Kinshasa : La chasse à l’immoralité a tourné court
«Ninjas» et «shégués» ont repris leurs activtés
Kinshasa, 10 mars 2000 (APIC) Lutter contre la délinquance chez les jeunes est une chose. Agir dans la précipitation et sans concertation avec d’autres acteurs sociaux en est une autre. Le vice-gouverneur de Kinshasa vient de l’apprendre à ses dépens.
A la mi-février, le vice-gouverneur, Christophe Muzungu, avait déclaré la guerre à l’immoralité dans les rues de la capitale, due selon lui à la présence de hordes de «shégués» (enfants de la rue) et de «ninjas», surnom donné aux jeunes prostituées âgées de 12 à 18 ans. Celles-ci surtout se montrent très entreprenantes aux abords des hôtels et débits de boissons, tandis que les «shégués» font montre d’une agressivité dangereuse à l’égard de paisibles passants.
Le vice-gouverneur a lancé une campagne de ratissage contre ces marginaux. Mais l’opération a tourné court, explique l’agence catholique DIA (Kinshasa), pour avoir été menée ” avec beaucoup d’irrégularités «. Pendant plusieurs jours, des jeunes sans distinction ont été pourchassés dans les rues par des agents de l’ordre. «À certains endroits, rapporte DIA, ceux-ci se sont permis de couper à la hauteur de la cuisse les pantalons dont étaient vêtues les jeunes filles attrapées. Heureusement, pour le port du pantalon, le vice-gouverneur est intervenu à temps, coupant court aux agissements des agents de l’ordre en informant ces derniers ainsi que le public qu’il n’a jamais été interdit aux filles de s’habiller de la sorte. «
Ce qui reste de la campagne ? Rien, selon l’agence de presse catholique: les «shégués» continuent à «narguer les passants et même les agents de l’ordre», et les «ninjas» ont simplement regagné le terrain de leurs activités.
Le principe de l’opération avait été salué par de nombreux parents, écrit encore DIA, mais la chasse à l’immoralité a échoué pour avoir été menée «dans la précipitation et sans préparation». Les policiers n’avaient reçu ni instructions précises ni mises en condition adéquates. D’autres instances, notamment éducatives et les Organisations non-gouvernementales (ONG) concernées n’avaient pas été mises dans le coup. (apic/cip/dia/ba)



