Kenya: Des dignitaires musulmans font la guerre aux préservatifs, déclarés «immoraux»
Ils plaident pour l’abstinence sexuelle pour se protéger du sida
Nairobi, 18 mai 2998 (Apic) Des dignitaires musulmans de la province nord-est du Kenya font campagne contre le préservatif. Ils estiment que l’abstinence sexuelle est le meilleur moyen de se protéger du sida.
Pour eux, l’affirmation selon laquelle l’usage du préservatif permet de se prémunir contre le sida est tout simplement fausse. C’est plutôt une promotion «qui vise acheter l’immoralité», ont-ils estimé, à l’issue d’une conférence sur le thème «Islam et santé». Plus de 60 étudiants et enseignants musulmans ont participé à cette rencontre qui a eu lieu la semaine dernière à Garissa, la capitale provinciale.
Selon l’agence de presse de l’ONU «IRIN» (Réseau d’Information Régionale Intégrée), les religieux musulmans se sont mis d’accord pour prêcher activement contre l’utilisation et la promotion publique des préservatifs comme stratégie destinée à contenir la pandémie du sida et empêcher les grossesses. Ils ont aussi décidé de s’opposer à la distribution des préservatifs dans les villages et dans les institutions d’enseignement de la province.
Ils ont aussi réclamé la fermeture des débits de boissons dans la région nord-est du Kenya et demandé au gouvernement de suspendre l’octroi de toute nouvelle licence d’exploitation de ces lieux de vente de boissons alcoolisées. Tout comme les vidéos clubs, les bars locaux sont des endroits de diffusion de films pornographiques.
Pour les chefs musulmans, le meilleur moyen pour se protéger du sida est d’observer les enseignements de l’Islam, tels que le jeûne, la prière régulière et le refus des relations extra- conjugales. Pour ce faire, ils ont recommandé aux hommes, d’éviter de «regarder les femmes», qui, elles aussi, ont été invitées à porter «des vêtements convenables». Selon IRIN, les travailleurs sanitaires engagés dans la lutte contre le sida se sont dits inquiets que la décision des leaders religieux porte préjudice au combat contre la pandémie. Le docteur Osman Warfa, responsable médical de la province, qui a participé à la rencontre, a estimé que les préservatifs étaient cruciaux pour combattre l’épidémie.
Légende urbaine: des préservatifs empoisonnés pour éliminer les musulmans
Les leaders religieux musulmans ont aussi dénoncé l’abus de drogue, largement répandu dans leur province, favorisé par la culture d’un stimulant local, le khat, très populaire dans la zone de l’Océan indien. Dans une déclaration à IRIN, l’un de leurs représentants, le Cheikh Mohamud Ali, a souligné que «beaucoup d’argent a été gaspillé pour empoisonner» les musulmans, perpétuant les rumeurs selon lesquelles les préservatifs sont empoisonnés par les Occidentaux pour éliminer les musulmans.
«Nous ne sommes pas opposés aux campagnes de lutte contre le sida du Ministère de la Santé, mais nous sommes inquiets qu’elles soient utilisées dans le mauvais sens, ce qui n’est pas acceptable dans nos traditions et notre culture», a-t-il encore dit, relevant qu’il ne peut pas utiliser les mêmes moyens pour combattre ces problèmes dans tout le pays. Le taux de prévalence du sida dans cette province est parmi le plus bas du pays. Il se situe à moins 1,4% contre une moyenne nationale de 5,1%, a-t-on appris auprès du Conseil national de lutte contre le sida. En outre, la région a le plus faible taux d’utilisation du préservatif. De nombreux commerçants refusent de stocker des préservatifs, arguant le fait qu’ils feraient la promotion de «l’immoralité», au grand dam des travailleurs sanitaires de la zone. (apic/ibc/be)



