Jura: Mgr Jacques Gaillot dans le Jura
«L’attention à l’autre est première dans l’Evangile»
Delémont, 16 novembre 2008 (Apic) Mgr Gaillot ne donne plus guère de conférences. Il est venu pourtant dans le Jura, accueilli par une grande salle comble, à l’invitation de l’Association Partage et Solidarité (APS) dont les actions sont destinées à soutenir financièrement Caritas Jura.
Le bénéfice de la soirée est allé, non pas aux pauvres de la région parisienne, mais à LARC, le lieu d’accueil et de rencontre de Caritas Jura, sis au pont de la Maltière à Delémont.
Mgr Gaillot est sur le terrain dans la capitale française, avec les sans-papiers et les sans-logis, dans les prisons. Il est un porte-voix des sans-droits et Dieu sait qu’il est en bonne compagnie dans cette lutte contre l’exclusion, Albert Jacquard et tous ceux qu’il cite, Martin Luther King, Dom Helder Camara, Françoise Dolto, Dostoïevski, Victor Hugo, Léon Schwartzenberg, Cornelius Koch…Jésus. Beaucoup s’interrogent sur la décision prise par l’Eglise catholique en 1995. «Pourquoi restez-vous dans cette Eglise ?» Courage de la quitter ou courage d’y rester? «C’est ma famille, avec ses faiblesses et ses limites, il ne faut pas l’idéaliser, elle est l’Eglise du Christ».
«Quelle place pour le partage et la solidarité dans notre société ?» Jacques Gaillot à Delémont a mis l’accent sur des attitudes qui sont à la portée de chacun. Tout d’abord, reconnaître la dignité des exclus, respecter l’être humain envers et contre tout dans tout contexte. Puis Mgr Gaillot en appelle à l’éducation à la justice et à la paix: il ne faut pas supporter l’injustice, d’où qu’elle vienne. L’autre a droit à une place et il a le droit d’exister. «On ne réclame pas la charité, mais la justice»: il s’agit d’éviter l’assistance, la charité ne va qu’aux effets de la misère, la justice va à ses causes.
L’espérance peut naître si l’homme est au centre
Troisième attitude: Il ne faut pas se contenter d’aider les exclus, ce qui les encourage à se contenter d’une assistance, mais les rendre responsables et leur donner la fierté d’arriver à un résultat. «Quand j’aide les pauvres, je suis un saint. Quand je les rends acteurs, citoyens, je suis un évêque rouge» disait Dom Helder Camara. A sa suite, Mgr Gaillot trouve scandaleux que des jeunes et des familles ne bénéficient pas des droits fondamentaux, au logement et au travail, en 2008 dans un pays développé et civilisé. Il constate que les intérêts des Etats passent avant le peuple.
Il faut enfin apprendre et recevoir des exclus: ils peuvent nous apprendre le sens de la vie et nous donner la grâce de découvrir ce qui est essentiel. Mgr Gaillot avoue avoir appris auprès d’eux le sens de la fête, la solidarité et le partage et à vivre le temps présent. «A chaque jour suffit sa peine»: les sans-papiers ne font ni prévisions ni projet, mais ils se réjouissent d’un combat gagné.
Les gens ne manquent pas de solidarité, c’est la peur qui les freine et leur attitude envers l’autre change dès qu’ils le connaissent un peu. Et que dire des préjugés: le fruit de leur travail que des sans-papiers envoient à leurs familles dans leurs pays d’origine est, selon Mgr Gaillot, supérieur au montant alloué par l’Etat français à l’aide au développement. «Heureux celui qui est assez pauvre pour avoir besoin de l’aide des autres, conclut Mgr Jacques Gaillot: il est dangereux de se suffire à soi-même». (apic/mr/js)



