Kenya: Des responsables religieux réclament une autre enquête sur la mort du Père Kaiser

«Tout mettre en œuvre pour que les assassins soient arrêtés»

Nairobi, le 7 mai 2001 (APIC) Des responsables religieux du Kenya catholiques et réformés réclament l’ouverture d’une enquête après la mort violente, l’an dernier, du Père John Kaiser. L’évêque du lieu s’est engagé à tout faire pour les «assassins» du prêtre catholique américain de la Société missionnaire de Mill Hill, âgé de 67 ans.

Le Père Kaiser était connu pour son franc-parler et ses critiques à l’égard du gouvernement kenyan. Défenseur des opprimés du Kenya pendant plus de 30 ans, il avait été retrouvé mort le long d’une route le 24 août 2000.

Les 26 évêques catholiques du Kenya ainsi que des responsables d’Eglise protestants ont rejeté les conclusions des enquêteurs du FBI (Bureau fédéral d’enquêtes) des Etats-Unis qui ont conclu que le Père Kaiser se serait suicidé en se tirant une balle dans la tête. Les évêques catholiques réclament une nouvelle enquête au vu du manque de professionnalisme dont ont fait preuve les enquêteurs du FBI. De son côté, Mgr Colin Davies, évêque catholique de Ngong, où le Père Kaiser travaillait, a déclaré au Catholic Herald, publié à Londres, que les conclusions du FBI étaient «une façon trop simple de régler le problème». Il s’est engagé à tout faire pour que les «assassins» soient arrêtés.

Parce que le prêtre était américain, originaire du Minnesota, un sénateur de cet Etat avait demandé au FBI de mener l’enquête. Le rapport du FBI mentionne l’état de santé mental du Père Kaiser dans les mois qui ont précédé sa mort. Après avoir interviewé des collaborateurs de l’Eglise, entre autres des missionnaires de Mill Hill, le FBI avait incriminé la santé mentale du Père Kaiser.

Exigence d’une expertise balistique

Les évêques catholiques on émis des doutes, se demandant par exemple pourquoi aucune expertise balistique n’a été présentée. Le Père Kaiser avait en outre du sang dans sa poche. «Comment aurait-il pu mettre la main dans sa poche après s’être tiré une balle dans la tête?» s’interrogent les évêques, qui mettent en cause la qualité des photographies prises sur les lieux. Ils demandent en outre que toutes les preuves et les éléments soient conservés en vue d’une autre enquête.

Dans les années précédant sa mort, le Père Kaiser s’était fait de nombreux ennemis au sein du gouvernement dirigé par le président Daniel arap Moi. Il aurait apporté des preuves déterminantes dans le cadre d’une enquête sur les affrontements ethniques au Kenya. Ses avocats ont aussi révélé des informations mettant en cause de hauts fonctionnaires du gouvernement accusés par le Père Kaiser d’avoir été impliqués dans les affrontements ethniques qui ont déchiré la nation dans les années 90.

Interdiction de séjour

En octobre 1999, n’ayant pas renouvelé son permis, le Père Kaiser avait été déclaré interdit de séjour; cette décision a été annulée par la suite après les interventions de l’Eglise, de défenseurs des droits et de l’ambassadeur des Etats-Unis au Kenya.

Peu avant sa mort, le Père Kaiser avait accusé un ministre du gouvernement d’avoir abusé sexuellement de deux jeunes filles massaï. Le rapport du FBI affirme que rien ne démontre que le ministre soit lié à la mort du prêtre.

Plusieurs responsables d’Eglise protestants se sont associés à la demande des évêques catholiques et réclament une enquête publique.

Selon l’évêque méthodiste Zablon Nthamburi, les problèmes du Père Kaiser ont commencé avec «le rapport qu’il a soumis à la commission d’enquête Akiwumi sur les affrontements ethniques il y a trois ans. Depuis cette intervention, il était devenu suspect.»

L’évêque méthodiste pense que le gouvernement devrait publier le rapport de la Commission Akiwumi, et soutient la position des évêques catholiques. Quant au secrétaire général de l’Eglise presbytérienne d’Afrique de l’Est, Patrick Rukenya, il a dééclaré publiquement que si une nouvelle enquête n’était pas ouverte, «l’Eglise catholique aurait les moyens de la faire elle-même».

Mystérieuse voiture décrite par les témoins

Patrick Rukenya a rappelé que les témoins avaient parlé d’une «deuxième voiture», à l’endroit où le corps a été trouvé, et se demande pourquoi cette information ne figure pas dans le rapport du FBI.

Le Père Kaiser était prêtre de paroisse dans le district de Transmara au cœur de la région massai, prés de la frontière avec la Tanzanie. Les milliers de paysans qui ont survécu aux massacres ethniques et ont été déplacés de leurs foyers dans le Sud du pays dans les années 90 portaient en haute estime le prêtre qui avait eu le courage de leur offrir abri et vivres durant leur fuite. (apic/eni/mjp)

7 mai 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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