Le gouvernement et les politiciens n’ont jamais tenu parole
Kerala: Les dalits chrétiens mettent fin à un sit-in de sept ans
Calcutta, 29 juin 2000 (APIC Les dalits chrétiens qui luttent depuis sept ans pour obtenir l’égalité des droits dans l’Etat du Kerala (extrême sud-ouest de l’Inde), ont suspendu leur mouvement de protestation le 12 juin dernier. Les contestataires n’ont jamais rien obtenu du gouvernement de cet Etat, malgré les promesses de la plupart des partis, à l’exception du BJP.
Le sit-in avait commencé le 2 décembre 1992 après une marche qui avait rassemblé plus de 100’000 personnes. Il s’agit du sit-in le plus long jamais organisé en Inde».
Selon T. Dhanraj, son association a décidé de suspendre «temporairement» son sit-in face aux bureaux du ministre-président du Kerala à Thiruvananthapuram, parce qu’elle n’a rien obtenu malgré 2’750 jours de présence continue. Durant ces sept ans, quatre personnes sont décédées et la police est venue à plusieurs reprises détruire les abris de fortune des protestataires. «Malgré tout, nous continuerons notre combat, mais sous d’autres formes, a poursuivi Dhanraj.
Au cours de leur dernier grand rassemblement du 12 juin, les militants de ce mouvement ont décidé de présenter des candidats dalits chrétiens dans toutes les circonscriptions lors des élections municipales du mois d’octobre prochain. Dhanraj, qui revendique 2,8 millions de membres, affiliés à une douzaine d’organisations différentes, souhaite peser au maximum sur ce scrutin.
Que des volontaires
Depuis des années, les dalits chrétiens demandent au gouvernement que leur soient accordées les mêmes garanties sociales, économiques et culturelles que celles accordées aux dalits appartenant aux confessions hindoue, sikh ou bouddhiste.
Un des responsables du mouvement, le révérend Moses, raconte comment, à l’époque, lui et quelques autres dalits chrétiens, ont commencé leur sit-in en construisant une simple cahute à proximité des bureaux du ministre-président. «Nous avions tous des familles et un travail, mais on se relayait», dit-il, ajoutant que ce mouvement de protestation a tenu toutes ces années durant parce que les participants étaient tous volontaires: «Nous n’avons jamais forcé quiconque à rejoindre notre camp», précise-t-il. Des religieuses et des prêtres leur apportaient de l’eau et de la nourriture. «Nous nous étions mis au service de la communauté et elle se dévouait pour nous. Chaque jour, des manifestants venaient nous épauler», commente le révérend Swamidas.
Promesses en l’air
Des membres du mouvement soulignent que tous les partis politiques importants, excepté le BJP (Bharatiya Janata Party), pro-hindou, leur ont envoyé un émissaire. «Les hommes politiques nous ont toujours affirmé qu’ils appuyaient nos revendications mais, arrivés au gouvernement, ils nous oubliaient», explique Raju Mathew, qui a participé au sit-in huit mois durant. Il rappelle qu’au début, une coalition, dirigée par le Parti du Congrès alors au gouvernement et les communistes dans l’opposition, avait promis d’examiner de près leurs demandes. Pourtant, pas un seul dirigeant communiste n’est venu les rencontrer quand la coalition conduite par eux eut gagné les élections de 1996.
K. M. David, qui a assumé lui aussi des responsabilités durant le sit-in, raconte comment les membres de l’association s’étaient fait des amis parmi les groupes protestataires voisins. «Nous sommes devenus de bons amis parce que nos méthodes étaient les mêmes, le sit-in. Ce sont nos objectifs qui étaient différents». K.M. David considère ceux qui sont morts durant ces sept ans comme des héros. «Ils ne sont pas morts dans le camp. Deux sont morts à cause de leur grand âge et les deux autres à cause de problèmes de santé».
George Mullickal, qui s’est joint au sit-in des protestataires pendant deux mois, dit regretter que le gouvernement n’ait jamais accepté d’examiner leurs demandes: «C’est triste de devoir lever le camp les mains vides», conclut-il. (apic/cip/eda/pr)



