Métropolite de Kiev Onuphre, rattaché au Patriarcat de Moscou | © orthodoxie.com
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Métropolite de Kiev Onuphre, rattaché au Patriarcat de Moscou | © orthodoxie.com

Kiev veut attribuer Sainte-Sophie à l'"Eglise locale unifiée"

04.12.2018 par Jacques Berset, cath.ch

Le président du parlement ukrainien Andriy Paroubiy propose d’attribuer la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev pour la divine liturgie de l'”Eglise locale unifiée” en cours de création en Ukraine, alors qu’elle appartient à l’Eglise orthodoxe ukrainienne, autonome au sein du Patriarcat de Moscou.

Andriy Paroubiy promet que la loi martiale instaurée en Ukraine le 26 novembre 2018 n’empêchera  pas la tenue du “concile de réunification” de l’Eglise d’Ukraine. Il a exhorté le patriarche de Constantinople Bartholomée à tenir ce concile à Kiev le plus rapidement possible.

Le président du parlement ukrainien suggère que la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev soit utilisée pour les services de la nouvelle Eglise orthodoxe locale unifiée “en tant que cathédrale la plus importante de la foi orthodoxe ukrainienne”.

Politique de harcèlement

Cette question doit être discutée, y compris par les parlementaires, estime le président de la Verkhovnaya Rada, le parlement de Kiev. Le 18 octobre 2018, le parlement avait déjà adopté une loi présidentielle sur le transfert de l’église Saint-André, appartenant à l’ensemble du sanctuaire national de sainte Sophie de Kiev au Patriarcat de Constantinople.

Dans ce qui est considéré comme une politique de harcèlement systématique du clergé de l’Eglise canonique fidèle à Moscou, le métropolite Paul de Vychgorod et Tchernobyl, supérieur de la laure des Grottes de Kiev, a subi une perquisition menée par les services de sécurité ukrainiens (SBU).

Selon le Patriarcat de Moscou, il semble bien que cette action fasse partie du plan visant à contraindre les évêques de l’Eglise canonique, dirigée par le métropolite Onuphre de Kiev, à participer à l’assemblée d’unification voulue par le président Petro Porochenko et les autorités ukrainiennes. Le SBU a également fait pression sur des dizaines d’autres prêtres de l’Eglise canonique refusant le diktat des autorités politiques de Kiev, saisissant divers matériels à leur domicile privé.

Porochenko récompense les transfuges

Outre le bâton, le président Porochenko utilise la carotte: il  a décerné la médaille de Yaroslav Mudry le sage, grand prince de Novgorod et de Kiev, à deux évêques de l’Eglise orthodoxe ukrainienne favorables à la réunion avec le Patriarcat de Kiev. Il s’agit des métropolites Sophrone de Cherkasy et Kaniv, et Anatole de Sarnensk et Polessk.

Sur les 90 hiérarques de l’Eglise orthodoxe ukrainienne, 87 se sont prononcés contre “le concile de réunification” et pour le maintien du statut actuel de l’Eglise orthodoxe ukrainienne, auto-administrée dans le sein du Patriarcat de Moscou.

Le patriarche Bartholomée de Constantinople | © Jacques Berset

Le patriarche Bartholomée tergiverse

De son côté, le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou, a déclaré que le “concile de réunification” a été “inopinément reporté au mois de décembre”. Il devait avoir lieu le 22 novembre en Ukraine.

Le patriarche Bartholomée de Constantinople, selon ses dires, n’est pas prêt à accorder le tomos (décret) de création d’une Eglise autocéphale en Ukraine tant que les autorités ukrainiennes ne peuvent pas garantir que les fidèles de l’Eglise orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou ne soient pas l’objet de persécutions.

“Brigandage”

Lors de l’émission de la télévision russe “l’Eglise et le monde” (Tserkov’ i mir), le 24 novembre 2018, le métropolite Hilarion s’est demandé ce que veut dire ce retournement et pourquoi, finalement, a-t-on reporté ce “concile de réunification”. Il le qualifie de “brigandage” et de concile “totalement invalide”. Et d’estimer que “la tentative d’union de l’Eglise canonique aux groupes schismatiques avait échoué”.

Par ailleurs, l’une des conditions que Constantinople avait posées au président Porochenko était que Philarète Denissenko, “patriarche de Kiev”, ne participerait pas au processus, mais Philarète ne veut pas se rendre. Dans une lettre au patriarche de Constantinople disant qu’il retirait sa candidature et ne prétendait pas au poste de primat de cette Eglise en fondation, il a souhaité tout de même conserver le titre de patriarche émérite de Kiev et de toute la Rus-Ukraine. Il veut encore présider le synode de la nouvelle structure. “Cela ne faisait pas partie des plans de Constantinople, et le Patriarcat de Constantinople a fait savoir que Philarète n’aurait pas ce qu’il souhaitait”.

Le métropolite Hilarion estime, sur le site du Patriarcat de Moscou, que “le président Porochenko a fait de la question ecclésiastique le thème principal de sa propre campagne électorale. Il est convaincu que, s’il parvient à ‘réunifier les Eglises ukrainiennes’, cela lui permettra de se faire réélire. “Mais il est déjà clair qu’il ne parviendra pas à unir l’Eglise canonique aux groupes schismatiques. Un laïc qui se mêle des affaires de l’Eglise ne peut pas ne pas commettre d’erreurs. (…) [Pour Porochenko] cette entreprise sera la fin de sa carrière politique”.


Le plus prestigieux monastère de l’Ukraine

La laure des Grottes de Kiev se trouve dans la juridiction de l’Eglise orthodoxe ukrainienne canonique (autonome au sein du Patriarcat de Moscou). Datant du XIe siècle, c’est le plus prestigieux monastère de l’Ukraine.

La laure de Kiev appartient à l’Eglise orthodoxe russe | © Wikimedia commons

Conçue pour rivaliser avec l’église Sainte-Sophie de Constantinople, la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev symbolise la “nouvelle Constantinople”, capitale de la principauté chrétienne créée au XIe siècle dans une région évangélisée après le baptême de saint Vladimir en 988. Le rayonnement spirituel et intellectuel de la laure de Kievo-Petchersk, fruit de l’interaction culturelle entre la Rus’ kiévienne, l’Empire byzantin et l’Europe de l’Ouest, contribua largement à la diffusion de la foi et de la pensée orthodoxes dans le monde russe aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, note l’UNESCO. La cathédrale Sainte-Sophie, l’ensemble des bâtiments monastiques et la laure de Kievo-Petchersk sont sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. (cath.ch/mospat/unesco/orthodoxie.con/be)

 


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