L’Eglise accuse le gouvernement

Kenya: Troubles inter-ethniques

Dakar, 28 janvier 1998 (APIC) Au moins vingt personnes ont été tuées depuis dimanche dans des troubles inter-ethniques qui secouent la vallée du Rif, au centre du Kenya, et la région de Laikipia à l’ouest, a indiqué mardi la police du pays. L’Eglise catholique accuse le gouvernement du président Daniel Arap Moi d’être complice de ces violences.

Ce bilan porte à plus de 60 le nombre de personnes tuées depuis le 14 janvier, date du début de la recrudescence des affrontements quand des hommes armés se sont livrés à des pillages dans une localité de la région de Laikipia, tuant sept personnes, violant des femmes et mettant le feu à quelque vingt concessions. Depuis, les scènes de violences tribales sont devenues un fait quotidien au Kenya. Plus de 1’000 morts ont été enregistrés dans la seule vallée du Rif depuis les élections présidentielles et législatives de la fin de l’an dernier.

A la suite de cette intensification de la violence, plus de 5’000 familles ont fui leurs foyers pour se réfugier dans des endroits plus sûrs, tels que les églises. Le gouvernement est suspecté de commanditer ces violences ou alors de fermer les yeux sur leurs auteurs. Le week-end dernier, Mgr Nicodemus Kirima, archevêque catholique de Nyeri, a dénoncé cette complicité, faisant remarquer que ceux qui ont péri dans ces incidents ont été tués alors que les forces de sécurité sont partout présentes dans les régions touchées, telles que celle du Rif.

Nettoyage ethnique

Dans un communiqué publié par la presse dominicale, le prélat a ouvertement critiqué le gouvernement sur sa façon de gérer la situation qui a «convaincu (presque) tout le monde qu’il était derrière ces troubles». Selon lui, le gouvernement veut faire «croire que ces attaques sont dues à des disputes entre bergers». «Mais qui sont ces bergers qui sont venus en camions Mercedes-Benz», s’est-il interrogé, affirmant que ces attaques organisées sont assimilables à un «nettoyage ethnique».

Outre celle de l’archevêque, d’autres voix se sont également élevées contre la passivité du gouvernement dans ces troubles. Des habitants de la localité attaquée dans la région de Laikipia ont déclaré que leurs agresseurs étaient des combattants de l’ethnie Kalenji du président Arap Moi. Lorsque la police est arrivée sur les lieux, elle a tiré en l’air pour chasser les populations qui tentaient de repousser les assaillants, au lieu de viser ces derniers.

Le conseil national des chrétiens du Kenya d’obédience anglicane a lui aussi dénoncé la complicité du gouvernement dans ces violences inter-ethniques. Le leader de l’opposition, Kenneth Matiba, a appelé la population, les Eglises et les communautés musulmanes du pays à organiser une journée de prière pour implorer Dieu de «transformer l’imminente destruction du pays en une victoire de la paix, de la justice et de la prospérité pour nos enfants». Cette journée de prière a eu lieu le 24 janvier dans un parc de Nairobi. Plusieurs centaines de personnes y ont pris part. (apic/ibc/mp)

10 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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