Trois religieuses agressées chez le nonce

Kenya: violences contre les chrétiens

Vive réaction de la Conférence des évêques et du nonce

Nairobi, 23 juin 1997 (APIC) Dans un climat tendu à la veille des élections présidentielles et législatives, les violences contre les chrétiens se multiplient au Kenya. Le dernier incident en date a été signalé vendredi 20 juin par la conférence épiscopale: trois religieuses ont été agressées par des inconnus dans la résidence du nonce. Les faits se sont produits le lundi 16 juin. Selon le communiqué des évêques, les agresseurs visaient moins les religieuses – qui ont été dépouillées – que le nonce, l’archevêque italien Giovanni Tonucci.

Ce dernier a réagi vivement en accusant une nouvelle fois les autorités kényanes de vouloir «anéantir l’oeuvre de l’Eglise catholique dans le district de Turkana» et de menacer ses collaborateurs, dont plusieurs ont été arrêtés.

«Nous avons du mal à croire que c’est un hasard si la résidence du nonce a été attaquée alors que ce dernier venait de renouveler sa solidarité avec les catholiques opprimés et persécutés dans le Turkana», a déclaré Mgr John Njue, président de la Conférence épiscopale.

Selon le communiqué des évêques, la résidence du nonce a été forcée par «des hommes habilléés en uniforme de police». Ceux-ci ont menacé avec des barres de fer trois religieuses qui se trouvaient là pour s’emparer de leurs anneaux et médailles, ainsi que d’une forte somme d’argent. Les religieuses ont dû être hospitalisées. Si pour les autorités cette affaire «relève de la criminalité ordinaire», les évêques y reconnaissent le sort qui est réservé «à quiconque s’engage en faveur de la justice et de la paix».

Menaces contre les collaborateurs de l’Eglise

Récemment, la Commission Justice et Paix du diocèse de Lodwar avait déjà dénoncé toute une série de violences dont ont été victimes au cours des six derniers mois les chrétiens de la région du Turkana, au nord et au centre du Kenya. Plusieurs paroisses se sont vu interdire d’organiser des rencontres et des séminaires sans avoir auparavant obtenu la permission du Commissaire de district.

Un catéchiste volontaire a été accusé et conduit au tribunal pour avoir prêché durant la campagne de Carême. Des enseignants catholiques ont été entravs dans leur enseignement et menacés d’arrestation s’ils persistaient à éduquer «à la justice et à la paix». Un journal catholique de la région, «Sauti ya Jamil», a été menacé de fermeture.

Plusieurs églises et des édifices appartenant à l’Eglise ont été pillés par des groupes armés. Le 1er avril, deux Frères de nationalité néerlandaise ont été battus par des hommes vêtus en policiers. La Commission Justice et Paix est elle aussi convaincue que ces hommes n’étaient pas venus pour voler, mais pour frapper l’évêque de Lodwar, Mgr John Christopher Mahon, très connu pour son engagement en faveur de la justice.

Après dix-huit ans de pouvoir

Tout cela se passe fans un climat très tendu, à la veille des élections présidentielles et législatives. Le président Daniel Arap Moi a déclaré que la sécurité serait assurée, mais la Commission Justice et paix de Lodwar craint de voir les violences redoubler. Les observateurs pensent que le président Arap Moi veut remporter une nouvelle fois les élections, après dix-huit ans de pouvoir. Pour cela, disent-ils, il cherche à diviser ses adversaires et freine la liberté de la presse et d’expression.

«Target», publication du Conseil national des Eglises, a en effet annoncé récemment qu’il cessait de paraître. Le mensuel catholique «Mwananchi» a fait savoir peu après qu’il interrompait provisoirement sa parution à partir du 27 mai. Une décision prise par le bureau exécutif de la Conférence épiscopale «en raison de contraintes financières et de restructuration», précise la lettre adressée aux abonnés… (apic/cip/pr)

9 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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