Jura: Conférence de la Ruth Dreifuss au Centre Saint-François à Delémont
«La morale n’a pas besoin de la foi religieuse»
Delémont,
(APIC) Ruth Dreifuss a pris le risque de choquer, dans un langage direct et imagé, bien loin de la langue de bois, vendredi soir, au Centre Saint-François, à Delémont. “La morale n’a pas besoin de la foi (religieuse), le sens de la vie, c’est la vie! Après la mort reste le souvenir dans le cœur des vivants>>. Point final, a dit la conseillère fédérale, invitée par l’animatrice du centre, l’assistante pastorale Marie-Josèphe Lachat, ancienne déléguée au bureau jurassien de l’égalité entre hommes et femmes.
«Il est essentiel d’agir et d’assumer ses actes, en acceptant de faire parfois des erreurs». Ruth Dreifuss se déclare agnostique, tout en restant fidèle à la culture juive, puisqu’elle est «héritière de cette longue, belle et cruelle histoire». Après s’être épuisée, adolescente, à engueuler Dieu, elle a coupé la communication pour s’interroger sur sa propre responsabilité dans ce monde si mal foutu et si cruel. «On ne supporte le malheur du monde que si l’on ne s’y résigne pas.» Ruth Dreifuss s’est construit une boussole orientée vers le bien. «Mais dans l’absolu, qu’est ce que le Bien, ou le Mal?, se demande la politicienne.
La conseillère fédérale explique sa vision de la responsabilité: pouvoir se regarder dans le miroir et regarder ses frères humains sans honte. Militante d’Amnesty International, elle quitte la coopération au développement pour le syndicalisme car dans l’aide au développement, «ce sont eux qui bénéficient des programmes qui paient les conséquences des erreurs du coopérateur». Dans le syndicalisme au contraire, elle doit rendre compte de ses actes.
Le rôle de l’Etat et de l’Eglise
Il y a des actes évidents avec lesquels on ne transige pas, comme la peine de mort. Il existe d’autre part des situations de grands conflits, comme l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Le rôle de l’Etat et des Eglises n’est pas de dicter le comportement à adopter mais de veiller à ce que l’individu trouve librement une solution morale, précise la conseillère fédérale. Elle évoque ensuite le côté très artisanal de la politique, la recherche de solutions pour améliorer et parfaire les lois, «ajouter des boulons à la mécanique, bricoler en permanence». Ruth Dreifuss assure bien connaître les défauts de la LAMal qu’elle qualifie de bon système: l’ouvrage est toujours sur le métier.
Confrontée à beaucoup de problèmes moraux et éthiques au Département fédéral de l’Intérieur, elle fait l’éloge de la lenteur politique suisse, capable d’accélérations novatrices, lorsqu’il s’agit, par exemple, du SIDA. «Les Suisses ne manquent pas d’esprit d’initiative, mais ils sont ronchons et boudent leur plaisir : cela se vérifie une fois de plus avec Expo 02.
Ruth Dreifuss sait être une femme d’action, qui fait affréter un avion pour chercher des réfugiés de la guerre au Kosovo, au lieu de publier un communiqué annonçant leur accueil en Suisse. Lorsqu’elle assume une position de groupe qui ne coïncide pas avec sa conviction personnelle, elle rédige sa déclaration avec grande attention et n’a jamais commis de malhonnêteté en de telles situations.
L’insomnie et le découragement
L’insomnie et le découragement, elle connaît aussi, les combats avec un bon polar sous sa couette. Le lendemain, la force de la vie et le bonheur d’être vivant se raniment! A se coltiner beaucoup de petits problèmes, «qui sont aussi les vôtres!», Ruth Dreifuss se sent particulièrement vivante en politique. La mort? C’est lointain, Ruth Dreifuss espère simplement l’affronter dignement. (apic/MoniqueRion/mjp)



