L’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) a 30 ans
«Non à la torture sous prétexte de lutte contre le terrorisme»
Michel Bavarel, agence Apic
Genève, 17 juin 2004 (Apic) Attention à l’acceptation de la torture sous prétexte de lutte contre le terrorisme, met en garde l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture). L’ACAT fête cette année 30 ans d’existence. Son inquiétude est encore plus grande aujourd’hui, après les révélations des exactions commises en Irak par les Américains et les Anglais, notamment.
Pour marquer cet anniversaire, une délégation de la Fédération internationale de l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (FIACAT) a récemment rendu visite au Conseil oecuménique des Eglises, à Genève. Elle s’apprête également à rencontrer, au Vatican, le cardinal Martino, président du Conseil pontifical Justice et Paix. L’Apic a rencontré Patrick Byrne, président de la FIACAT. Le point, après la visite au COE.
«Nous sommes venus demander une parole forte aux Eglises, suite à la révélation de ce qui s’est passé en Irak, en Afghanistan ou à Guantanamo Bay. Il importe non seulement de condamner ces actes et de demander que toute la lumière soit faite, mais aussi de s’interroger sur les risques d’une plus large acceptation de la torture sous prétexte de lutte contre le terrorisme». D’origine franco-écossaise, Patrick Byrne est traducteur au Parlement européen. C’est au Luxembourg, où il demeure, qu’il s’est engagé dans l’ACAT, avant d’accéder à la présidence de la FIACAT.
«Nous craignons qu’au nom de cette lutte contre le terrorisme, bien des gouvernements se montrent plus flexibles face à la torture. Ce qui s’est passé en Irak n’est pas dû à l’initiative de quelques soldats: des ordres ont été donnés», affirme Patrick Byrne. Pour la FIACAT, rien ne peut justifier la torture? «Ce n’est pas seulement pour nous: selon le droit international, la torture est interdite en toutes circonstances». Ne donne-t-on pas aujourd’hui d’autres noms à la torture? «C’est un danger. On parle de pressions physiques ou psychologiques. Or, ce qui est interdit, c’est de «tordre» un être humain, selon l’étymologie du mot torture. C’est- à-dire d’essayer de faire agir quelqu’un contre sa volonté».
Pour le président de la FIACAT, les méthodes utilisées en Irak, comme les cagoules ou les positions de stress, n’ont rien de nouveau. La Cour européenne des droits de l’homme a condamné il y a longtemps la Grande Bretagne pour de tels agissements contre l’IRA. «Pour nous, la torture ne représente pas seulement un mal infligé à une personne: elle alimente la spirale de la violence. On l’a bien vu en Irak où les révélations sur les tortures infligées par les Américains ont été suivies d’actes atroces perpétrés par certains groupes islamistes».
Des responsables de l’ACAT ont dû fuir leur pays
Il existe une ACAT dans une trentaine de pays, situés pour la plupart en Europe et en Afrique. Dans ce dernier continent, la lutte contre la torture peut faire courir des risques. Ainsi, les responsables de l’ACAT au Togo ont-ils dû fuir à l’étranger. «Nous venons de lancer une campagne sur le Togo en nous appuyant sur les engagements prises par les autorités togolaises quant au respect des droits de l’homme».
Comment les membres de la FIACAT agissent-ils pour l’abolition de la torture? «En Europe, nous lançons des appels à nos membres et à nos sympathisants pour qu’ils écrivent aux autorités concernées. Il y a également des appels dirigés vers d’autres pays pour qu’ils fassent pression sur les gouvernements responsables. Nous effectuons encore un travail de prévention. Des groupes de l’ACAT visitent ainsi des lieux de détention quand la situation se dégrade en tel ou tel endroit. Et il y a une formation des militants et de la population en général aux droits de l’homme. Quand on n’est pas informé et formé, on risque d’accepter plus facilement certains traitements dégradants». Et la prière? «Bien sûr, la prière pour les victimes de la torture. La prière aussi pour les tortionnaires pour qu’ils changent de comportement, car nous gardons notre foi en l’être humain. MBA
Encadré
OEcuménique dès l’origine
L’ACAT a été créée en 1974, non par des juristes ou des hommes politiques, mais par deux femmes protestantes, à la suite d’une conférence d’un pasteur de retour du Vietnam. Effarées par la révélation des tortures pratiquées dans ce pays en guerre, elles ont décidé de combattre ce scandale. Elles avaient la conviction que le combat devait être mené par les chrétiens de façon oecuménique. C’est pourquoi elles ont pris contact avec des responsables orthodoxes, réformés, catholiques et quakers. C’est ainsi que Sylvie Bukhari de Pontual, présidente de l’ACAT-France, décrit les débuts de l’association. Celle-ci s’est rapidement développée en France, où elle compte aujourd’hui une dizaine de milliers de membres, et elle a essaimé dans d’autres pays d’Europe, d’Afrique, d’Amérique latine ainsi qu’aux Philippines. D’où la création, en 1987, de la Fédération internationale des ACAT (FIACAT).
Les membres de l’ACAT-France écrivent aux gouvernements pour dénoncer des cas de torture et exiger d’eux le respect de leurs propres lois et des traités internationaux. Ils correspondent avec des prisonniers un peu partout dans le monde. Ils « adoptent » des prisonniers et leur famille dans des pays où l’ACAT a des partenaires fiables. «La formation de l’opinion publique, à commencer par celle des Eglises et des chrétiens, représente un aspect essentiel de notre travail», souligne encore Sylvie Bukhari de Pontual. Obtient-on des résultats? «Chaque année, environ 150 personnes sont libérées avec la contribution des militants de l’ACAT et d’autres associations». (apic/mba/pr)



