Fribourg: Bertrand Piccard docteur honoris causa au Dies academicus 2009
L’Alma mater honore Mgr Piero Marini, ancien maître de cérémonie du pape
Fribourg, 14 novembre 2009 (Apic) L’aéronaute et psychiatre vaudois Bertrand Piccard était incontestablement cette année la «star» parmi les récipiendaires du titre de docteur honoris causa de l’Université de Fribourg.
L’Alma mater friburgensis a fêté samedi 14 novembre son 120e «Dies academicus» sous la présidence d’honneur du Fribourgeois Alain Berset, président du Conseil des Etats. A cette occasion, l’Université de Fribourg a également honoré Mgr Piero Marini, ancien maître de cérémonie du pape, ainsi que l’écrivain et cabarettiste alémanique Franz Hohler, le Néerlandais Franz C. Palm, professeur en économétrie, et l’Allemand Christian Joerges, pionnier dans divers domaines du droit.
Mgr Piero Marini, actuel président du Comité pontifical pour les Congrès eucharistiques internationaux à Rome, a présidé la messe en l’église du Collège St-Michel en prélude aux cérémonies du Dies academicus. Dans sa prédication, le Père dominicain argentin Carlos Azpiroz Costa, maître de l’Ordre des Prêcheurs, a commenté la Parabole des talents. Il a laissé entendre qu’au regard de la crise financière actuelle que traversait le capitalisme, l’on ne pouvait pas prendre ce texte comme recette.
Une Université ne peut pas être gérée comme une entreprise
Analysant la politique universitaire et abordant les questions soulevées par la nouvelle loi fédérale sur les Hautes Ecoles, la conseillère d’Etat fribourgeoise Isabelle Chassot a dit douter qu’une Université puisse être gérée comme une entreprise: «Une Université-entreprise sonnerait aussi le glas de la liberté académique et de la participation des différents corps constitués… Ce n’est pas par hasard si, en France, la loi dite ›sur l’autonomie’, souvent présentée en termes de réforme managériale, a soulevé une telle opposition des organisations estudiantines !» Elle a insisté sur le fait que la liberté académique et la participation ne doivent pas être sacrifiées «sur l’autel d’un supplément hypothétique d’efficacité».
C’est dans le même registre que celui de la ministre démocrate-chrétienne qu’a enchaîné le socialiste Alain Berset, estimant que l’Université devait résister à la tentation de la vision à court terme et de l’utilitarisme: «Vouloir formater l’Université selon les besoins du marché, évaluer les diplômés des hautes écoles selon leur rentabilité immédiate ou encore mettre les hautes écoles au service des priorités de l’économie n’est pas souhaitable. Ce genre d’aveuglement a débouché sur la crise économique que nous traversons aujourd’hui».
Sophie Tritten, présidente de l’Association du personnel administratif et technique de l’Université de Fribourg (APU), a salué le fait que c’est la première fois que cette partie indispensable du personnel (pour 9’700 étudiants, 220 professeurs, 971 collaborateurs scientifiques, l’Uni compte aussi 849 collaborateurs dans les domaines administratifs et techniques) a été invitée à cette fête académique. Elle a souhaité que l’on instaure aussi pour ces collaborateurs un modèle de «démocratie participative» afin de faire passer certaines demandes. Elle a souligné que le personnel administratif croule sous le travail depuis l’introduction de la réforme de Bologne et qu’il faudrait en augmenter la dotation.
Homo homini lupus, l’homme doit-il être un loup pour l’homme ?
Dans sa conférence sur le fondement des droits de l’homme, le recteur Guido Vergauwen a d’emblée abordé les questions provoquées par la décision de la Cour européenne des droits de l’homme condamnant le 3 novembre dernier la présence de crucifix dans les salles de classe de l’école publique en Italie. Pour la Cour de Strasbourg, l’Etat doit s’abstenir d’imposer des croyances dans les lieux où les personnes sont dépendantes de lui.
Et le Père dominicain de relever que dès le lendemain de cet arrêté, la télévision était déjà devant la porte du rectorat pour voir quelles en étaient les conséquences pour l’Uni de Fribourg. Mais il a tenu à rassurer le public: «Notre Alma mater n’est pas touchée juridiquement par ce jugement, qui concerne les écoles primaires». Le recteur a relevé plus loin que «l’heure de la naissance de la dignité de l’homme, qui fonde ses droits universels, coïncide avec la naissance du concept de personne à partir de l’esprit du christianisme… Ceci n’est pas contesté, même par ceux qui aujourd’hui réclament les droits de l’homme comme expression d’un ordre politique séculier». JB
Encadré
Distinctions académiques
Les facultés de l’Université de Fribourg ont remis cinq doctorats honoris causa. La Faculté de théologie a honoré Mgr Piero Marini, archevêque titulaire et président du Comité pontifical pour les congrès eucharistiques internationaux. A travers son travail
scientifique et pastoral liturgique, Mgr Marini a contribué de manière décisive à réaliser au sein de l’Eglise universelle les buts de la réforme liturgique du Concile Vatican II. En tant que maître de cérémonie du pape, il a démontré qu’il est possible de transposer fidèlement et de façon créative le livre liturgique dans la célébration de la liturgie. «Mandaté par le Concile, il a réalisé avec un brio exceptionnel l’inculturation de la foi et de la liturgie en organisant la messe papale sur tous les continents. A travers sa réflexion fondamentale et son ouverture aux exigences contemporaines, il a ouvert des chemins nouveaux pour affirmer la présence de la liturgie dans les médias», peut-on lire dans la laudatio.
La Faculté de droit a remis le titre de docteur honoris causa à Christian Joerges, pionnier dans les domaines du droit économique, du droit européen, du droit de conflit et de la théorie du droit. Chercheur dans de nombreuses universités, notamment à l’Université de Brême et à l’European University Institute à Florence, il a rendu possibles des progrès juridiques décisifs, «dont sa très respectée théorie du droit de conflit dans le droit européen».
Le professeur Franz C. Palm a reçu le titre de docteur honoris causa de la Faculté des sciences économiques et sociales. Les contributions du prof. Palm dans le domaine de l’analyse statistique des séries temporelles sont d’une qualité mondialement reconnue.
La Faculté des lettres a décerné le titre de docteur honoris causa à Franz Hohler pour son œuvre d’écrivain et de chansonnier qui stimule intellectuellement et de manière originale la vie culturelle, au delà des frontières de la Suisse. Ses ouvrages ont été traduits en plus de 20 langues. Avec ses talents d’acteur, il a su sensibiliser aussi bien les enfants que les adultes à l’oralité et éveiller la curiosité pour les particularités phonétiques et le contenu de différentes langues et dialectes. «Ses opinions politiques et son indépendance d’esprit, notamment en ce qui concerne la politique des langues, ont rendu possible une discussion différenciée à propos de la situation linguistique en Suisse», a-t-on relevé dans la laudatio.
La Faculté des sciences a décerné le titre de docteur honoris causa à l’aéronaute Bertrand Piccard «pour son esprit pionnier et enthousiaste qu’il propage inlassablement au travers de ses écrits et de ses conférences». Son engagement visionnaire contribue à la résolution du problème énergétique global. En tant que médecin psychiatre, il a su construire des ponts entre l’homme et l’environnement, entre l’esprit et la technique, combinant science et aventure pour explorer l’âme humaine. «Davantage que l’exploit ou le record, peut-on lire dans la laudatio, Bertrand Piccard, qui a réalisé en 1999 le premier tour du monde en ballon sans escale, est fasciné par l’étude du comportement et l’observation de l’émergence de différents niveaux de conscience en situations extrêmes». (apic/be)



