L’affaire Schiavo et «le choix de Jean» relance la question de l’euthanasie
L’éthicien D. Müller critique contre la récupération politique des cas
Propos recueillis par Magalie Goumaz, «La Liberté»
Fribourg, 24 mars 2005 (Apic) L’affaire Terri Schiavo aux Etats-Unis relance la question de l’euthanasie au niveau planétaire. En Suisse, «Le choix de Jean», diffusé sur la TSR, suscitent également nombre de réactions.
Mercredi soir 23 mars, sur la TSR, un débat public était consacré à la question, en présence de l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Bernard Genoud, et de Jérôme Sogel, médecin et président de l’Association «Exit». Le quotidien fribourgeois La «Liberté» a interrogé Denis Müller, professeur d’éthique à la Faculté de théologie protestante à l’Université de Lausanne.
Q.: Le cas de Terry Schiavo et le documentaire «Le Choix de Jean» provoquent de multiples réactions. Etes-vous étonné?
Denis Müller: L’exemple américain est désastreux. On bricole une loi au dernier moment pour résoudre un cas individuel qui divise en fait la famille. Je n’ai pas vu «Le Choix de Jean» mais je ne suis pas choqué par le fait qu’on montre une réalité. Par contre, je n’apprécie pas qu’un témoignage devienne un levier politique pour les associations en faveur de l’euthanasie. Je n’apprécie pas non plus que les médecins qui sont pour l’euthanasie apparaissent soudain comme bons et généreux et que les autres seraient mauvais et insensibles à la souffrance. Ceux qui résistent, pour des raisons religieuses ou laïques, ont aussi leur conscience pour eux et avec eux.
Q.: Vous plaidez pour le droit à l’objection de conscience pour le personnel médical?
Denis Müller: Oui, comme pour l’interruption de grossesse. Le personnel soignant doit malgré tout, et comme dans les cas d’IVG, se demander ce que vaut une médecine respectueuse de la vie face à des questions de justice, d’économie, de pauvreté ou de précarité du patient.
Q.: Etes-vous favorable à une législation rapide?
Denis Müller: Immanquablement, il faudra trancher un jour et j’ai l’impression que la majorité de la population appuierait une loi dépénalisant l’euthanasie. Mais je ne suis pas mécontent que le dossier soit bloqué à Berne. Le débat peut ainsi continuer dans la sérénité et l’objectivité.
Q.: En admettant que l’euthanasie est déjà une réalité?
Denis Müller: C’est le fruit paradoxal des succès de la médecine qui nous permettent de vivre plus longtemps alors qu’on admet de moins en moins la souffrance. On veut que la médecine et la loi règlent tous les mal-être de l’homme face à la mort et la maladie. (apic/lib/mg/pr)



