Kenya: Terrorisés et traumatisés, les Kenyans veulent une solution «à tout prix»
Un conflit politique qui a pris une tournure tribale
Nairobi, 5 février 2008 (Apic) Les membres d’une délégation du Conseil oecuménique des Eglises (COE) en mission d’enquête au Kenya ont appelé à un arrêt immédiat des violences, qui ont déjà entraîné la mort de près d’un millier de personnes depuis le résultat contesté de la dernière élection présidentielle.
«Les gens sont traumatisés et terrorisés, et ils veulent que des solutions soient trouvées ’à tout prix’», a confié ce week-end au correspondant de l’agence oecuménique ’ENI le pasteur Stig Utnem. L’ancien secrétaire général du Conseil pour les relations oecuméniques et internationales de l’Eglise de Norvège estime que tout doit être fait pour mettre fin immédiatement aux violences et trouver une issue à l’impasse politique.
Un pays «au bord du génocide»
Le gouvernement et l’opposition devaient entamer des négociations le 5 février pour tenter de mettre un terme au conflit politique qui a pris en maints endroits une tournure tribale. «Notre pays est au bord du génocide», a indiqué le pasteur Peter Karanja, secrétaire général du Conseil national des Eglises. La visite de la délégation du COE s’est achevée le dimanche 3 février.
Au cours de sa mission, la délégation a rencontré d’importants responsables politiques, notamment le vice-président Kalonzo Musyoka et le leader de l’opposition Raila Odinga, ainsi que des responsables d’Eglise et le Conseil interreligieux du Kenya, qui rassemble des représentants des communautés chrétienne, musulmane et hindoue.
Les Eglises auraient pris des positions partisanes
Pourtant, la proposition faite par la délégation du COE de faire participer pleinement les Eglises kenyanes à la médiation a été accueillie avec une certaine déception par les partis politiques, eu égard au rôle qu’ont joué les Eglises durant le processus électoral. Le COE a cité certaines plaintes émises par le gouvernement et les partis de l’opposition politique, par exemple que «les Eglises ont manqué à leurs engagements envers nous, car elles ont pris des positions partisanes».
La délégation du COE s’est également rendue dans le district de Nakuru, dans la province occidentale de la Vallée du Rift, où les affrontements ont été parmi les plus violents. Elle y a rencontré des familles déplacées appartenant aux groupes ethniques kikuyu et kanlenjin.
«Nous avons rencontré des gens qui étaient extrêmement furieux d’avoir été maltraités par d’autres», a déclaré le pasteur Clifton Kirkpatrick, président de l’Alliance réformée mondiale. «Il s’agit d’une situation de souffrance et de douleur impensables». De nombreuses personnes ont trouvé refuge dans environ 130 camps à travers le Kenya.
Selon le gouvernement, près de 23’000 personnes auraient été déplacées à cause des violences, tandis que les organisations humanitaires estiment que ce nombre atteint désormais un demi-million de personnes.
Le pasteur Kirkpatrick, également secrétaire général de l’Eglise presbytérienne aux Etats-Unis, a affirmé que la délégation avait pu observer des attitudes positives envers la réconciliation parmi les responsables du gouvernement et des partis d’opposition, les responsables d’Eglise et les organisations de la société civile. Toutefois, a-t-il ajouté, «l’espoir est grand, mais la situation est urgente». (apic/eni/be)



