Brésil: Procès de l'assassinat de deux militants de la Commission Pastorale de la Terre (CPT)

Jugement symbolique pour les défenseurs de l’environnement

Belem, 29 mars 2013 (Apic) Le Tribunal de Maraba, dans l’Etat du Para, au cœur de l’Amazonie brésilienne, va juger les 3 et 4 avril 2013 le mandataire et les deux tueurs présumés du double assassinat de Maria et Jose Claudio do Espirito do Santo. Ce couple de militants de la Commission Pastorale de la Terre (CPT), avaient été retrouvés morts, le 24 mai 2011 à Nova Ipixuna, à 70 km de Maraba, leurs corps criblés de balles. Le jugement aura une grande portée symbolique, tant pour la mémoire de ces deux militants que pour la cause de la protection de la forêt amazonienne qu’ils défendaient.

Le 24 mai 2011, les deux militants écologistes de la CPT étaient victimes d’une embuscade tendue par deux hommes. Le couple, qui circulait à moto, était froidement abattu de plusieurs balles de revolver.

La Commission pastorale de la Terre (CPT) a été créée en 1975 pendant la dictature militaire, par l’aile progressiste de l’Eglise catholique brésilienne, inspirée de la théologie de la libération. Elle est un acteur politique fondamental pour le renforcement des organisations paysannes, la défense de la réforme agraire et la dénonciation des crimes pratiqués contre les travailleurs ruraux.

Tout porte à croire que les deux hommes n’étaient que des tueurs à gage. C’est ce que les policiers arrivés sur place en ont déduit, en constatant que l’oreille de José Claudio Ribeiro da Silva avait été sectionnée. Comme s’il s’agissait d’un trophée.

Un mandataire et deux tueurs à gage

L’enquête a duré moins de deux ans, un record de brièveté. Trois hommes comparaîtront devant la cour. Parmi eux, Jose Rodrigues Moreira, 43 ans, considéré comme le mandataire présumé du double assassinat. Ce grand propriétaire terrien de la région avait illégalement acquis un terrain en 2008. Il aurait ensuite fait pression sur plusieurs petits paysans alentours pour qu’ils lui cèdent leurs terres. Son objectif était de développer un élevage de bovins à grande échelle. Jose Rodrigues Moreira se livrait également à une extraction illégale de bois. Autant de pratiques dénoncées sans relâche par les deux militants de la CPT. C’est donc pour les «punir» que Jose Rodrigues Moreira aurait engagé Lindonjonson Silva Rocha, son propre frère âgé de 29 ans, ainsi qu’Alberto Lopes do Nascimento.

Climat de violence et d’impunité

«Ces hommes encourent la prison à perpétuité, explique Jose Batista Gonçalves, avocat de la CPT en charge du dossier. Mais au-delà du drame humain, ce procès est hautement symbolique car ce double assassinat illustre la conséquence des politiques pratiquées par les gouvernements successifs, qui ont laissé se développer un sentiment d’impunité».

L’avocat étaye ses propos avec les chiffres publiés chaque année par la CPT, dans un rapport annuel sur les conflits liés à la terre. «En 2011, rappelle t-il, le nombre de militants de la CPT tués a légèrement diminué par rapport à 2010, passant de 34 à 29. En revanche, le nombre de menaces de mort est passé de 125 en 2010 à 347 en 2011. Soit presque le triple !» Une situation qui touche en priorité la région amazonienne, et plus particulièrement l’Etat du Para.

La soeur de la victime aussi menacée de mort

Laïsa Santos Sampaio, la soeur de Maria do Espirito Santo da Silva, elle-même militante de la CPT, a décidé de poursuivre la lutte contre la déforestation et pour la défense de l’environnement. Au péril de sa vie, puisqu’elle est elle-même menacée de mort. Laisa et sa famille ne bénéficient d’aucune protection policière malgré des demandes réitérées de la part de diverses entités de la société civile. Ils vivent aujourd’hui quasiment retranchés dans une maison gardée par des chiens et cernée d’une clôture de fil de fer barbelé. La militante espère que ce jugement lui permettra de vivre enfin en paix. «Je prie Dieu pour que la justice soit enfin rendue et que les assassins de ma sœur et de mon beau-frère soient punis pour leurs actes. Et pour que leur sang n’ait pas été répandu pour rien.»

Mobilisation internationale

Ce sentiment est partagé par de très nombreuses entités de la société civile, brésilienne et internationale. Ainsi, outre des organisations nationales comme la Commission Pastorale de la Terre (CPT), le Mouvement des Paysans Sans Terre (MST) et la Fédération des Travailleurs Agricoles (FETAGRI), des représentants des défenseurs des droits de l’homme seront présents durant le procès. Ce sera notamment le cas d’Amnesty International ou de la Fondation Right Livelihood Award, mieux connue sous le nom de «Prix Nobel Alternatif». Toutes ces organisations seront présentes le 2 avril à Maraba pour une journée de mobilisation et de débats. (apic/jcg/rz)

29 mars 2013 | 09:10
par webmaster@kath.ch
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