Un missionnaire dérangeant pour le pouvoir
Kenya: Le Père John Anthony Kaiser a été assassiné pour faire taire l’Eglise
Nairobi, 1er septembre 2000 (APIC) Le Père John Anthony Kaiser a été assassiné pour faire taire l’Eglise au Kenya, a affirmé jeudi le nonce apostolique, Mgr Giovanni Tonucci, dans l’homélie des funérailles du prêtre de la congrégation missionnaire de Mill Hill tué dans la nuit du 23 au 24 août aux environs de Naivasha, à 70 kilomètres à l’ouest de Nairobi, la capitale.
«Si cet homicide est un message adressé à l’Eglise, a déclaré Mgr Tonucci en la Basilique de la Famille Sacrée de Nairobi, il doit être bien clair que l’Eglise ne restera pas silencieuse face aux violations de la loi de Dieu et des droits de l’Homme… Ceux qui pensent qu’en ayant éliminé physiquement Père Kaiser, toute une série de questions embarrassantes suscitées par son activité seront oubliées, se trompent.»
Le Père Kaiser, de la Société Missionnaire de Saint Joseph de Mill Hill et curé à Kilegoris (diocèse de Ngong) se battait depuis longtemps pour défendre les classes les plus pauvres. Convoqué par la Commission d’enquête Akiwumi au sujet des affrontements ethnico-tribaux de 1993, à l’origine de la mort de 2’000 membres de l’ethnie des Kiyuyus, le religieux avait porté plainte contre deux ministres d’Etat, Ole Ntimama et Nicholas Biwot.
Trois missionnaires tués en deux ans
En s’adressant explicitement aux meurtriers, le nonce a déclaré ne pas savoir qui ils étaient ni pourquoi ils avaient tué, mais qu’il était sûr qu’ils étaient en train de lutter avec leur propre conscience. Le religieux a ensuite évoqué deux autres missionnaires tués au Kenya ces trois dernières années: le Père franciscain Larry Timmons et le Père Luigi Andeni, de la congrégation de la Consolata. «Ils sont devenus kenyans pour protéger et sauver les Kenyans», a-t-il commenté.
Mgr John Njue, président de la Conférence épiscopale, est également intervenu pour accuser le gouvernement de «se moquer de l’opinion publique», étant donné que les enquêtes n’avanceront pas. En rappelant que Père Kaiser a toujours lutté pour défendre les pauvres et les marginaux, le prélat a souligné que «ceux qui ont supplicié son corps ne peuvent certes pas tuer son âme». Enfin, pour offrir un sourire à la foule attristée, Mgr Njue a ironiquement déclaré que les mains des assassins ne seraient jamais propres, «même lavées avec une lessive super-puissante». Fervent défenseur des droits de l’homme, le missionnaire américain, âgé de 67 ans, a mené de nombreuses batailles. Il avait sollicité le procès d’un ministre accusé de violence sur mineurs, avait accusé le gouvernement d’appropriation illicite de terres et avait accusé deux membres de l’exécutif d’avoir envoyé des hommes en Israël pour entraînement militaire. Au mois de novembre, il avait reçu l’ordre de quitter le Kenya. (apic/cip/misna/be)



