Suisse: L’économie suisse participe à l’accaparement des terres dans les pays du Sud

L’Action de Carême et Pain pour le Prochain tirent la sonnette d’alarme

Lausanne, 23 juin 2010 (Apic) L’économie suisse participe à l’accaparement des terres dans les pays du Sud, dénoncent dans un appel commun l’Action de Carême (AdC) et Pain pour le Prochain (PPP) à Lausanne. L’œuvre d’entraide catholique suisse et son homologue protestante tirent la sonnette d’alarme: la course aux terres dans le tiers monde – dont le prix est jusqu’à 30 fois plus faible qu’en Europe – aggrave la faim dans le monde, affirment-elles dans une brochure qui vient de paraître. (*)

Les gouvernements des pays du Sud sont souvent complices dans le bradage de leurs terres agricoles, soit parce qu’ils ne disposent pas d’une réelle marge de négociation, soit parce qu’ils pensent que les investissements massifs venant de l’étranger profitent automatiquement à toutes les parties concernées.

«Malheureusement, ce n’est que rarement le cas… Les paysans et les paysannes locaux perdent non seulement leurs terres, mais également leurs moyens de subsistance, et il est fréquent que les travaux sur les nouvelles grosses plantations industrielles soient effectuées par de la main d’œuvre importée.

Le phénomène aggrave la faim dans le monde

Cela ne nourrit pas la population locale, car même si les surfaces agricoles sont utilisées pour cultiver les aliments, et non pas à des fins spéculatives ou pour produire des agrocarburants, les rendements sont exportés», écrivent les deux œuvres d’entraide. EIles donnent l’exemple de l’absurdité de ce système: le Soudan, où des millions d’hectares de terres sont mis entre des mains étrangères, est confronté à une grande famine et une large partie de la population dépend de l’aide alimentaire étrangère.

Appelé en anglais «land grabbing», le phénomène d’acquisition rapide et en masse d’immenses terrains agricoles par des gouvernements, des multinationales ou des investisseurs privés est en forte augmentation ces derniers temps. Dès le début de ce phénomène d’accaparement des terres agricoles dans les pays du Sud, AdC et PPP ont observé cette tendance d’un œil critique, estimant que cette pratique aggrave la faim, provoque l’expulsion des paysans pauvres et encourage l’agriculture industrielle «dont les conséquences sociales et écologiques sont désastreuses».

Selon les œuvres d’entraide catholique et protestante, de nombreuses entreprises et instituts financiers suisses sont impliqués dans ce commerce de terres étrangères. En Suisse, ce sont surtout les banques et des fonds qui sont impliqués dans des projets d’accaparement de terres. Ainsi le Crédit Suisse et l’UBS ont participé en 2009 à l’émission d’actions pour le compte de Golden Agri-Ressources, le plus grand producteur d’huile de palme au monde qui soit coté en bourse.

Des banques et des entreprises suisses participent à ces achats de terres

«Cette entreprise indonésienne accapare de grandes surfaces de forêt tropicale pour y implanter de gigantesques monocultures de palmiers à huile, avec des conséquences graves pour le climat», selon l’Action de Carême et Pain pour le Prochain. Les deux œuvres d’entraide relèvent que la Suisse abrite un grand nombre de fonds qui ciblent leurs investissements sur l’agriculture et en partie sur l’achat de terres.

Deux grandes banques privées, Sarasin et Pictet, proposent des fonds centrés sur l’agriculture, investissant par exemple dans le plus gros producteur de sucre brésilien, COSAN. Cette entreprise est dénoncée pour des conditions de travail «proches de l’esclavage» dans ses plantations de cannes à sucre, dénoncent AdC et PPP. D’autres fonds suisses investissent dans l’agriculture: GlobalAgriCap à Zurich, GAIA World Agri Fund à Genève, Man Investments (CH) AG à Pfäffikon (SZ). Tous placent de l’argent dans des entreprises qui achètent des terrains en Europe, au Kazakhstan, au Brésil ou en Russie. La multinationale suisse Glencore possède plus de 300’000 hectares de terres agricoles en Australie, au Kazakhstan, au Paraguay, en Russie et en Ukraine. Une autre entreprise, Addax Bioenergy, basée à Genève, a un projet en Sierra Leone, où plus de la moitié de la population souffre de sous-alimentation, notent encore les œuvres d’entraide. AdC et PPP sont très critiques face à ces investissements, et signalent que grâce à des ONG partenaires du Sud comme GRAIN (cf. www.farmlandgrab.org), elles disposent d’une bonne vision d’ensemble de ce phénomène préoccupant.

Les questions relatives aux droits de l’homme et à la responsabilité des investisseurs et des entreprises suisses seront au centre des discussions lors du symposium organisé par AdC et PPP, en collaboration avec la Commission Tiers-monde de l’Eglise catholique à Genève (COTMEC) qui se tiendra à Genève le 18 octobre prochain. (cf. www.droitalimentation.ch/symposium). Lieu: Centre international des conférences de Genève (CICG), 17, rue Varembé, Genève, lundi 18 octobre 2010, de 10h à 17h30. Organisation: Action de Carême, Pain pour le Prochain, COTMEC JB/Com

(*) Collection Repères, 1/2010 «L’accaparement des terres – la course aux terres aggrave la faim dans le monde», Lausanne, 2010 (apic/com/be)

23 juin 2010 | 12:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!