juin 2014 (Apic) «Je suis heureux de constater une unité autour de cette table pour dire que l’unité des chrétiens reste un objectif important et nécessaire ! » Le mot du cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, le 12 juin 2014, à l’Université de Fribourg, est plus qu’une boutade. Il illustre bien la difficulté du chemin à parcourir. « Ne pas vouloir aller plus loin est une hérésie », a insisté le cardinal devant les quelque 400 participants aux Journées d’études sur l’apôtre Paul organisées par l’Institut d’études oecuméniques.
Lors de la table-ronde organisée au troisième jour de ce colloque universitaire, le cardinal suisse a vivement dénoncé l’œcuménisme de ceux qui préfèrent rester sur place et se contentent de la bonne entente atteinte, selon la tendance actuelle à une diversité large. Selon le Concile Vatican II, l’œcuménisme est l’échange des dons. Il s’agit donc de s›aider mutuellement à mettre en valeur les charismes de chaque communauté, mais aussi à en dénoncer les perversions. «C’est un service fraternel que nous devons nous rendre.»
Un propos que le pasteur Gottfried Locher n’a pas démenti. Le président du Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) a répété la difficulté et la souffrance de faire tenir ensemble 26 Eglises cantonales et de les pousser à regarder au-delà de leurs frontières. L’unité dans la diversité est un concept que les protestants défendent depuis longtemps à un tel point que c’en est presque devenu un dogme. La différence est essentielle, mais comment la définir et la vivre ? La question préoccupe beaucoup le monde protestant.
Pour Martin Bühlmann, directeur pour l’Europe germanophone du mouvement évangélique Vineyard, l’unité est la source de la force du témoignage. La théologie doit être pensée au service de l’unité et de l’humanité. «L’unité est possible si je ne regarde pas d’abord ce qui ›manque’ à mon partenaire, mais si je concentre mon attention sur ce qu’il peut m’apporter», explique-t-il.
Le témoignage commun comme chemin de l’œcuménisme
Cette conception est à la base du témoignage commun qui est le premier chemin vers l’unité, abonde Nicholas Thomas Wright, le conférencier principal de ces journées d’études. Pour l’ancien évêque anglican de Durham, le témoignage commun est le signal le plus encourageant de l’œcuménisme. En Angleterre, anglicans et catholiques sont mis au défi de travailler ensemble dans la société. Par exemple dans la lutte contre la traite des êtres humains et la prostitution. Pour cela, l’exégète invite à puiser ensemble des ressources dans la Bible. L’étude commune des textes est un puissant moteur vers l’unité. Il existe plusieurs niveaux de vérité et toutes les questions ne sont pas sur le même plan. L’évêque anglican plaide pour un dialogue où chacun se laisse ›désarmer’ par l’autre.
Se braquer immédiatement sur des questions difficiles comme l’eucharistie, le sacerdoce, le rôle des évêques n’est pas la meilleure voie, reconnaît le pasteur Locher. Ce qui importe est de poser un regard frais sur l’Evangile qui n’est pas seulement le plus petit dénominateur commun. «Nous connaissons la Bible beaucoup trop mal, il faut en faire la lecture ensemble.»
Le défi des questions éthiques
Le cardinal Koch relève cependant un nouvel obstacle sur le chemin de l’unité des chrétiens. Les questions éthiques, sur le mariage et la famille, l’euthanasie, l’avortement, l’homosexualité ou la théorie du genre divisent les Eglises et rendent difficile le témoignage commun, déplore-t-il. N.T. Wright en voit une des raisons dans la séparation opérée dans la théologie entre la morale et l’exégèse biblique. Il plaide pour une théologie qui dépasse les dénominations et retourne à la source biblique. L’apôtre Paul donne ainsi beaucoup d’éléments éthiques qui disent comment on doit vivre, a-t-il souligné.
Le témoignage des martyrs
L’oecuménisme des martyrs est aujourd’hui un témoignage très important a insisté enfin le cardinal Koch. «En ce siècle, peut-être encore plus qu’en beaucoup d’autres, de très nombreuses personnes sont persécutées ou tuées pour leur foi, non pas parce qu’elles sont catholiques, orthodoxes, anglicanes, ou protestantes, mais parce qu’elles sont chrétiennes.» Le sang des martyrs est la semence de l’œcuménisme, a paraphrasé le cardinal.
Pour manifester leur unité, les participants aux journées d’études se sont retrouvés en fin de journée pour une célébration œcuménique à la cathédrale Saint-Nicolas de Fribourg. (apic/mp)



