Delémont attend quelque 12’000 pèlerins

Jura: 124e édition de la Semaine du Vorbourg (260893)

Delémont, 26août(APIC) La traditionnelle Semaine du Vorbourg rassemblera

comme à l’accoutumée son flot de pèlerins. Delémont et sa chapelle située

sur les hauteurs de la ville en attendent quelque 12’000 entre le 12 et le

19 septembre. Le Sanctuaire marial qui domine la Birse et Soyières, entre

rochers et forêts, accueillera cette année la 124e édition de cette Semaine

du Vorbourg.

Thème de cette 124e édition: «Marie, tendresse des pauvres». Le Père

Emile Batigne, rédemptoriste de Lyon, prédicateur invité pour cette nouvelle Semaine, parlera de l’option préférentielle du Christ pour les pauvres.

Il conviera les pèlerins à examiner leur propre attitude face aux chômeurs,

aux drogués, aux immigrés. Avec un modèle à la fois de renoncement et

d’espérance: Marie.

Chaque jour, une nouvelle communauté, un secteur représentant un ou plusieurs doyennés, seront accueillis au Vorbourg. Si le pèlerinage a quatre

siècles d’existence déjà, depuis 1869 – l’année du couronnement de NotreDame du Vorbourg -, le Sanctuaire reçoit chaque jour de la Semaine une paroisse différente. La célébration d’ouverture de la Fête du Vorbourg débutera le 12 septembre à 16 heures. Quant au pèlerinage des jeunes, il aura

lieu le samedi 18 septembre, soit un jour avant la clôture que prononcera

le Père Batigne.

La chapelle du Vorbourg a été construite au XII siècle. Elle a survécu

aux ruines et à l’abandon du Château dont elle faisait partie. Dédiée à

l’origine à saint Imier et saint Othmar, elle n’a suscité des pèlerinages

que depuis 1586. C’est en effet cette année-là que le pèlerinage commence,

mais le lundi de Pâques. La paroisse de Delémont s’y rendra en procession

jusqu’en 1793. Aujourd’hui, outre les 12’000 pèlerins de la Semaine du Vorbourg, le sanctuaire accueille près de 200 groupes tout au long de l’année.

Quelque 50 mariages et plus de 30 messes anniversaires de mariage y sont

annuellement célébrés.

Fête du couronnement

Les anciens programmes du pèlerinage jurassien au Vorbourg révèlent des

rites liturgiques différents et un faste auquel l’Eglise n’est plus habituée. Le 12 septembre 1869, Delémont célébrait la Fête du couronnement de

Notre-Dame du Vorbourg. En compagnie des paroissiens des villages alentours, pour une imposante procession. On y porta ce jour-là «le saint crucifix de Develier», en grande vénération dans la contrée. Ce crucifix de

bois, qui date de 1600, est demeuré intact au milieu de l’incendie qui dévasta l’église de Develier lors du passage des Suédois en 1637.

La légende

La section de Delémont de la Société jurassienne d’Emulation a fait éditer en 1991 un fac-similé de la «Tant vieille légende de Notre-Dame du Vorbourg, dû à la plume d’Alexandre Frund, citoyen de Bourrignon, près de Delémont. Ce conte paraissait pour la première fois dans les colonnes de

l’»Impartial du Jura» le 27 septembre 1922.

Les personnages de l’oeuvre de Frund ont pour nom Amaury, Seigneur du

Vorbourg, sa fille Jane, la Vierge et Satan. Ecrite en vers, la légende débute par la chevauchée du «sire du Vorbourg». Amaury, à court d’argent,

fait galoper son cheval à toute allure au hasard des monts. Il cherche mentalement un moyen de trouver des écus. Au lieu-dit «Val» (à Bourrignon), il

rencontre le diable. Ce dernier lui promet de remplir ses coffres d’or. A

condition toutefois qu’il lui donne sa fille Jane en mariage.

Amaury signe l’accord et s’empresse de retourner au château du Vorbourg.

Jane s’y est endormie. Son père la réveille. Jane le suit. Elle a peur. Devant la chapelle, la jeune fille promise au diable s’arrête pour prier,

avant de s’évanouir en douce extase. C’est alors que la Vierge quitte son

piédestal, revêt le voile de gaze de Jane et rejoint Amaury.

Quand messire Amaury arrête les chevaux, de grands cavaliers noirs surgissent. «C’est le roi de l’enfer avec sa cour maudite», qui vient chercher

Jane pour l’épouser. Relevant son voile, la Vierge s’avance. Satan recule,

furieux. Dans son armure, Amaury grelotte. De peur. La Vierge s’avance. Elle demande au Seigneur du Vorbourg le papier signé. Puis le déchire à jamais.

Intérieur de la chapelle

Que voit le pèlerin aujourd’hui lorsqu’il prie à l’intérieur de la chapelle de Notre-Dame du Vorbourg? Devant lui, à gauche et à droite de la

grille du choeur se trouvent deux autels du sculpteur Hans-Victor Schoffe

de Rheinfelden. La brochure intitulée «Le Vorbourg», du Père Emmanuel, un

bénédictin, en donne toutes les précisions. Un Soleurois habitant Delémont

– Hans Gerig Ziegler, apothicaire – a commandé ces deux autels pour le

sanctuaire en 1674. Celui de gauche, dédié à Notre-Dame de la compassion,

date de 1690. Il renferme en son centre une «Pietà»: la Vierge qui recueille son fils mort sur la croix.

A gauche de l’autel, on reconnaît sainte Véronique portant le voile sur

lequel le visage du Christ est imprimé. A droite, c’est sainte Agathe,

vierge et martyre sicilienne. En haut, saints François d’Assise et François-Xavier entourent l’Enfant Jésus.

La statue de Notre-Dame

Au Vorbourg, il faut passer la grille pour contempler réellement la

Vierge. Cette statue, de la fin du XVIe siècle, est placée en évidence audessus du tabernacle. La lourde couronne dorée complète la chevelure. La

robe de la vierge est rouge. Elle porte un manteau bleu. Sous ses pieds, la

lune, comme dans le texte de l’Apocalypse. Deux bas-reliefs en bois entourent la statue. Le premier représente saint Imier. Le second saint Othmar,

premier abbé de Saint-Gall: il figure flanqué d’une barque et de tonneaux,

symboles de la traversée du lac de Constance et de sa générosité pour donner du vin aux pèlerins. (apic/mf/pr)

26 août 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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